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Diesel à 2,3 euros, pompes fermées…: tout comprendre sur cette crise pétrolière inédite (et les solutions envisagées)

Thierry Denoël
Thierry Denoël Journaliste au Vif

Le diesel a 2,30 euros, l’essence à près de 2 euros, des pompes qui ferment, un gouvernement qui chauffe comme une chaudière en plein hiver pour atténuer cette crise énergétique exceptionnelle. On n’avait plus vu ça depuis… 1973. Le problème grossit de jour en jour, des solutions sont attendues. Rapidement.

Ce n’est guère une surprise. On s’y attendait, sans pouvoir en prévoir l’ampleur. La relance économique post-Covid et la guerre en Ukraine font flamber les prix des hydrocarbures. Avec un compteur qui s’affole de jour en jour à la pompe. En Belgique, le litre de diesel a dépassé la barre très symbolique des 2 euros le weekend dernier. Le voilà, quatre jours plus tard, à 2,30 euros. Une hausse aussi forte d’un coup, c’est du jamais vu.

Le litre d’essence approche à son tour le seuil douloureux des 2 euros. Incroyable également. On atteint des sommets même plus élevés qu’en 2008, l’année de crise qu’on n’est pas près d’oublier, et ce alors que le baril de Brent dépassait largement les 140 dollars (contre environ 110 dollars ces derniers jours). Le ministre français des Finances n’hésite pas à comparer la crise actuelle à celle de… 1973, lorsque le choc pétrolier, causé par l’embargo de plusieurs pays arabes vis-à-vis des Etats jugés trop complaisants avec Israël, avait amené les autorités belges, en novembre de cette année noire, à imposer les « dimanches sans voiture ».

Si les prix actuels à la pompe ont dépassé ceux de 2008, c’est aussi en raison de la parité entre l’euro et le dollar, laquelle est bien plus défavorable au premier cette année qu’en 2008. Concrètement, il y a quatorze ans au pire de la flambée, le Brent a à peine atteint 80 euros, alors que ces jours-ci il a dépassé les 100 euros. Les accises ont également fort augmenté, en particulier celles du diesel qui ont carrément doublé depuis 2008 pour atteindre 60 centimes par litre. Une hausse qui s’explique essentiellement par des raisons environnementales, le diesel étant plus polluant que l’essence dont les accises n’ont, elles, que peu bougé par rapport à 2008. Bref, la flambée des prix de l’énergie touche durement les Belges, les ménages comme les entreprises.

Ça carbure au gouvernement…

Début février, l’équipe De Croo a déjà accouché d’un paquet de mesures prévoyant une baisse temporaire de la TVA sur l’électricité de 21 à 6 % entre avril et juillet ainsi qu’un chèque-chauffage unique de 100 euros par ménage qui devait être accordé courant avril via une réduction sur la facture d’énergie.

Mais ces mesures one-shot ne seront pas suffisantes, car la volatilité des prix énergétiques ne se calmera pas de sitôt. C’est pourquoi de nouvelles mesures sont aujourd’hui sur la table du gouvernement. On évoque, cette fois, une baisse structurelle de la TVA sur le gaz et l’électricité, un système d’accises « intelligent », une diminution des taxes sur le mazout, la prolongation du tarif social élargi, etc. Selon les journaux De Tijd et L’Echo, le ministre des Finances Vincent Van Peteghem (CD&V) a également avancé l’idée de réduire immédiatement et temporairement les droits d’accises au niveau minimum requis par l’UE, soit un gain de près de 30 centimes par litre pour le consommateur qui économiserait plus de 17 euros sur un plein de 60 litres (de diesel ou d’essence).

Mais tout le monde n’est pas aussi pressé au sein de la Vivaldi. Les Verts – dont l’incontournable ministre de l’Energie Tinne Van der Straeten – se disent conscients de l’urgence, mais veulent réfléchir à package avec les énergies renouvelables, dans l’idée d’assurer la transition énergétique pour diminuer notre dépendance aux hydrocarbures. Pour les écolos, qui semblent afficher une plus grande souplesse vis-à-vis d’un prolongement de centrales nucléaires au-delà de 2025, il n’y aura pas d’accord sans engagement consistant sur les investissements dans le renouvelable. Les négociations de la Vivaldi dépendront aussi de l’issue du sommet de Versailles et des décisions des Vingt-Sept en matière énergétique.

Eviter la fermeture des pompes

En attendant, le gouvernement cherche une solution au problème du millier de pompistes (soit près d’un tiers du total des pompistes du pays) qui travaillent à perte car ils ne peuvent plus suivre les hausses successives des prix de l’essence et du diesel. En effet, un contrat programme, datant de la crise pétrolière de 1973 justement, les empêche de répercuter automatiquement sur leur prix les évolutions des marchés internationaux. Ce mécanisme, censé contenir les hausses et les baisses de prix temporaires trop fortes, prévoit que les adaptations se font en fonction d’un seuil journalier et un seuil calculé sur les sept jours précédents, ce qui permet de lisser les prix. Mais, lorsque la volatilité atteint une vitesse aussi folle qu’actuellement, une semaine d’adaptation se révèle intenable pour les pompistes. Certains ont donc préféré fermer boutique. D’autres ont augmenté d’office leur prix, de façon illégale.

Une réunion qualifiée de « constructive » par toutes les parties a eu lieu, ce jeudi 10 mars, entre le secteur des détaillants en carburants et les ministres fédéraux concernés pour assouplir le système ne fut-ce que temporairement. Une nouvelle réunion est prévue, ce vendredi en fin de journée. Elle devrait déboucher sur une solution pour éviter les fermetures de pompes, susceptibles de créer une certaine panique chez les automobilistes.

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