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Rétro 2018 : »Bart De Wever pensait pouvoir tout se permettre »

Mai 2018. Le chagrin et la colère à propos de la mort de Mawda sont encore bien présents quand le président de la N-VA pointe un doigt accusateur vers les parents de la fillette. C’est peut-être un point de basculement pour l’ensemble du parti, estime Jan Segers du quotidien Het Laatste Nieuws.

Bart De Wever s’est retrouvé dans l’oeil du cyclone lorsqu’il a déclaré les parents de Mawda étaient responsables de la mort de leur enfant. La fillette kurde de deux ans a été tuée par une balle de police.

Jan Segers : Rationnellement, j’ai toujours compris la déclaration de Bart De Wever, mais émotionnellement, je pense qu’elle était déplacée. Quand un enfant est abattu, peu importe d’où vient la balle, il faut faire attention à ce qu’on dit. De Wever ne l’a jamais regretté, il n’est jamais revenu sur ses paroles, ce que je respecte.

Ce n’était pas non plus une déclaration impulsive. Lorsqu’en 2015, le corps du petit garçon syrien Aylan Kurdi a échoué en Turquie, De Wever avait déjà dit qu’il ne se laisserait pas culpabiliser. Cela dit : stratégiquement, sa déclaration sur Mawda n’était pas la plus indiquée.

Pourquoi pas?

Regardez les sondages réalisés par Het Laatste Nieuws et VTM Nieuws : en mars, la N-VA atteignait encore 31,3 %, avant de tomber en juin à 26,5 %. De Wever a dit qu’il ne croyait pas ces résultats, mais entre-temps, il s’est avéré qu’ils étaient corrects. En septembre, la N-VA n’a atteint que 25% et les élections communales n’ont été qu’un véritable succès à Anvers et dans la banlieue d’Anvers. C’est difficile à dire, mais il se peut que la déclaration au sujet des parents de Mawda ait été un moment charnière. De Wever et les autres N-VA étaient fous de gloire, c’était en veux-tu, en voilà. Ils pensaient pouvoir tout se permettre, alors que ce n’était pas le cas. La partie la plus douce et la plus empathique de ses sympathisants l’a jugé là-dessus.

Était-ce une sortie spontanée ou était-ce écrit?

De Wever n’a jamais besoin de chercher ses mots. Il dispose d’un cadre de réflexion solide et d’une vision claire de la société. Il comprend vite. Et son instinct n’est peut-être pas infaillible, mais bien mieux développé que celui de la plupart de ses concurrents. Après son attaque contre Mawda, on l’a traité à nouveau de froid et d’impitoyable, mais quelqu’un qui ressent si bien ce que beaucoup de Flamands pensent, doit aussi avoir un peu d’empathie en lui.

Une autre déclaration de Bart De Wever dans le studio de Terzake (VRT) a provoqué du remous: « Le gouvernement Michel a perdu la niaque ». Ces phrases sont-elles préparées ?

Je ne pense pas que De Wever, comme la plupart des autres politiciens, ne se rende à Terzake sans un message clair en tête. C’était aussi une solution élégante à un problème auquel il était confronté. Tout le monde voit que le gouvernement Michel ne peut pas répondre aux attentes élevées en matière de réformes socio-économiques. Maintenant, il donnait l’impression que la niaque, s’il ne tenait qu’à lui, pouvait refaire surface. Cependant, son parti est souvent tout aussi responsable de l’immobilisme que ses partenaires de la coalition. De telles déclarations sont donc vraiment calculées au gramme près. Je soupçonne même De Wever d’estimer les réactions à l’avance et de s’y préparer. Cependant, personne ne sait jamais exactement comment se déroulera le fil de l’actualité. De Wever ne vise pas toujours juste non plus.

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