Le nouveau quartier général de l'OTAN © Moors M.

L’homme derrière le nouveau quartier général de l’OTAN: « C’est évidemment une cible intéressante pour les services de renseignement »

Kristof Clerix
Kristof Clerix Rédacteur Knack

Le jeudi 25 mai, le président américain Donald Trump assistera à l’inauguration solennelle du nouveau quartier général de l’OTAN à Haren-Bruxelles. Nos confrères de Knack se sont entretenus avec l’homme qui a mené à bien la construction du mastodonte moderne : le colonel Lieven Vanheste.

Le quartier général de l’OTAN compte pas moins de 250 000 mètres carrés. Les huit ailes de bureaux reliées à l’Agora centrale évoquent l’image de doigts emmêlés, le symbole de la solidarité entre les états membres de l’OTAN. Entre-temps, il y a déjà près de vingt ans que l’OTAN a décidé de construire un nouveau quartier général lors du sommet de Washington (1999). Du coup, la Belgique a libéré le terrain en face du siège principal. Et en 2010, la construction a enfin commencé.

Au sein de la Défense, le projet a été concrétisé sous la houlette du Project Management Team Headquarters NATO, dirigé aujourd’hui par le colonel Lieven Vanheste. Depuis dix ans, il s’occupe nuit et jour du nouveau quartier général de l’OTAN. Pour la première fois, il s’exprime sur les rouages de l’opération.

Combien de personnes ont travaillé à ce projet gigantesque?

Vanheste: En moyenne, il y avait 600 personnes par jour sur le chantier. Certains jours, il y avait 1200 personnes.

La construction a duré un an et demi de plus que prévu. Êtes-vous content que le quartier général soit enfin terminé ?

Nous sommes fiers de l’avoir réalisé, même si c’est avec un peu de retard. Le plus grand défi a été la coordination entre tous les partis impliqués : l’architecte, le maître d’ouvrage, le bureau d’étude, le contrôle de qualité, les entrepreneurs, les sous-traitants, les consultants, l’OTAN elle-même, etc. Pour vous donner une idée de la complexité : plus de 1500 entreprises étaient impliquées dans la réalisation du nouveau siège, aussi bien des entreprises unipersonnelles que des grandes firmes.

Le bâtiment s’est révélé beaucoup plus cher que les estimations, non ?

Ce n’est pas tout à fait exact. En 2009, l’OTAN a prévu 1,2 milliard d’euros pour le programme global : la construction du nouveau quartier général et tous les coûts qui l’accompagnent. Finalement, nous aboutirons probablement à une somme qui oscille entre les 1,1 et les 1,2 milliard d’euros – nous devons encore faire le décompte précis. Mais dans la presse, on écrivait souvent « trop cher, trop tard ».

Pour quelles raisons?

L’estimation initiale de 1,2 milliard d’euros partait d’un contrat de construction d’une valeur de 640 millions d’euros. Cependant, dès que le contrat a été adjugé pour le prix particulièrement modique de 460 millions d’euros (au groupe néerlandais BAM , NDLR), les coûts du programme sont passés de 1,2 à 1 milliard d’euros.

Seulement, ce contrat de construction de 460 millions d’euros s’est révélé insuffisant pour tenir compte de tous les facteurs. Et il est vrai que le contrat de construction a finalement été revu à la hausse en 2014. En résumé : oui, le contrat de construction a finalement coûté plus cher que prévu ; mais non, le véritable projet n’est pas plus cher que l’estimation initiale de 2009.

Quels coûts supplémentaires y a-t-il, hormis le contrat de construction?

Il y a encore la sécurisation électronique, l’infrastructure audiovisuelle, l’infrastructure informatique, le bureau d’étude et divers consultants et évidemment les coûts du personnel de l’OTAN, où une équipe spécialisée s’occupe de la construction et de la sécurisation du chantier depuis 2004. Par ailleurs, le budget du programme couvre aussi l’achat du mobilier et le déménagement, l’inflation des prix et un budget pour les travaux imprévus.

Quand est-ce que tout le monde déménage?

Pour l’instant, 250 personnes travaillent déjà au nouveau siège principal. Les 4000 membres du personnel restants déménageront d’ici la fin de l’année. Le fait que ces 4000 personnes – surtout des étrangers – travaillent en Belgique et dépensent leur salaire ici entraîne un rendement économique important pour notre pays. À présent, cela semble évident, mais en 2010 il y avait encore des personnes opposées à la construction en Belgique.

Quelle part du montant global d’1,1 milliard d’euros la Belgique paie-t-elle ?

3,8% du total. Donc à peu près 40 millions d’euros donc.

Quelles entreprises belges étaient impliquées dans la construction?

Plusieurs entreprises belges se sont chargées de parties des travaux. Plusieurs sous-traitants : l’électricité (Cegelec, ITB, Balteau), le chauffage (Cegelec, Close), les sanitaires (Imtech), la sécurité incendie (FPS), les toits (Zolderse dakwerken), les façades (Vorsselmans), les finitions intérieures (Beddeleem)…

Au fond, l’entrepreneur principal composé de trois filiales du groupe de construction néerlandais BAM est belge : Interbuild, Galère et CEI Demeyer (entre-temps baptisés Bam Contractors). Ils font partie de la sa BAM Belgium et ont livré une contribution importante au nouveau quartier général. Reste à voir si ces filiales BAM se sont tant enrichies. Un tel projet de construction demeure un défi commercial pour les entreprises, et s’accompagne de nombreuses incertitudes.

Évidemment, de nombreuses questions de sécurité ont joué lors de la construction du quartier général de l’OTAN.

Effectivement. C’est justement parce que ce projet est aussi unique, que l’impact de sécurité était difficile à estimer. Qu’est-ce que cela signifie quand la majorité des firmes actives sur le chantier doivent disposer d’un mandat de sécurité ? Les matériaux qui arrivaient sur le chantier devaient également être passés au crible. L’objectif de toutes ces mesures était d’éviter que l’on introduise subrepticement des appareils d’écoute et qu’on les intègre dans la construction.

Les Américains l’ont déjà vécu lors de la construction de leur ambassade à Moscou. Ils ont dû presque entièrement la détruire.

En 2003, on a également trouvé des appareils d’écoute maçonnés dans le bâtiment Justus Lipsius à Bruxelles, qui abrite le Conseil européen.

C’est justement ce que voulait éviter l’OTAN. Avec la présence de 28 délégations nationales, le siège principal est évidemment une cible intéressante pour les services de renseignement.

Certains services secrets ont-ils déjà essayé d’espionner le nouveau quartier général?

À ma connaissance, on n’a pas trouvé d’appareils d’écoute. Cependant, la sécurité du chantier n’était pas une compétence belge, mais une responsabilité de l’OTAN. Celle-ci avait une centaine de personnes disponibles en permanence – le Site Security Management – chargées de surveiller le site de construction.

Quel est le statut du site qui accueille la nouvelle construction? Est-ce un territoire belge ?

Le terrain est inscrit au patrimoine de la Défense et a été donné en concession à l’OTAN pour une durée indéterminée.

Le nouveau quartier général est-il plus sûr que l’ancien ?

La technologie du nouveau bâtiment est ultramoderne. Il y a plus de 1000 caméras par exemple. À l’époque, ce n’était pas gérable, mais grâce aux nouvelles technologies et aux nouveaux algorithmes c’est possible. La façade en verre résistante aux explosions est également une prouesse technologique. Si les bombes du 22 mars explosaient ici, le verre resterait intact.

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