John Crombez et Elio Di Rupo © Belga

« La semaine de 32 heures est un suicide économique »

À la veille du 1er mai et à moins de quatre semaines des élections, Groen et le sp.a essayent de se damer le pion à coup de « slogans, d’imprécisions et de propositions carrément ridicules », comme l’écrit Ive Marx (Université d’Anvers).

En cinq ans, le gouvernement de centre droit, formé par la N-VA, le CD&V, l’Open VLD et le MR, n’a pas tenu ses promesses. Et certainement pas sur le plan socio-économique. En premier lieu, le gouvernement Michel devait mettre de l’ordre dans les finances publiques. Il a échoué avec brio : 2018 s’est terminé par un déficit budgétaire de 0,7 %, et cette année, il est même passé à 1,6 % du PIB. Plus de 200 000 nouveaux emplois ont été créés au cours de cette législature, mais c’est davantage dû à la bonne conjoncture économique qu’à la politique gouvernementale. « Le verre est à moitié vide ou à moitié plein », déclare Pierre Wunsch, gouverneur de la Banque Nationale, à propos de la performance du gouvernement Michel à Knack cette semaine. Même 5 sur 10, c’est très pauvre. Ce n’est pas une base solide pour gouverner de la même façon pendant encore cinq ans.

Qu’en est-il de l’opposition ? Ces cinq dernières années, ces partis ont peut-être élaboré des plans pour l’avenir sur la façon dont les choses peuvent et doivent être améliorées ? Pas le PVDA-PTB en tout cas. Son programme est rempli de recettes qui ont prouvé par le passé qu’elles conduisent à la faillite de la société. À l’autre bout du spectre politique, le Vlaams Belang remue toujours la même fange. Pour tous les problèmes, il pointe toujours du doigt les migrants – comprenez les musulmans. ça aussi, c’est une issue funeste.

Qu’est-ce qui ressort de ces deux autres partis d’opposition flamands, le sp.a et Groen ? Ont-ils des propositions socio-économiques cohérentes qui pourraient intégrer notre pays dans le peloton de tête de l’Europe ? C’est une déception. Les idées lancées en grande pompe relèvent davantage du marketing que du sérieux. Elles doivent séduire l’électeur, qu’elles aident la société à avancer ou pas, semble secondaire. Cependant on peut toujours faire pire, comme le prouvent PS et Ecolo de l’autre côté de la frontière linguistique: pressés par la PVDA-PTB, ils prônent une semaine de travail de 32 heures avec maintien du salaire. C’est un suicide économique, qui nous rend beaucoup trop coûteux et entraîne une baisse de l’emploi, comme l’a expliqué à plusieurs reprises Stijn Baert (Université de Gand), spécialiste du marché du travail. Leurs homologues flamands, le président du sp.a. John Crombez et la présidente de Groen, Meyrem Almaci, s’en sont d’ailleurs immédiatement distancés.

Cependant, le SP.A n’est pas opposé aux idées PVDA-PTB. Par exemple, il est depuis peu favorable aux visites médicales gratuites. Comme l’écrit notre confrère Walter Pauli de Knack, « c’est en porte-à-faux avec l’histoire socialiste de Frank Vandenbroucke, qui attachait une grande importance à l’accessibilité financière des soins de santé et à l’utilisation efficace des ressources. La visite médicale gratuite est même carrément anti-SP.A. ». Mais les socialistes flamands reviennent à la gratuité prônée par feu Steve Stevaert. Il n’y a pas que le médecin généraliste à être gratuit, il en va de même pour le train, le bus et le tram pour les navetteurs, l’enseignement et la garde des enfants. Ne savons-nous pas que « gratuit » n’existe pas ?

En même temps, le sp.a veut réduire l’âge de la retraite à 65 ans. Pour Groen, chacun peut prendre sa retraite après 42 ans de carrière, quel que soit son âge. Et les deux parlent d’une pension minimum de 1500 euros. Frank Vandenbroucke, ancien ministre sp.a., professeur et président du Comité des pensions, déclarait il n’y a pas si longtemps à Knack: « Je ne dis pas que 1500 euros ce n’est pas bien, mais en même temps vous ne pouvez exiger que l’âge légal de la retraite soit réduit à 65 ans. Ce n’est pas payable. » Sa consoeur Ria Janvier (Université d’Anvers) a également déclaré que les propositions de Groen en matière de pensions sont inabordables : « Saint-Nicolas ne vient qu’une fois par an. »

Sp.a et Groen veulent également augmenter le salaire minimum à 2300 euros, soit une augmentation de 40%. Ive Marx (Anvers) estime que c’est une idée folle, Stijn Baert trouve que c’est complètement cinglé parce qu’un salaire minimum plus élevé crée moins d’emplois, alors que plus de gens doivent travailler. « Ces partis devraient le savoir », déclare Marx dans De Standaard. Et puis, la semaine dernière, Groen a proposé « la prime trampoline » : les salariés qui démissionnent de leur plein gré ont également droit à des allocations de chômage. Encore une fois, c’est exactement le contraire de ce dont notre marché du travail a besoin : travailler dans notre pays devrait rapporter plus que ne pas travailler. Aussi Baert est-il impitoyable: « Si nous voulons détruire complètement notre marché du travail, nous devons faire ce que Groen a en tête ».

Groen et le sp.a semblent essayer de se damer le pion à coup de « slogans, d’imprécisions et de propositions carrément ridicules », comme l’a écrit Ive Marx, « dont on rirait si ce n’était pas triste ». Ce sont des Saint-Nicolas cinglés.

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