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Fact-check: la Wallonie dépense proportionnellement plus pour aider les entreprises que la Flandre

Nicolas De Decker
Nicolas De Decker Journaliste au Vif

La dernière comparaison systématique des budgets régionaux flamand et wallon, portant sur l’exercice 2015, indique qu’entre l’économique et le social, et entre les entreprises et les allocataires, c’est plutôt la Wallonie qui se consacre au premier, et la Flandre qui investit davantage dans le second.

« En Wallonie, nous n’avons pas un climat social et politique favorable à l’esprit d’entreprise. Celui qui se lance et met dans la balance ses économies pour créer des emplois n’est pas respecté comme en Flandre. » Ainsi s’exprima un fiscaliste anonyme, dans un dossier consacré à la persistante déprime économique wallonne par Trends-Tendances, le 25 novembre 2021. Encore une histoire de respect. Cet anonyme en colère, comme tant d’autres avec lui, dénonçait des politiques publiques régionales indifférentes, voire hostiles, à la création d’entreprises, à leur croissance, et à la prospère accumulation du capital que favoriseraient, par des aides aussi judicieuses que généreuses, les gouvernements flamands.

Certes, le respect ne se mesure pas uniquement par des montants. D’ailleurs, observait l’Iweps (Institut wallon de l’évaluation, de la prospective et de la statistique) en décembre dernier, « entre 2008 et 2020, le taux de dynamisme entrepreneurial moyen en Wallonie s’élève à 1,27. Il se crée donc en moyenne un peu plus de 12,7 entreprises pour dix disparitions. En Flandre, ce taux s’élève à 1,45. » Pourtant, la dernière comparaison systématique des budgets régionaux flamand et wallon, portant sur l’exercice 2015, indique qu’entre l’économique et le social, et entre les entreprises et les allocataires, c’est plutôt la Wallonie qui se consacre surtout au premier, et la Flandre qui investit davantage dans le second.

Cette année-là, en effet, la Wallonie avait affecté 5,41% de ses dépenses à des politiques économiques, qui consistent en différents types d’aide et de soutien aux entreprises régionales (à l’exportation, à la recherche, à l’expansion économique, à la modernisation technologique, etc.) contre 3,77% pour la Région flamande. « En Wallonie, l’importance des dépenses régionales par rapport à la Flandre s’explique principalement par la part budgétaire de trois sous-catégories: les dépenses liées l’économie (1,4 fois plus importantes en parts relatives), à la formation (trois fois plus de moyens proportionnellement à la Flandre) et à l’énergie (sept fois plus importantes en parts relatives) », écrivaient les quatre économistes de l’UNamur, auteurs de la comparaison. En revanche, la Flandre consacrait davantage d’argent public à des politiques d’action sociale et de santé (28,54%) que la Wallonie (24,75%), observaient les mêmes. Mais qui est donc le plus respecté, alors?

Fact-check: la Wallonie dépense proportionnellement plus pour aider les entreprises que la Flandre

Depuis le processus de régionalisation, entamé par la deuxième réforme de l’Etat en 1980, les Régions ont progressivement disposé de plus en plus d’autonomie en matière d’aides aux entreprises, ce qui rend toute autre comparaison que budgétaire presque impossible: il faudrait compiler tant de dispositifs, de montants, de clauses et de conditions que les plus minutieux économistes des services d’études, syndicaux comme patronaux, s’y sont vainement essayés avant de s’y user les yeux. La Région wallonne n’est du reste que moyennement transparente sur la ventilation des différents moyens dont elle peut faire profiter les propriétaires de moyens de production, entre les aides à l’emploi, les subsides, les prêts et les participations (qu’un rapport de la cour des comptes estimait en 2017 à 7,5 milliards d’euros dans des entreprises privées).

Mais les plus petites entreprises y sont quantitativement plutôt davantage cajolées qu’ailleurs, grâce en particulier à l’incitant Sesam (soutien à l’emploi dans les secteurs d’activité marchands), qui offre à chaque entrepreneur qui engagerait un demandeur d’emploi un forfait de quelque 25 000 euros sur trois ans, et que l’on jalouse jusqu’en Flandre. Le budget, qui s’élevait à 38 millions d’euros en 2018, augmente à 92 millions pour 2022. Il y a, incontestablement, de quoi remettre en question l’efficacité de tout cet argent offert par la collectivité wallonne à ses entrepreneurs. Mais il ne faudrait pas non plus prendre cette remise en question pour un manque de respect.

Ce fact-check est issu du dossier « Flandre-Wallonie, en finir avec les idées reçues ». Retrouvezl’entièreté du dossier ici.

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