Mobilisation citoyenne : plus de 75 000 personnes ont marché pour le climat, le 2 décembre, à Bruxelles. © NICOLAS MAETERLINCK/belgaimage

Rétro 2018: Il n’y a pas de plan(ète) B!

Laurence Van Ruymbeke
Laurence Van Ruymbeke Journaliste au Vif/L'Express

Après un été de tous les dangers, la lutte contre le réchauffement climatique devrait passer au premier plan des politiques menées. On en est loin, malgré les discours. Les citoyens, inquiets, piaffent. Et seul leur répond le silence des gouvernements.

L’été 2018 restera marqué par une série d’événements climatiques inhabituels et extrêmes, dus d’abord à des températures exceptionnellement élevées, à la source d’orages furibonds et d’incendies ravageurs. En Belgique, le soleil a frappé dru durant les mois estivaux, et jusqu’en octobre, qui a vu les terrasses des bistrots prises d’assaut. En un mot, l’été le plus chaud depuis 1833. Mais il a fait anormalement chaud partout : 45 degrés enregistrés au Canada, 52,9 dans la vallée de la Mort, à la fin du mois de juillet, 51 au sud de l’Algérie, et près de 40 à Kyoto, au Japon. D’immenses incendies dus à la sécheresse ont frappé la Californie, qui luttait encore contre les flammes en novembre, l’Espagne, le Portugal, mais aussi la Finlande, la Suède et la Grèce. En juillet, de violentes inondations et des glissements de terrain ont tué au moins 200 personnes au Japon et 11, en octobre, dans l’Aude, en France. Outre les humains, qui ont payé un lourd tribut à ce bouillant semestre, la faune et la flore ont également souffert. Un million de poissons sont morts dans le Rhin et des centaines de milliers d’autres ont fui les eaux trop chaudes de la Manche pour se réfugier en mer du Nord. Tous les signes du réchauffement climatique se multiplient. Et l’exceptionnel devient la norme.

Tellement la norme que la majorité des gouvernements en place dans le monde restent, dans les faits, pratiquement sans réaction. Ce qui explique sans doute la démission surprise du ministre français de l’Ecologie, Nicolas Hulot, le 28 août. En 2015, 195 Etats avaient signé l’Accord de Paris, le premier accord universel juridiquement contraignant, dans lequel ils s’engageaient à agir pour maintenir le réchauffement nettement sous les deux degrés par rapport aux niveaux préindustriels. Trois ans plus tard, 58 d’entre eux ont pris des mesures en ce sens. Et dans 17 pays seulement, celles-ci sont suffisantes pour atteindre les objectifs qui leur ont été fixés dans l’accord. Aucun pays de l’Union européenne ne figure parmi les 17 Etats les plus respectueux de leurs engagements. La Chine et la Russie, importants émetteurs de gaz à effet de serre, n’ont pas non plus levé le petit doigt depuis 2015. Et les Etats-Unis sont sortis de l’accord depuis l’avènement de Donald Trump. Or, même à supposer que ces engagements parisiens soient strictement tenus, la planète risque de connaître une augmentation de sa température moyenne d’au moins 3 degrés, d’ici à la fin du siècle.

Si les gouvernements en place ne semblent guère inquiets, les citoyens du monde, eux, le sont. Et ils le font savoir. A Bruxelles, plus de 75 000 personnes ont manifesté, le 2 décembre, pour réclamer une politique beaucoup plus ambitieuse de lutte contre le réchauffement climatique. Un signal puissant que le Premier ministre Charles Michel a juré avoir entendu, au soir de la manifestation.  » La question climatique doit être une préoccupation centrale au service des générations futures « , a-t-il tweeté, avant d’ajouter que  » la Belgique défendra des objectifs ambitieux « . Sur papier, le pays doit réduire ses émissions de dioxyde de carbone de 55 % d’ici à 2030. Las. Deux jours plus tard, la Belgique votait contre une proposition de directive européenne sur l’efficacité énergétique et s’abstenait lors du vote sur une directive concernant les énergies renouvelables.

La ministre fédérale en charge du climat, la libérale Marie-Christine Marghem, jure que la responsabilité en incombe aux Régions, compétentes à 90% pour les matières liées à l’énergie, et singulièrement à la Flandre, qui freine des quatre fers. La directive n’en a pas moins été approuvée. Sans doute, l’incident est-il révélateur des limites d’un système fédéral qui compte quatre ministres de l’environnement ou de l’énergie différents. Il est surtout le signe que, quoi qu’on en dise en haut lieu, la question climatique n’est pas, ou pas pour tous, une  » question centrale « . A ce stade d’incohérence et d’aveuglement, on peut difficilement faire mieux.

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