La piscine olympique de Louvain-la-Neuve, le hall sportif de Clavier-Ouffet, le stade de hockey à Wavre: autant de projets confrontés à d'énormes surcoûts. ©  VenhoevenCS & B2Ai / Fukuro.be-Atelier Chora & AAdd / Cerau

Pourquoi de nombreux chantiers communaux risquent de ne pas aboutir

Christophe Leroy
Christophe Leroy Journaliste au Vif

Halls sportifs, piscines, voiries… L’explosion du coût des matériaux de construction entrave l’aboutissement de nombreux chantiers communaux, insuffisamment subsidiés. La Wallonie doit-elle geler le financement de nouveaux projets?

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En temps normal, la sous-estimation du coût d’un chantier public peut trahir une mauvaise préparation du dossier. Mais les temps n’ont rien de normal. L’addition de la reprise post-Covid, des prix de l’énergie et des contraintes de la balance commerciale mondiale est salée pour tout le monde. Y compris pour les communes : déjà sous pression, les voici désormais confrontées à des surcoûts atteignant 30 à 40% des montants estimés lors des adjudications de marchés publics. Infrastructures sportives, rénovations d’écoles, travaux de voiries… Presque tous les chantiers nécessitant du gros œuvre sont concernés. Les grands projets prévus dans les budgets extraordinaires sont particulièrement problématiques. Si les suppléments peuvent se chiffrer en millions d’euros, les subsides qui leur sont dévolus, eux, n’augmentent pas. D’où cette inconnue: qui devra ou pourra payer la facture finale, et dans quelles proportions?

« Même si le cadre devait être modifié, les marges budgétaires de la Wallonie sont limitées. »

Il y a quelques mois encore, la commune de Farciennes, associée à Châtelet et Aiseau-Presles, se réjouissait du lancement du chantier de rénovation de sa piscine, appelée à devenir un centre aquatique de référence pour toute la région. Montant initial du projet: huit millions d’euros, subsidiés à hauteur de 46% par la Wallonie. «Avec les prix actuels, il pourrait finalement coûter quatorze millions, s’inquiète Julien Fanuel, le chef de cabinet du bourgmestre de Farciennes, Hugues Bayet. Nous avons donc un vrai problème de financement. Etant donné que notre commune présente l’indice socio-économique le plus faible de la Région, nous n’avons pas de matelas financier pour assumer de tels surcoûts.»

La piscine olympique de Louvain-la-Neuve, le hall sportif de Clavier-Ouffet, le stade de hockey à Wavre: autant de projets confrontés à d'énormes surcoûts.
La piscine olympique de Louvain-la-Neuve, le hall sportif de Clavier-Ouffet, le stade de hockey à Wavre: autant de projets confrontés à d’énormes surcoûts. © VenhoevenCS & B2Ai / Fukuro.be-Atelier Chora & AAdd / Cerau

Mais aucune commune n’est épargnée. Initialement prévu pour 5,5 millions d’euros, le futur stade de hockey de Wavre pourrait en coûter huit. «Nous étudions les pistes de solutions avec les architectes, le club et la Région», commente son échevin des Sports, Luc Gillard. A Ottignies-Louvain-la-Neuve, le projet de piscine olympique estimé à 12,8 millions d’euros au départ connaît une hausse de 35% avant même le début des travaux, soit 4,5 millions. A Geer, en province de Liège, le financement du projet de complexe sportif passe de 2,5 à trois millions. «Pour une petite commune comme la nôtre, c’est un surcoût important», témoigne son bourgmestre, Dominique Servais. Dans un autre dossier geerois, visant à construire de nouveaux logements sociaux, les tarifs s’avéraient tellement exorbitants que le collège a décidé de ne pas attribuer le marché, se laissant un an pour étudier des alternatives de passation de marché.

Poursuivre ou mettre au placard?

La hausse des coûts des matériaux pose problème dans plusieurs cas de figure, comme le reflète la situation de Clavier, elle aussi en province de Liège. Pour son bourgmestre Philippe Dubois, il est exclu que les surcoûts du chantier de son hall sportif et polyvalent, estimés à 1,5 million d’euros, reportent la concrétisation de ce projet dans les cartons depuis plus de dix ans. D’autant qu’il associe d’autres communes et fait appel à deux pouvoirs subsidiants. Autre dossier, autre difficulté: la rénovation de l’école de Bois-et-Borsu, qui a commencé en mars 2020. Après de multiples arrêts de chantiers dus à la crise sanitaire, l’entrepreneur se voit aujourd’hui contraint de le finaliser sur la base d’anciens prix ne reflétant plus le marché actuel. «Nous allons voir dans quelle mesure il existe une base juridique pour compenser en partie ce travail à perte», indique Philippe Dubois. Enfin, Clavier pourrait mettre au placard son vaste projet de réfection de sa piscine en plein air. En attendant une éventuelle accalmie, de nombreuses communes se résolvent à geler les dossiers initialement prévus pour 2023.

La piscine olympique de Louvain-la-Neuve, le hall sportif de Clavier-Ouffet, le stade de hockey à Wavre: autant de projets confrontés à d'énormes surcoûts.
La piscine olympique de Louvain-la-Neuve, le hall sportif de Clavier-Ouffet, le stade de hockey à Wavre: autant de projets confrontés à d’énormes surcoûts. © VenhoevenCS & B2Ai / Fukuro.be-Atelier Chora & AAdd / Cerau

C’est une évidence, la Wallonie ne peut allouer des subsides complémentaires à l’ensemble des projets en difficulté. A moins de faire certains compromis? «Quand on n’arrive pas à payer une voiture, on n’en achète pas une deuxième, résume le député Vincent Sampaoli (PS), échevin des travaux et des sports à Andenne. Je ne vois qu’une solution: que la Région adapte le montant des subsides en conséquence et gèle leur octroi pour de nouveaux projets, afin d’aider les communes à terminer ceux qui sont déjà en cours ou pour lesquels il n’est plus possible de faire marche arrière.» Une revendication partagée par plusieurs élus locaux, même si elle ne fait pas l’unanimité. La Wallonie mise précisément sur le maintien de tels investissements dans le cadre de son plan de relance. Un moratoire pourrait aussi s’avérer néfaste pour le secteur de la construction.

Bricolage au cas par cas dans les communes

«Il est évident que nous allons devoir nous adapter, réagit le ministre wallon du Budget et des Infrastructures sportives, Adrien Dolimont (MR). Pour ce qui concerne les infrastructures sportives, mon administration est bien entendu à l’écoute des porteurs de projets afin de dégager des solutions. L’une d’entre elles pourrait être de prolonger les délais existants pour la transmission des actes administratifs. Je viens d’ailleurs de recevoir une première demande, actuellement à l’analyse.» En ce qui concerne l’allocation de subsides complémentaires, «il n’est jamais bon d’agir au cas par cas, dans un souci d’équité entre l’ensemble des porteurs de projets, poursuit-il. Si une mesure est prise, celle-ci devra être générale et transversale à toutes les compétences

Mais la marge de manœuvre de la Wallonie reste pour l’heure limitée. D’abord par son cadre légal: «Les décrets encadrant les subventions ainsi que différents appels à projets prévoient des enveloppes de subventions fermées, rappelle Adrien Dolimont. Je n’ai donc pas de possibilité d’octroyer des compléments. Dans le cadre du nouveau décret de décembre 2020, les prix plafonds utilisés pour le calcul des subventions ont été majorés en 2022, afin de tenir compte du contexte.» Ensuite par l’état de ses finances: «Inutile d’édulcorer la situation, même si le cadre devait être modifié, les marges budgétaires de la Wallonie sont limitées».

Dans l’attente d’un éventuel plan transversal, c’est bel et bien au cas par cas que les communes bricolent des solutions. Notamment en réduisant la voilure de certains projets, ou en négociant l’octroi de subsides dans des dossiers conçus au départ sur fonds propres, afin de compenser l’ardoise inattendue de ceux en cours.

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