Le chômage pendant la crise du coronavirus

Les Flamands actifs, les Wallons assistés ? Pas si simple

Nicolas De Decker
Nicolas De Decker Journaliste au Vif

Il est d’un savoir commun que « l’assistanat » est une tradition wallonne. La véracité de ce savoir si répandu est pourtant minée par deux énormes fautes de raccord.

« La philosophie flamande (et européenne) de l' »activation » s’oppose diamétralement à la philosophie wallonne du « droite à l’assistance. » Ainsi parla l’économiste Rudy Aernoudt dans une chronique parue le 17 février dans Trends-Tendances, et il est en effet d’un savoir commun que « l’assistanat » est une tradition wallonne, surtout vivace dans les anciens bassins charbonniers, tandis que la Flandre, grâce à des politiques beaucoup plus strictes de mise au travail des inactifs, était parvenue à réduire le chômage à un taux ridiculement faible.

La véracité de ce savoir si répandu est pourtant minée par deux énormes fautes de raccord.

La première est une impossibilité logique: les Régions n’ont reçu de substantielles compétences en matière de formation, de contrôle, d’activation et de sanction des chômeurs que progressivement, au rythme des différentes réformes de l’Etat entre 1989 et 2012, et ces matières sont aujourd’hui encore pour partie fédérales. C’est ainsi que la Flandre a résorbé son chômage de masse en ne pouvant mettre en oeuvre que des politiques sociales parfaitement identiques à celles qui avaient cours en Wallonie. Sur l’activation et les sanctions, sur la formation des chômeurs, sur la durée et le montant de leurs allocations, la Flandre n’a été ni plus sévère ni plus laxiste que la Wallonie, parce que la loi était la même pour tous les Belges. Une même cause ne pouvant produire des effets parfaitement opposés, il est donc logiquement impossible de soutenir que ce qui aurait permis le plein emploi au nord du pays aurait provoqué le chômage massif et structurel au sud.

La seconde est une erreur matérielle: depuis 2016 en effet, à la suite de la sixième réforme de l’Etat, ce sont les services régionaux de l’Emploi (VDAB en Flandre, Forem en Wallonie), et non plus l’Onem, qui se chargent du contrôle de la disponibilité des chômeurs. Chaque Région peut désormais appliquer ses propres recettes afin de remettre ses inactifs au travail. Or, si l’air du temps autant que les configurations électorales respectives pourraient laisser croire à des choix politiques plutôt sévères d’un côté, et plutôt laxistes de l’autre, l’examen des faits démontre l’inverse. Ainsi, alors que la Wallonie radiait, en 2019, dernière année avant la pandémie, pas moins de 3 619 demandeurs d’emploi, la Flandre, elle, n’en radiait que 23, pour un nombre de respectivement 128 000 et 125 000 chômeurs complets en décembre 2019.

Ce fact-check est issu du dossier « Flandre-Wallonie, en finir avec les idées reçues ». Retrouvez l’entièreté du dossier ici.

Les Flamands actifs, les Wallons assistés ? Pas si simple

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