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J’étais au verdict du procès des princesses du Conrad, et tout est vrai

La canicule vient de prendre fin, la semaine pas encore. Les arbres qui poussent sur la façade du palais de justice de Bruxelles ne sont pas encore assez touffus pour proposer de l’ombre au passant. Dans la salle 0.1.4 du labyrinthe Poelaert, les Français ont tiré les premiers. Me Stephen Monod, l’avocat parisien des huit princesses émiraties, est arrivé avant tout le monde, en Thalys.

Il est venu accompagné d’une communicante qui est là pour rester dans les coulisses. Quand on lui demande comment elle s’appelle, Anne répond :  » My name is nobody.  » Les avocats des plaignantes et des parties civiles se présentent au compte-gouttes. C’est Me Alexis Deswaef, venu à vélo, qui est la dernière goutte…

La présidente Anne Carlier prononce, en lever de rideau, un verdict dans une petite affaire de gérant de snack inattentif quand il s’agit de déclarer des membres du personnel démunis notamment de papiers. Elle a bien fait de s’échauffer la voix avant un long effort. La lecture du jugement prendra une petite heure et nécessitera quelques gorgées d’eau. Pendant tout ce temps, les avocats des deux côtés de l’allée danseront – tantôt assis, tantôt debout – un lent ballet de pistons désynchronisés. S’ils se lèvent, c’est pour prendre des notes sur un pupitre. Si on en cherche, on y déniche des chewing-gums… Certainement là depuis des années.

La présidente lit le verdict. Légèrement amplifiée, sa voix tombe entre la voix naturelle et la voix magnifiée par l’écho d’un prêtre en plein sermon. Ce qu’Anne Carlier expose nous fait entrer au 4e étage du Conrad, en juillet 2008. Au service des princesses, on compte 17 cuisinières, femmes de ménage, nounous, belges, françaises, philippines, érythréennes, chinoises… De jour comme de nuit, on peut les trouver dans le couloir attendant, par exemple, qu’une princesse pense que telle fenêtre serait mieux ouverte. Une seconde de retard ? Ce qui en arabe se traduit par  » chienne  » ne tarde pas à claquer. Pendant leur séjour bruxellois, les princesses se sont rendues à Disneyland Paris accompagnées de leur personnel :  » On n’est pas sorties de l’hôtel, on a vu Disneyland par la fenêtre.  » Quatre agents privés sécurisaient tout ce petit monde.

 » C’est terminé.  » Me Monod range ses instruments d’écriture dans un plumier orné d’émoticônes, cadeau de sa femme. Les quatorze journalistes et cameramen sur les bancs du public s’ébrouent. La RTBF (radio et télé), Belga, l’agence de presse allemande, La DH interrogent l’avocat des princesses. Dans la salle d’audience, les avocats des plaignantes et des parties civiles refont le match. Le jugement, qui ne satisfait personne, dit que le personnel a bien été traité de façon dégradante. Le verdict ne va pas jusqu’à  » inhumain  » pour décrire ce qui s’est passé.

Pendant qu’ont lieu les dernières interviews d’avocats, une nuée de bambins s’abat sur les environs de la salle 0.1.4. Fausse alerte : c’est ailleurs que cette classe venue de Watermael-Boitsfort va découvrir le monde de la justice. On se surprend à souhaiter que le futur parcours professionnel de ces petites filles à couettes reste à l’écart du service de princesses au 4e étage d’un 5-étoiles bruxellois.

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