Opinion

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens, sur la gifle de Will Smith: « Le vrai problème, c’est que les femmes en rêvent, au fond »

Mélanie Geelkens Journaliste

« Un geste d’amour »: de toutes les idioties lues sur la gifle de Will Smith aux Oscars, celle sortie par Georges-Louis Bouchez était sans doute la plus à côté de la plaque. Sauf que trop de personnes (y compris de femmes) sont encore d’accord avec ça. La baffe des Oscars, c’est un uppercut genré que la société s’est pris en pleine tronche.

Ne pas écrire sur la gifle. Ne pas écrire sur la gifle. Ne pas écrire sur la gifle. « C’est magistral, ce qu’a fait Will Smith! » (sms d’un ami). Ne pas écrire sur la gifle. Ne pas écrire sur la gifle. Ne pas écrire sur la gifle. « Voilà un homme, un vrai! » (lu dans un commentaire Facebook). Ne pas écrire sur la gifle. Ne pas écrire sur la gifle. Ne pas écrire sur la gifle. « C’est un geste d’amour! » (interview de Georges-Louis Bouchez, sur DH Radio). Bon. C’était l’idiotie de trop. Désolée, mais voici donc quelques mots sur la gifle.

Pas pour réécrire que « la violence n’a jamais été la solution » (lu sur Twitter). Pas pour réécrire que l’acteur américain est un double enfoiré parce qu’au départ, la blague sur les chauves, ça l’avait bien fait marrer (lu un peu partout). Pas pour réécrire qu’il faut « arrêter d’entretenir des systèmes de violences » (lu sur Instagram). Tout cela est vrai, bien sûr. Comme il est certain que si Jada Pinkett Smith s’était elle-même levée, pendant la remise des Oscars, pour aller coller une mandale à Chris Rock, au lieu de rouler des yeux sur sa chaise, personne n’aurait trouvé ça « magistral ». Tout le monde l’aurait traitée d’hystérique. Mais si, mais si: faut se rappeler les bouses sexistes qu’elle s’était ramassées à la pelle en 2020, Adèle Haenel, juste parce qu’elle avait quitté la salle des Césars après le couronnement du réalisateur Roman Polanski, abondamment accusé d’agressions sexuelles. Et elle n’avait frappé personne.

Le vrai problème, dans toute cette ridicule histoire que certains ont cru bon de baptiser « giflegate », c’est que les femmes en rêvent, au fond. Que leur mec se lève devant tout le monde et mette un pain au type qui leur a fait du mal. Pas toutes les femmes, sans doute. Mais un nombre certain, soyons honnêtes.

C’est peut-être arrivé en regardant La Belle au bois dormant (ou Blanche-Neige, ou quasi n’importe quel autre Disney) ou en jouant avec Barbie en robe de princesse et Action Man en treillis militaire… Mais c’est arrivé: l’image d’une masculinité musclée s’est construite dans leur cerveau, protectrice, violente si besoin. Et, comme en miroir, celle de leur propre féminité: frêle, faible, soumise.

Pendant ce temps-là, en regardant Les Tortues Ninja ou en jouant aux chevaliers, les hommes se sont développés en se rêvant protecteurs. Il paraît que ça s’appelle le « syndrome du sauveur » et que ça expliquerait pourquoi les mecs n’aiment (quasi) que des filles plus petites, moins intelligentes, moins bien payées qu’eux. Se sentir supérieur par contraste. Un peu comme celles qui ne vont à la plage qu’avec des copines plus grosses qu’elles.

C’est tout ça que la société s’est repris dans la face, lorsque Will Smith a baffé Chris Rock, le 28 mars (il s’est excusé par deux fois depuis). Un douloureux rappel d’à quel point elle est empêtrée dans ses constructions sexistes. D’à quel point les hommes et les femmes sont encore emprisonnés dans leurs rôles genrés. D’à quel point le travail de redéfinition entrepris depuis des décennies par les féministes reste inaudible. D’à quel point le changement est lent et compliqué. D’à quel point les tiraillements sont forts entre ceux (et surtout celles) qui voudraient ne plus subir d’infériorisation et ceux (et parfois celles) qui ne la remarquent même pas. Mais un jour, peut-être, Will Smith ne ressentira plus le besoin de frapper quelqu’un pour contenter son épouse. Jada Pinkett Smith n’aura plus besoin de son mari pour se défendre. Elle se lèvera et s’en ira.

La phrase

« Foutage de gueule complet. » Le collectif féministe français Nous Toutes n’a pas (du tout) apprécié le slogan d’Emmanuel Macron pour la campagne présidentielle – « Nous tous » – et l’a fait savoir sur les réseaux sociaux. Non qu’il s’indigne de cette « inspiration » (certains diraient plagiat) mais plus du message sous-jacent de l’utilisation d’un slogan qui met l’accent sur le masculin « tous », alors que le président-candidat avait déclaré le féminisme et l’égalité hommes-femmes « priorités du quinquennat ». Sans amélioration notable. Obtiendra-t-il cinq ans de plus pour enfin s’y attaquer?

200 000

fausses couches se produiraient en France, chaque année, selon le Collège national des gynécologues, cité dans une enquête de L’Obs parue début avril. « Un phénomène de masse qui se tait plus qu’il ne se dit », écrit l’hebdomadaire qui épingle, souvent, un mauvais accompagnement des femmes qui doivent faire le deuil de leur grossesse, et une méconnaissance des causes de ce phénomène.

Coupable de viol, mais libéré

Derek Nygaard, un Américain de 20 ans originaire du Montana, a été reconnu coupable, fin mars, d’un viol et d’une agression sexuelle commis en 2020. Pourtant, il échappe à toute peine de prison: le juge, comme ses victimes, ont estimé qu’il ne devait pas être emprisonné, déclarant s’être « mis à sa place » et espérant « qu’il deviendrait un membre respectable de la communauté ». Le jeune homme doit toutefois suivre une thérapie durant six ans. Suffisant?

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