Les infrastructures cyclables laissent encore souvent à désirer, ce que le Gracq souligne avec dérision. © jean brouillard

Le parcours (cyclable) du combattant

Caroline Dunski Journaliste

Les défis environnementaux et climatiques n’ont jamais été aussi criants. La Ville de Mons envisage à son tour d’y répondre. En travaillant sur la mobilité, la réduction des dépenses énergétiques et ses marchés publics. Il y a du boulot.

Afin d’adapter la cité du Doudou aux changements climatiques, les autorités communales tentent d’induire un changement de comportement de la part des Montois en matière de mobilité. L’objectif est qu’ils deviennent de plus en plus nombreux à utiliser des modes de transport alternatifs à la voiture individuelle : transports en commun, covoiturage, marche à pied… Le plus grand défi ? Convaincre les Montois d’enfourcher leur vélo, alors que les infrastructures cyclables laissent souvent à désirer. Les Cyclistes gonflés à bloc pour l’action, un groupe réuni à l’initiative de Luc Leens, fondateur du Gracq (Groupe de recherche et d’action des cyclistes quotidiens) montois en 1995, ont beau jeu de relever les imperfections du réseau.  » Ce qui est symptomatique, c’est que le réseau points noeuds pour Mons n’a pu trouver aucune entrée cyclable « , regrette celui qui se passe de voiture depuis un quart de siècle.  » Toutes les principales entrées de Mons sont extrêmement dangereuses et à deux endroits, le seul moyen d’entrer à vélo dans Mons est d’emprunter les voies piétonnes, ce qui constitue une infraction. Quant à la commission vélo créée par la Ville en 2006, c’est le Gracq qui fixe l’ordre du jour et rédige les PV mais, que l’échevin soit présent ou non, les travaux de cette commission ne font l’objet d’aucun suivi dans l’administration communale, si ce n’est de façon marginale sur l’un ou l’autre point de détail.  »

Potaches dans la forme, mais sérieux sur le fond, ces  » pirates  » ont choisi l’humour et la dérision pour s’adresser à celles et ceux qui ont accueilli avec indifférence ou scepticisme le mémorandum présenté aux partis par le Gracq, à la veille des élections communales de 2018.  » La première remarque de l’échevin de la Mobilité d’alors a été « Mons n’est pas une ville faite pour le vélo, ça monte », souligne Luc Leens. On a donc décidé de s’adresser aux responsables autrement, en faisant le calcul que même si ça ne sert pas à grand-chose, on aura passé notre temps à faire des petites blagues.  »

Le plus grand défi ? Convaincre les Montois d'enfourcher leur vélo.
Le plus grand défi ? Convaincre les Montois d’enfourcher leur vélo.© jean brouillard

Un plan cyclable global, cohérent et financé

En fonction des actions ludiques et médiatiques qu’ils mènent afin d’obtenir pour la ville  » un plan cyclable global, cohérent, étalé sur plusieurs années et correctement financé « , les Cyclistes gonflés sont entre cinq et vingt personnes. Citons : les vidéos postées sur la chaîne YouTube pour mettre en évidence des endroits rendus dangereux par la végétation non maîtrisée ou les comportements inciviques de certains automobilistes ; la mise en demeure de la Région wallonne et de la Ville de couper ladite végétation envahissante ; l’action  » Tous à vélo « , invitant tous ceux qui habitent, travaillent ou étudient à Mons à rejoindre à bicyclette la manifestation pour le climat qui s’y déroulait le 9 mai dernier, tout en proposant des itinéraires futés également repris sur une carte interactive ; le  » barrage subsidiant  » au cours duquel, en février dernier, les cyclistes distribuaient aux automobilistes un symbolique subside de deux centimes pour financer le lourd fardeau de leur mobilité polluante…

Les autorités communales n’ont évidemment pas besoin de ces actions et interpellations pour prendre conscience de la nécessité d’aménager des infrastructures cyclables sécurisées et correctement entretenues.  » Des investissements de plus de trois millions d’euros en faveur du vélo sont prévus sur le budget de la Ville pour cette mandature, précise Charlotte De Jaer, échevine de la propreté, de la mobilité et de la participation citoyenne (Ecolo). Couplés à des investissements régionaux et à un investissement de 150 000 euros pour l’entretien du réseau points-noeuds supracommunal, ils viseront à permettre que les axes structurants cyclables soient sécurisés. Une piste cyclable sur la Rive droite du canal du Centre vient de voir le jour, une autre sera finalisée courant octobre au chemin des Moutons, et deux marchés publics pour l’aménagement de pistes cyclables autour du Grand Large et à l’avenue du Tir viennent d’être lancés.  »

Le Gracq mène des actions ludiques et médiatiques afin d'obtenir, pour Mons, un plan cyclable global.
Le Gracq mène des actions ludiques et médiatiques afin d’obtenir, pour Mons, un plan cyclable global.© jean brouillard

Cinq euros par an et par habitant

Luc Leens calcule que l’investissement prévu par la nouvelle majorité communale représente cinq euros par an et par habitant.  » Aux Pays-Bas et au Danemark, ils continuent d’investir 25 euros par an et par habitant, alors qu’ils ont déjà un réseau extraordinaire et un nombre d’usagers faramineux ; 500 000 euros par an, c’est bien pour amorcer, mais il faut monter en puissance. S’il s’agit de faire plaisir aux cyclistes actuels, ça va marcher, mais pour faire augmenter le nombre de cyclistes, c’est insuffisant ! Mons est d’ailleurs la ville wallonne où l’augmentation annuelle du nombre de voiture est la plus grande. L’énorme difficulté, c’est que les gens n’imaginent pas qu’il soit possible de vivre sans voiture.  »

Luc Leens, fondateur du Gracq (Groupe de recherche et d'action des cyclistes quotidiens).
Luc Leens, fondateur du Gracq (Groupe de recherche et d’action des cyclistes quotidiens).© hatim kaghat

A cet égard, Charlotte De Jaer souligne que, pour changer le comportement des gens, il faut rendre le vélo plus  » désirable « .  » En partenariat avec Pro Vélo, le pari lancé à trois familles montoises pendant la Semaine de la mobilité sera relancé tous les trois mois avec d’autres familles.  » Du 16 au 22 septembre dernier, pour faire leurs courses, aller au travail ou déposer les enfants à l’école, les familles Filippi, Joly et Capon ont ainsi réorganisé leurs déplacements quotidiens en se passant totalement de leur voiture.

Charlotte De Jaer mentionne également l’organisation des assises du vélo cet hiver.  » Elles permettront de mettre sur pied un plan cyclable au printemps 2020. Un système de vélos partagés en libre service devrait voir le jour d’ici au printemps 2020 et le système existant de location de vélos pour des plus longues périodes sera complété à l’automne par l’offre de location de vélos électriques à un tarif préférentiel. La Ville a aussi mis en place l’opération « Objectif vélo » au sein de l’administration. Les travailleurs communaux ont bénéficié d’une formation à la conduite en ville et des estafettes cyclistes servent à faire circuler les documents entre les 50 sites administratifs. Nous avons aussi des cantonniers à vélo.  » Alors, Mons future ville cyclable ? C’est en tout cas le souhait partagé de l’échevine et des joyeux Cyclistes gonflés.

D’autres idées pour relever le défi climatique

Le Plan stratégique transversal, outil de gouvernance pluriannuel rendu obligatoire pour chaque commune, a été adopté par le Conseil communal de Mons le 3 septembre dernier. Il constitue la traduction opérationnelle de la Déclaration de politique générale et consacre, notamment, la réponse aux enjeux climatiques et environnementaux comme un de ses objectifs stratégiques, débouchant lui-même sur quatre objectifs opérationnels – à savoir réduire les émissions de CO2, promouvoir les énergies renouvelables, favoriser la biodiversité et lutter contre les pollutions – traduits en diverses actions.

Mobilité

– Création d’une Commission communale pédestre pour permettre de valoriser la marche à pied et travailler avec les citoyens sur l’amélioration des aménagements pour les piétons.

– Aménagement de Parks & Ride aux entrées de ville pour offrir la possibilité aux automobilistes de garer leur véhicule en amont des congestions de trafic et de rejoindre le centre-ville en bus.

– Création d’une ligne de bus à haut niveau de service (BHNS) sur la N51 Jemappes – Mons pour décongestionner cet axe essentiel.

– Création d’un centre de logistique urbain pour diminuer le nombre des camions en coeur de ville et rationaliser les livraisons vers les commerces du centre.

Energie

Dans le cadre d’un plan de développement du photovoltaïque, dix bâtiments communaux – crèches, résidences pour personnes âgées, écoles, administrations… – ont été identifiés.

Un marché public a été lancé pour remplacer cinq chaudières à mazout chauffant la caserne des pompiers de Ghlin par une seule chaudière à biomasse.  » Nous avons opté pour une approche innovante qui servira de test « , note Catherine Marneffe, échevine de la transition écologique, de la biodiversité, de l’énergie-climat et des marchés publics (Ecolo).  » On passe un contrat de performance énergétique avec le prestataire à qui on achète de la chaleur. On achète donc un service et un résultat. Au terme du contrat de quinze ans, la Ville devient propriétaire du matériel qui devra avoir un rendement d’encore au moins 90 %.  »

Marchés publics

La Ville de Mons a récemment signé la  » Charte pour des achats publics responsables  » et s’engage à ce que les services de l’administration, rédacteurs de cahiers de charges, y intègrent les dimensions environnementale, éthique et sociale favorisant les circuits courts, la gestion des déchets sur chantiers ou encore le respect de l’environnement des peintures et produits d’entretien.

Verdurisation de la ville

Mons va lancer un plan important de verdurisation de la ville : planter un arbre à chaque naissance, encourager la végétalisation des toitures via une modification du règlement d’urbanisme, créer une charte de végétalisation permettant aux citoyens de végétaliser leur façade ou de parrainer des pieds d’arbres. Un vaste plan de végétalisation des axes pénétrants de la ville est en cours.

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