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Réfugiées ukrainiennes: les propositions abjectes de certains candidats hébergeurs

Celine Bouckaert
Celine Bouckaert Journaliste au Vif

En deux semaines, l’invasion russe en Ukraine a jeté plus de deux millions de réfugiés sur les routes. Face à cette détresse, de nombreux citoyens belges se mobilisent pour proposer un hébergement. Si la plupart d’entre eux sont animés d’un désir sincère d’aider les réfugiés, certains formulent des propositions que l’on ne peut que qualifier d’abjectes.

En début de semaine, Andy de Schipper, le fondateur d’une aile flamande de soutien à la cause ukrainienne sur Facebook, « Steun Oekraïne », a reçu des propositions, dont il dénonce le « double sens », et qui proviennent d’hommes qui se disent enthousiasmés par l’idée d’offrir une place d’accueil à des femmes réfugiées, en provenance d’Ukraine.

« Belles, jolies, intelligentes et attentionnées »

Il a posté un message qui révèle que les administrateurs du groupe, qui compte quelque 3.000 membres en Flandre orientale, ont reçu des propositions pour offrir le gîte à des femmes « belles, jolies, intelligentes et attentionnées ». Son groupe Facebook, à l’image d’un très grand nombre d’initiatives de par l’Europe (et le monde), a initialement été créé pour apporter un soutien à la population ukrainienne, sous la forme de collectes de biens et de vivres, notamment.

En Ukraine, la population masculine en ordre de combat a été largement mobilisée pour défendre le territoire ciblé par l’invasion russe depuis le 24 février, ne laissant guère d’autre choix, à un très grand nombre de femmes, enfants et personnes âgées sans protection, de fuir le pays vers l’ouest du continent européen pour y trouver refuge.

Inquiet, l’Institut pour l’égalité des femmes et des hommes attire l’attention sur la vulnérabilité des réfugiés ukrainiens. Dans une carte blanche publiée dans Le Soir, il estime que le gouvernement belge ne doit pas seulement encourager les citoyens belges à héberger les réfugiés, souvent des femmes seules avec des enfants, mais aussi « réaliser un travail d’information, de screening et d’orientation », tant au niveau des hébergeurs que des réfugiés.

« Il doit être clairement précisé que ces femmes n’arrivent pas en tant qu’aide-ménagère non rémunérée, et encore moins en tant que compagne », souligne l’institut. Pour éviter les abus, il suggère que seules les personnes jamais condamnées pour violences ou abus dans le passé aient le droit d’héberger des réfugiés.

L’organisation craint que ces réfugiées, obligées de se charger financièrement de leur famille et souvent traumatisées par la guerre, deviennent de « potentielles victimes d’exploitation, d’abus et de violence (sexuelle). Sans encadrement professionnel, dans cette phase aiguë, mais aussi à plus long terme, elles peuvent constituer des proies faciles ». Aussi propose-t-elle que les communes s’occupent de suivre ces réfugiés.

« Victimes potentielles d’exploitation sexuelle »

Ce mercredi, le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne (Open VLD) a également partagé ses craintes la Chambre. « Ce sont des victimes potentielles d’exploitation sexuelle, mais aussi économique. Je pense qu’il est sage de ne pas se concentrer uniquement sur la répression après coup, si les faits ont eu lieu, mais aussi de se concentrer sur la sensibilisation préventive des Ukrainiens en fuite, qui pourraient tous être une victime potentielle« , relaie La Libre Belgique.

Mehdi Kassou, l’un des fondateurs de la Plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, appelle également l’agence fédérale Fedasil à la prudence quand il s’agit d’héberger des femmes seules et/ou des mineurs ukrainiens. « Il faut s’assurer, quand on met des personnes en relation, qu’à aucun moment un rapport de domination ou de violence ne puisse exister. C’est le coeur du travail. On ne fait pas du Airbnb. C’est de la mise en relation de personnes », explique-t-il à la RTBF.

« En aucun cas, nous ne pouvons envoyer des femmes ou des jeunes dans une famille sans la connaître, ni proposer un accueil pour des femmes chez un homme isolé, ou encore là où des hommes sont déjà hébergés », précise a charte de la plateforme qui met en contact hébergeurs et réfugiés.

Autre tendance inquiétante, Google Trend enregistre une multiplication de mots clés « Ukrainian girl », « War porn » ou Refugee Porn » sur des sites pornographiques depuis le début de la guerre en Ukraine, dénonce l’association féministe contre le cybersexisme StopFisha.

Avec Belga

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