Opinion

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: le syndrome de la sourde oreille, ce mal très masculin (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Dans la sphère privée, le phénomène était connu. Moins dans la sphère professionnelle: le « syndrome de la sourde oreille » est cette étonnante incapacité à ne pas entendre certains messages émanant d’employés. Et en particulier d’employées: il est prouvé que les femmes en sont principalement les victimes. Tandis que les patrons sont, bien sûr, le plus souvent des hommes.

Dans la sphère privée, le phénomène est parfaitement connu, bien que jamais théorisé. Il se traduit concrètement d’abord par un « s’il te plaît, tu pourrais mettre tes slips dans le panier à linge plutôt que par terre? », suivi ensuite d’un « range tes slips! », bientôt résumé par un « tes slips, putain!!! », tandis que lesdits caleçons (sales, bien entendu) continuent de joncher le sol, jusqu’à ce qu’une main féminine tremblante de lassitude autant que d’exaspération s’en saisisse.

Il semblerait, toutefois, que cette étonnante capacité à ne pas entendre certains messages pourtant simples ne se constate pas uniquement au sein des foyers hétérosexuels, mais également dans le cadre de la vie professionnelle. Bien sûr, au bureau, nul ne laisse traîner des sous-vêtements au sol (dingue comme l’irrespect peut être ciblé), mais il n’y est par contre pas rare de devoir travailler avec des personnes suggérant, plus ou moins affablement, d’agir d’une certaine manière plutôt que d’une autre.

A condition, évidemment, de ne pas les nier purement et simplement. Bien plus commode. Cela s’appelle « le syndrome de la sourde oreille », un concept utilisé pour la première fois dans le champ académique en 2001 et que la professeure Peggy De Prins (Antwerp Management School) définit ainsi: « Quand des employés se font entendre mais que leur avis ne correspond pas aux opinions de leur patron, alors celui-ci reste sourd. » Provoquant mécontentement et frustration chez les salariés, qui finissent par simplement la boucler, plutôt que de se ramasser un énième vent.

Naturellement, la société patriarcale étant ce qu’elle est, le patron en question est très fréquemment un homme (juste un exemple chiffré: en 2021, dans les entreprises belges publiques ou cotées, seuls 17,1% des postes dans les comités de direction étaient occupés par des femmes). Sans surprise, les inégalités persistantes étant ce qu’elles sont, les collaborateurs principalement victimes de ce syndrome sont des collaboratrices. « Les jeunes, les « cols bleus » et les salariés moins qualifiés sont aussi plus à risque de garder le silence », ajoute Peggy De Prins. En résumé: tout non-porteur d’une bonne grosse paire cisgenre aura de grandes « chances » de ne pas être entendu.

Il existe toutefois des solutions pour remédier à ce problème, comme prévoir un temps de parole similaire pour tous et toutes lors des réunions. Plus simple que d’encourager les femmes à « s’empouvoirer », ainsi que le suggère également l’experte, ce qui nécessiterait alors souvent de détricoter dès les premières mailles toute l’éducation qu’elles ont reçue, encore trop souvent guidée par le mantra « sois belle et tais-toi ».

Mais d’abord faudrait-il commencer par reconnaître que ce syndrome de la sourde oreille est un problème. Si le bien-être des collaborateurs, et en particulier celui des travailleuses, était primordial pour les dirigeants, il n’y aurait sans doute pas plus de 33 000 Belges en burnout, parmi lesquels une surreprésentation féminine. Idem chez les malades de longue durée.

Mais ce phénomène n’est indisposant, finalement, que pour ceux (et surtout celles, donc) qui le subissent, moins pour ceux qui se bouchent obstinément les portugaises. Pareil pour les célèbres plafonds de verre ou les planchers collants: ceux qui n’en sont pas victimes s’en foutent royal, tant qu’eux continuent à faire carrière, même en étant bien moins compétents. Tout bénef! Comme les slips négligemment jetés par terre: ceux-ci se retrouveront bientôt parfaitement pliés dans l’armoire, alors pourquoi leurs porteurs se bougeraient? Ce désagréable bruit de fond finira bien par cesser.

Double victoire pour l’IVG

Le 23 février, l’Assemblée nationale française a adopté une proposition de loi allongeant de douze à quatorze semaines le délai légal de l’IVG. Portée par la députée Albane Gaillot depuis août 2020, elle vise à répondre au manque de praticiens et à la fermeture progressive de centres IVG en France. Deux jours plus tôt, de l’autre côté du globe, la Colombie avait voté la dépénalisation de l’avortement jusqu’à la 24e semaine de grossesse, devenant ainsi le cinquième pays d’Amérique latine facilitant l’accès à l’IVG. (E.G. st.)

1-1

L’US Soccer, la fédération américaine de football, a accepté, le 22 février, l’égalité salariale entre les équipes nationales féminine et masculine. Cet accord fait suite à un recours déposé par vingt-huit joueuses dont l’équipe est championne du monde en titre. « Quand nous gagnons, tout le monde gagne! », a lancé la milieu de terrain Megan Rapinoe sur Twitter. (E.G. st.)

And the winneuse is…

Ça n’était jamais arrivé. La « short list » du Grand prix du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême est à 100% féminine. Pénélope Bagieu (Culottées), Julie Doucet (Dirty Plotte) et Catherine Meurisse (La Jeune Femme et la mer) ont été présélectionnées pour recevoir cette prestigieuse récompense. Ce n’est pas la première fois qu’elle sera décernée à une autrice: trois avant elles l’ont déjà reçue, la dernière étant la Japonaise Rumiko Takahashi en 2019. Le nom de la gagnante sera révélé le 16 mars.

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