Blâmer Trump, fustiger Maduro, se ranger derrière le droit international: face à l’actualité internationale, au Venezuela par exemple, les partis politiques en Belgique semblent particulièrement prompts à prendre position. Le grand chamboulement en cours les pousse à choisir leur camp.
Observer les réactions des partis politiques, en Belgique, à l’intervention des Etats-Unis au Venezuela permet d’identifier un intéressant nuancier de grilles de lecture. Une palette schématiquement subdivisée de gauche à droite, de l’écarlate du PTB au bleu royal du MR.
Les formations politiques francophones ont rapidement réagi aux événements. C’est ainsi que depuis la Belgique, le PTB a prestement dénoncé «les bombardements criminels et illégaux contre le Venezuela», évoquant des «crimes de guerre, commis au mépris de toute vie humaine et de toutes les normes du droit international». Le parti de gauche y voit un «pillage impérialiste», soulignant l’unique responsabilité des Etats-Unis de Trump, sans y ajouter, comme l’ont fait tant d’autres, de condamnation simultanée envers les dérives de Nicolás Maduro.
Le président du MR a commenté l’actualité de façon quasi symétrique, en ne dénonçant pas explicitement les entraves au droit international, mais en applaudissant la destitution de Maduro, «un dictateur, un criminel et un voyou de droit commun». Et Georges-Louis Bouchez d’ajouter que «le vrai visage du PTB apparaît ici. Le PTB pour qui Maduro était une référence.» L’actualité internationale, inévitablement, résonne à l’intérieur de la dynamique politique belge, en exacerbant les postures.
«Il n’est pas étonnant de voir la Belgique obligée de se repositionner», avec les divergences que cela induit, sur des dossiers tels que celui du Venezuela.
Ministre des Affaires étrangères et centriste, Maxime Prévot (Les Engagés) a diplomatiquement nuancé le propos: le droit international, bafoué, doit rester une boussole, «mais» personne ne pleurera le départ de Nicolás Maduro. «On est tous d’accord, le peuple vénézuélien devait être débarrassé de la dictature de Maduro… Mais ne soyons pas dupes, ce qu’il se passe est grave du point de vue de l’Etat de droit et dangereux pour l’ordre et la sécurité mondiale», a abondé son président, Yvan Verougstraete.
Au centre-droit, chez DéFI, on a beaucoup insisté sur l’importance du droit international et dénoncé «l’apologie de la force», tandis qu’Ecolo a fustigé «une violation extrêmement grave et manifeste du droit international», tout en refusant «toute complaisance envers le régime autoritaire, corrompu et antiécologique de Nicolás Maduro». «Face aux agissements illégaux, immoraux, mercantiles et dominateurs de Trump envers la population du Venezuela ainsi qu’aux menaces d’ingérences proférées à l’encontre du Groenland», le PS a appelé à un sursaut européen, qui consiste à ne plus acheter d’armes aux Américains et à convoquer fissa les instances de l’ONU et de l’Otan.
De l’anti-impérialisme américain à la condamnation d’un dirigeant autoritaire d’inspiration marxiste, les récits s’entrechoquent. Chacun choisit son camp. Cette réalité n’est pas neuve, évidemment, et les partis politiques portent depuis leurs origines un regard sur la marche du monde.
Les thématiques internationales semblent cependant avoir gagné en prépondérance et en conflictualité. Pour des raisons qui leur sont propres, les partis semblaient soutenir dans une relative unanimité la position de Bart De Wever (N-VA) lors de la séquence des avoirs russes, en décembre. Mais il ne faudrait pas oublier, dans un tout autre dossier, que le gouvernement fédéral s’est écharpé l’été dernier sur la question de la reconnaissance de la Palestine et des sanctions à infliger à Israël.
«Sur ces questions, les partis adoptent en effet des positionnements caractéristiques gauche/droite», observe Jérémy Dodeigne, professeur de sciences politiques à l’UNamur. Que le PTB adopte une posture anti-impérialiste, peu atlantiste et se place du côté du Sud global ne surprend guère. Qu’en Belgique, des partis centristes ou de centre-gauche dénoncent des dérives autoritaires tout en se posant en défenseurs du droit international s’inscrit dans l’ordre des choses. Le politologue se dit en revanche un peu plus étonné par quelques déclarations du président du MR, qui a donné l’impression de valider le sort réservé à Nicolás Maduro par le fait qu’il avait lui-même enfreint le droit international. «Je ne juge pas ici le fait qu’on considère ce dirigeant comme infréquentable. Mais la posture de la loi du plus fort et de l’entorse au droit international n’est pas habituelle au sein des partis libéraux qui sont traditionnellement les promoteurs d’un certain ordre international fondé sur le multilatéralisme, la stabilité, l’absence de guerre, la réciprocité des règles, etc.»
Du Venezuela à la Belgique, des partis poussés à prendre parti
La prééminence de ces règles internationales semble désormais faire partie du passé. Et c’est probablement l’une des raisons pour lesquelles des lignes de fracture se tracent assez nettement sur ces thématiques, à l’intérieur de la politique belge. Le contexte géopolitique du moment pousse à prendre position.
«Nous nous trouvons dans un contexte d’incertitude dans les relations internationales. Les organisations internationales qui privilégiaient ce multilatéralisme sont complètement mises en retrait. Il y a quelques années, la méthode de Trump sur les droits de douane aurait été impensable, en vertu des règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC). Aujourd’hui, Trump attaque un Etat souverain et peut le faire en dépit de toutes les règles de l’ONU sur le sujet, poursuit Jérémy Dodeigne. Les institutions qui amenaient une stabilité dans les relations internationales sont contournées. Dans ce contexte, il n’est guère étonnant de voir la Belgique obligée de se repositionner» sur des sujets tels que les événements au Venezuela, avec ce que cela induit comme divergences internes.
De tradition atlantiste depuis l’après-guerre, la Belgique et sa classe politique ont sans doute moins été traversées par ces questionnements par le passé. «Disons que pendant la guerre froide, hormis quelques exceptions, la ligne atlantiste était très clairement assumée. Après la chute du Mur, l’adhésion à l’Otan était plus molle, le contexte militaire était moins pressant et il régnait une forme de multilatéralisme omniscient.» Le retour de Trump à la Maison-Blanche et la teneur de sa politique étrangère contribuent à anéantir la relative quiétude du monde politique belge sur les thématiques internationales.