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Quand nature et écologie s’invitent dans les écoles

La végétalisation des écoles a le vent en poupe et c’est bon signe. Lutte contre le changement climatique et la dangereuse imperméabilité des sols, réduction du bruit… Bien au-delà de l’aspect pédagogique, la démarche profite à la communauté.

Prairies fleuries, petits potagers, mares… Les aménagements verts poussent un peu partout dans les établissements scolaires du pays, avec l’encouragement des pouvoirs publics. Ainsi, la Région de Bruxelles a lancé récemment l’opération « Ré-création » visant à végétaliser les cours. Vingt écoles viennent d’être sélectionnées et planchent sur la conception de leurs nouveaux espaces (opérationnels à l’horizon 2023). Dans le guide de Bruxelles Environnement invitant à « repenser la cour de récréation », on peut lire qu’une cour végétalisée « a un effet bénéfique sur le bien-être des élèves », « offre un outil d’apprentissage » ou encore, qu’elle « joue un rôle essentiel dans la régulation climatique de l’école, voire du quartier ».

On apprend avec ses mains, son corps, sa tête, en contact avec le sol.

Dans une logique comparable, « Ose le vert, recrée ta cour » accompagne depuis 2016 les écoles wallonnes qui veulent devenir plus green. Les formateurs sont issus des équipes de GoodPlanet, mais aussi de Natagora que l’on aurait tendance à associer à de plus vastes espaces sauvages. « Avoir des réserves naturelles en Belgique, c’est bien, mais pas suffisant, relève Georges Abts au nom de l’association. C’est un pays dans lequel la population est nombreuse et notre objectif est de créer un maillage écologique. Les écoles peuvent tout à fait faire partie de ce dessein-là. » Même s’il est de taille réduite, chaque coin de verdure est une occasion de mieux accueillir la faune et la flore. Partout où le béton, roi des cours de récré du XXe siècle, fait place à des revêtements plus perméables, c’est aussi un pas vers une meilleure gestion de l’infiltration des eaux.

Le projet « Ose le vert » s’est fixé trois objectifs principaux: ramener de la biodiversité dans les cours, permettre aux élèves d’être en contact avec la nature et l’expérimenter, mais aussi favoriser la convivialité. « Des écoles répondent à l’appel à projets parce qu’il y a des problèmes d’agressivité dans la cour de récréation, note Georges Abts. La gestion de l’espace est importante, parfois les jeux de ballons prennent toute la place. Beaucoup d’écoles souhaitent désormais structurer la cour pour permettre d’autres activités et les éléments naturels sont parfaits pour cela. Des haies peuvent créer des espèces de barrières, plus efficaces que des lignes au sol. » Les végétaux et matériaux naturels ont également tendance à étouffer les sons, créant un environnement moins bruyant pour les élèves qui jouent, les enseignants et les riverains.

Le collectif
Le collectif « Tous dehors » en est convaincu, la classe en extérieur permet d’enseigner toutes les matières, des maths au français.© DR

Défis ambitieux

Bien sûr, tout n’est pas rose au royaume de la cour verte. Des plantes ne survivent pas toujours aux grandes vacances à cause d’un personnel d’entretien trop zélé (ou peu informé), des parents n’apprécient pas les tâches de terre sur les vêtements et s’inquiètent d’une potentielle chute dans la mare fraîchement installée, des enseignants enthousiastes se retrouvent écrasés par un défi trop ambitieux ou un manque de soutien en interne et des projets se fanent. Georges Abts a pu le constater en allant faire un bilan dans une partie des écoles ayant bénéficié de subsides et d’un accompagnement. Lors du dernier appel à projets, une plus grande importance été accordée à la pérennisation. « Désormais, nous mettons aussi en garde contre les effets « waouh » de Pinterest. Certaines écoles faisaient en quelque sorte leur shopping parmi les aménagements très jolis mais sans grand intérêt pédagogique ou pour la biodiversité et qui étaient donc vite abandonnés. »

A l’inverse, des établissements ont mis la végétalisation au coeur du projet pédagogique. A la Petite Ecole de Gentinnes, la cour de récré a été complétée, à proximité, par une vaste prairie. On y trouve des buttes potagères en permaculture (une par groupe d’enfants qui s’occupera de la même butte durant toute sa scolarité), un terrain de foot au milieu, une serre… Les élèves accèdent à la prairie lors de leur temps libre, mais aussi durant les cours, pour faire « l’école du dehors ». Depuis septembre, Joffray Poulain consacre tout son temps de travail à ce projet, accompagnant chaque classe quelques heures par semaine comme le ferait un professeur d’éducation physique.

Dehors, l’enseignant peut aussi porter un tout autre regard sur sa classe. C’est une bouffée d’oxygène pour tous.

Le titulaire est lui aussi présent, pour se familiariser avec ces nouveaux outils pédagogiques. Car si la sensibilisation à l’environnement est bien entendu au programme de ces sorties, toutes les matières peuvent être abordées par des expérimentations dans la nature. « Le dehors est un terrain de tous les apprentissages. J’aime utiliser l’expression « sortir des murs pour mieux y rentrer ». On apprend avec ses mains, son corps, sa tête, en contact avec le sol. On s’imprègne d’un vécu puis on revient en classe« , détaille Joffray Poulain. Récemment, c’est le repérage dans le plan et l’espace qui a été abordé dans la prairie. Les plus grands ont réalisé des maquettes à l’échelle, les plus jeunes ont déplacé des éléments pour reproduire ce qu’ils voyaient sur un plan.

Recréer de la convivialité, un des trois objectifs principaux de
Recréer de la convivialité, un des trois objectifs principaux de « Ose le vert ».© DR

Nouvelles règles

L’enseignant ne tarit pas d’éloges quant à l’école du dehors et met notamment en avant un point qui l’a frappé sur le terrain: « Il faut le voir pour le croire. Alors qu’en classe on multiplie les aménagements comme les cadres de concentration ou des élastiques sous les bancs pour aider les élèves hyperactifs, à l’extérieur, tout est différent. L’enfant qui ne tient pas en place à l’intérieur ne sera pas forcément celui qui grimpera aux arbres sans arrêt et l’enfant très scolaire, bien posé sur sa chaise qu’on imagine peu mettre les mains dans la terre avec plaisir trouvera également sa place. Dehors, l’enseignant peut aussi porter un tout autre regard sur sa classe. C’est une bouffée d’oxygène pour tous. »

Développé dans le nord de l’Europe avec par exemple les skovbørnehaver ou « écoles de la forêt » au Danemark, le mouvement essaime chez nous. Petit à petit, il s’intègre dans les programmes de formation continue des enseignants et un collectif dynamique, « Tous dehors », propose contenu et accompagnement. « Le dehors est le fil conducteur qui permet d’enseigner toutes les matières, d’apporter une cohérence, souligne Thibaud Bayet, membre du collectif. On part du milieu et, de là, on peut faire des mathématiques, du français, de l’éveil aux sciences… Sortir développe également des compétences transversales comme la bienveillance, des savoir-faire et des savoir-être… » Et tout ça peut partir d’un simple coin de terre. « On fait des sorties dans des forêts, dans des parcs, mais dans un contexte urbain, la cour peut être un bon point de départ, car l’enseignant pourra facilement y improviser une sortie », conclut Thibaud Bayet, qui insiste sur l’intérêt de chaque petit pas. Les naturalistes savent bien ce que peut devenir une minuscule graine, dans un environnement favorable.

Cheval de Troie durable

« L’ école est un lieu qui est sous-utilisé comme levier de changement positif, estime Christophe Mercier, du bureau d’architectes Suède 36. Elle peut être une sorte de cheval de Troie dans la ville pour faire la promotion de l’agriculture urbaine… » Celui qui travaille régulièrement sur la conception d’espaces ludiques milite aussi pour que les cours de récréation s’ ouvrent doublement vers l’extérieur: « Dans certains quartiers, il n’y a plus vraiment de place pour construire des parcs ou des zones de sport. La mutualisation de ces cours est un grand enjeu. On rencontre encore beaucoup de réticences mais des directeurs d’école commencent à se dire qu’il est dommage d’avoir de belles infrastructures fermées le soir et le week-end. » Les îlots de verdure pourraient accueillir les urbains en quête notamment de fraîcheur lors des beaux jours. L’ autre axe d’ouverture est celui sur la rue: « On parle de plus en plus de rues scolaires fermées à la circulation au moins à certaines heures. Une école de mon quartier a remplacé plusieurs places de parking par des bacs avec des plantes et des aromates, raconte Christophe Mercier. Avec des projets comme celui-là, la cour et la verdurisation s’étendent vers le trottoir et cela permet aussi un plus grand lien social pour les parents. »

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