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Est-ce le grand retour de la grippe? L’avis d’Yves Van Laethem

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

La chute libre des contaminations au Covid pourrait-elle sonner le grand retour de la grippe? Voici l’avis d’Yves Van Laethem sur la question.

Contaminations, hospitalisations, mortalité : tous les indicateurs épidémiologiques du Covid connaissent une baisse constante et soutenue en Belgique. Malgré tout, la présence de maladies respiratoires sont toujours bien notables dans la population, au sortir de l’hiver. Serait-ce la grippe qui fait son grand retour ? Sur Google, les recherches « symptômes grippe » sont désormais majoritaires (89%), là où les mots « symptômes Covid » ne représentent plus que 11%.

« Ce n’est pas évident de dire que la grippe soit spécialement dominante à l’heure actuelle », note Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid-19. « Les prélèvements positifs à l’influenza restent assez faibles. On sait que la grippe circule en France, entre autres. Mais ça n’a pas l’air de percer chez nous, selon les derniers rapports », précise l’infectiologue.

« Pas d’épidémie de grippe évidente qui se prépare »

Une pleine augmentation des cas de grippe ne semble donc pas à l’ordre de jour. « On a d’autres virus respiratoires qui continuent de circuler », ajoute Yves Van Laethem. « Pas mal de gens sont malades mais négatifs au Covid. On a donc encore des petits virus saisonniers qui sont là. Mais pas assez de grippe pour dire qu’on atteint un seuil épidémique important. On ne sait pas encore dire si on aura la paix. Car on pourrait avoir une grippe qui se retrouve décalée vers fin mars, début avril. Donc c’est trop tôt pour dire qu’elle ne sera pas là cette année-ci. Mais en ce moment, il n’y a pas d’épidémie de grippe évidente qui se prépare. »

Comment expliquer la « disparition » de la grippe pendant le Covid?

La grippe était beaucoup moins, voire pas du tout présente durant les deux premières vagues du coronavirus. L’effet des gestes barrières a joué sur la forte réduction des cas, mais pas seulement. « Il y a sans doute une sorte d’interférence qui existe. Lorsqu’un virus respiratoire domine, il y en a rarement un deuxième qui est présent en même temps « , explique Yves Van Laethem. « Ça peut aussi être lié au fait que la population a secrété de l’interféron (des protéines produites suite à une infection virale, qui améliorent la résistance aux virus, NDLR.) mais aussi pour d’autres raisons. »

Si les cas d’Omicron diminuent, ils laissent peut-être une certaine place à la grippe. « Ceci étant, Omicron descend mais on est à une incidence qui est passée en-dessous de 1000, ce qui reste important. On n’est pas encore dans un vide viral. Donc, non, je ne pense pas qu’on aura une vraie grippe cette année-ci, en tout cas pas de façon significative », prévoit le porte-parole interfédéral.

Si on jette un coup d’oeil dans le rétro, comment la grippe s’est-elle comportée durant les deux années de présence du Covid? « En 2019, on a eu la grippe de façon habituelle : fin janvier, début février. Puis elle s’est effacée avec le Covid, mais au moment où elle s’efface naturellement. Donc, c’est difficile de dire si la fin de la grippe s’est présentée plus rapidement suite à l’émergence du Covid. En 2020, il n’y a vraiment pas eu de grippe, zéro de chez zéro. En 2021, il y a eu quelques cas, mais ça reste minime. C’est insignifiant par rapport à ce qu’on connaissait avant », explique Van Laethem.

La forte présence d’un virus respiratoire peut donc expliquer, en partie, pourquoi un autre virus devient minoritaire, voire absent. « Chaque virus a un peu sa saison, son moment. Ils ne se marchent pas beaucoup sur les pieds. Cette constatation n’est pas neuve en regard de ce que l’on connaît historiquement », détaille l’infectiologue.

Omicron et grippe: comment les différencier?

Avec le caractère moins virulent d’Omicron, il devient parfois complexe de différencier les symptômes du Covid avec ceux d’une grippe. « Pour l’instant, avec Omicron, on a beaucoup moins de symptômes fébriles. Omicron a donc moins l’aspect des premières souches de coronavirus (Wuhan, Alpha), qui étaient, elles, plus la source de douleurs, de fièvre, ou de toux. Les symptômes de la grippe se rapprochent de ces symptômes initiaux du Covid », explique Yves Van Laethem. « Avec Omicron on est beaucoup plus orientés vers des symptômes qui se caractérisent par un écoulement nasal, un mal de gorge, de la fatigue, ou manque d’appétit. Donc, si on retrouve des symptômes qui comprennent température, douleur, ou toux, ça pourrait être plus probablement la grippe. Retrouver les symptômes des premiers coronavirus feraient maintenant un peu plus penser à de la grippe qu’à Omicron, qui s’axe davantage sur voie respiratoire supérieure », conclut l’infectiologue.

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