Apprendre à vivre en permanence sous un niveau de menace trois. © ROBIN UTRECHT/ISOPIX

Rétro 2016 : Après les attentats, une nouvelle ère politique

Olivier Mouton
Olivier Mouton Journaliste

Des libertés soumises à un contrôle accru. Un regard sur l’autre de plus en plus méfiant et le populisme s’engouffre. Il y a « un avant et un après » les attentats.

 » Il y aura un avant et un après… « , clame le Premier ministre, Charles Michel, l’air hagard, le soir du 22 mars. Tout en se voulant ferme :  » Nous allons rester unis, rassemblés. Nous sommes déterminés à tout mettre en oeuvre pour sauvegarder nos libertés fondamentales.  » D’union nationale il n’y aura toutefois point. Encore traumatisés par les ruptures consécutives aux élections du 25 mai 2014, les partis francophones continuent à se regarder en chiens de faïence.

La réponse politique aux attentats de Bruxelles est sécuritaire, avant tout. Le gouvernement fédéral dépose une nouvelle panoplie de mesures pour porter à une trentaine le nombre de dispositifs spécifiques mis en place depuis 2015, après les attaques contre Charlie Hebdo et le Bataclan, à Paris. Il est désormais question d’utiliser davantage les caméras de surveillance, de renforcer le rôle des sociétés de gardiennage ou de créer un service spécifique pour protéger les sites particulièrement visés. Le premier effet, le plus visible pour les citoyens, consiste à vivre désormais en permanence sous un niveau de menace trois : celle-ci est donc  » grave et vraisemblable « .

Sur le fond du problème, les entités fédérées mettent bien en place, dans le cadre de leurs compétences, des plans de lutte et de prévention contre le radicalisme. Le cours de citoyenneté voit enfin le jour dans les écoles francophones, après dix ans de débats. Ce sont des petits cailloux semés sans grands moyens, ni forte concertation. En attendant le fruit de ce travail à long terme, le venin s’insinue dans le corps social belge. Du haut en bas de l’échelle.

Mi-avril, le vice-Premier ministre N-VA, Jan Jambon, déclare qu’une  » partie significative  » de la communauté musulmane a dansé après les attentats de Bruxelles. Tollé. Charles Michel recadre, insiste sur le caractère minoritaire de ces démonstrations, tout en reconnaissant le problème :  » Pas d’angélisme !  » Il réunit ce même mois les représentants de tous les cultes pour un engagement collectif sur les valeurs communes de notre société.  » Ces principes, dont la séparation de l’Eglise et de l’Etat, la liberté d’expression, la lutte contre les discriminations, la liberté de croire et de ne pas croire mais aussi l’indispensable égalité entre hommes et femmes, ne sont pas négociables « , précise le texte. Mais le climat est lourd. Au coeur de l’été, le décès d’un jeune Flamand d’origine marocaine, dans un accident de quad pendant ses vacances au Maroc, fait l’objet d’un déferlement de commentaires haineux sur les réseaux sociaux.

Droitisation et rejet du système

L’attitude de la N-VA, dont le ton est extrêmement ferme dans la crise de la migration en Europe, n’est pas de nature à calmer les esprits. A la fin de l’été, Bart De Wever compare le burkini à une  » petite tente  » et entame une courte, mais stérile, polémique pour réclamer son interdiction. Theo Francken multiplie sur les réseaux sociaux les interventions musclées ou les blagues douteuses au sujet de sa  » tolérance zéro  » en matière d’immigration. A la fin de l’année, le même Francken s’oppose avec force à l’octroi d’un visa à une famille syrienne d’Alep, pourtant exigé par une décision de justice. Le tout avec, en toile de fond, un débat sur l’opportunité de maintenir un cordon sanitaire autour du Vlaams Belang.

Le nationalisme est à la mode, l’Europe plus décriée que jamais.  » Cette évolution populiste est en réalité palpable depuis la crise économique et financière de 2008 « , précise Benoît Rihoux, politologue à l’UCL. Certains analystes estiment que 2016 est le 1933 de notre époque : l’année d’une crise morale et politique consécutive à une profonde remise en question socio-économique.

La Belgique se prépare, dans ce climat, aux communales de 2018, avant-goût de 2019, si le gouvernement fédéral va au bout de son mandat. Avec le sentiment que les extrêmes, à droite en Flandre, à gauche en Wallonie, pourraient faire vaciller le système.

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