Paul Magnette, star d'une autre Europe qui semble possible. © ANTHONY DEHEZ/PHOTO NEWS

Rétro 2016 : Paul Magnette, chef du village gaulois anti-CETA

Nicolas De Decker
Nicolas De Decker Journaliste au Vif

On disait de lui qu’il trouvait le temps long, à Namur, tellement qu’il avait le temps de trouver le temps long à Charleroi aussi. Et puis Paul Magnette est devenu un héros…

Il a placé l’Elysette sur la carte de l’Europe politique, a requinqué un parti qui en avait bien besoin, et a changé l’univers, enfin le monde, enfin l’Europe, enfin le libre-échange, enfin le commerce européen, enfin la Wallonie, enfin lui, enfin non. Mais en tout cas, il a essayé, et il n’a peut-être rien gagné mais, rien que pour ça, il a bien joué. Lorsqu’au couchant des années 2000, pourtant, l’Union européenne et le Canada négocient l’Accord économique et commercial global (en anglais Comprehensive Economic and Trade Agreement, acronyme Ceta), il s’agit d’un traité commercial comme les autres ou presque. Commission et Canada le signent en septembre 2014. Une fois avalisé par le Conseil européen, puis ratifié par les Etats membres, il doit faire tomber les barrières non tarifaires entravant les échanges entre ces deux marchés. Il est comme les autres parce qu’il avait été très discrètement discuté, et qu’il doit servir à la fois de modèle et d’apéritif au grand accord américano-européen, le TTIP (pour Transatlantic Trade Investment Partnership). Mais il ne l’est pas totalement, aussi, parce que les pressions, nombreuses et opiniâtres, d’une partie de la société civile européenne en ont fait un objet de débat avant sa signature par le Conseil européen. Et une question politique, portée d’abord par Ecolo, puis par d’autres, dans tous les parlements du pays aussi bien que dans les conseils communaux de Wallonie, de Flandre et de Bruxelles : en 2015 et 2016, 156 municipalités se sont proclamées  » hors TTIP « , et certaines d’entre elles – comme la pas franchement bolchevique Auderghem… – hors Ceta itou.

Les parlements de tout le pays se sont saisis du sujet, et certains, comme le wallon fin avril, votèrent une résolution qui en rejetait les termes arrêtés. Au début de l’été, la Commission européenne, pour une fois pas insensible aux grondements de la plèbe, déclarait le traité mixte, c’est-à-dire que son texte devait, avant d’être signé par le Conseil, être validé par les Etats membres. Certains de ceux-ci, au début, émirent d’indépassables réserves : Malte, la Roumanie, la Bulgarie, l’Autriche notamment, bombèrent le torse. Ils furent, le temps que dura l’été et, parfois, un petit bout de l’automne, rassurés. Ou calmés. Bref, convaincus de signer.

Resta la Belgique. Restait la Wallonie, en fait, à qui la Constitution donne la compétence de signer des traités. Et restait la Communauté française, aussi, qui dispose de la même compétence, et dont le parlement est composé de presque les mêmes députés que le Wallon, mais dont le gouvernement est dirigé par un Rudy Demotte en déclin. C’était moins sexy. Le village gaulois serait wallon, pas francophone. Son chef serait carolorégien, pas picard. C’était Paul Magnette, et pas Rudy Demotte, qui allait monter au front. Car derrière, les présidents de parti, Benoît Lutgen et Elio Di Rupo, dictaient le ton. Et c’était lui, Paul Magnette, qui, pendant deux semaines d’octobre, allait tenir tête à la Commission européenne et aux Canadiens. Et c’est lui qui deviendrait une star de cette autre Europe qui semble possible. Et c’est lui qui, pendant trois jours et quelques bouts de nuit, fut cuisiné par le comité de concertation dirigé par le Premier ministre Charles Michel pour aboutir à un accord intrabelge. Accouchée le jeudi, la déclaration interprétative fut applaudie par tous les parlements du Royaume le vendredi. Et le Premier ministre canadien Justin Trudeau pouvait venir la signer le dimanche. Tout était bien qui finissait bien.

Sauf que les Belges n’étaient pas d’accord entre eux, et qu’aucun n’avait vraiment tort : le chef du gouvernement fédéral dit que pas une ligne du traité n’avait été modifiée, ce qui est entièrement vrai, et le chef du gouvernement régional dit que plus jamais les traités commerciaux ne seront négociés comme le Ceta, ce qui n’est pas fondamentalement faux. Comme dans un banquet, à la fin d’un épisode d’Astérix où tout le monde se dispute. Ils sont fous, ces Gaulois.

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