Opinion

Thierry Fiorilli

C’est beau comme la valeur refuge du relogement (chronique)

Thierry Fiorilli Journaliste

Depuis que la Finlande reloge tous ses SDF, elle gagne septante-cinq millions d’euros par an.

On n’a pas de chiffres fiables, en Belgique. Comme ailleurs, en fait. Parce que pouvoir quantifier précisément le sans-abrisme est impossible. Disons que, chez nous, tous les deux ans, un recensement est effectué, avec la Fondation Roi Baudouin. Le dernier en date, en novembre 2020 et publié en mars 2021, évoquait 5 300 sans domicile, squatters ou personnes dans des centres d’accueil en Région bruxelloise – soit une augmentation de 27% par rapport au recensement de 2018 -, 1 870 à Gand, 500 à Liège, 1 200 dans le Limbourg, 200 à Arlon… En France, on évalue à plus de 300 000 le nombre de sans-abri. Aux Etats-Unis, le demi-million doit être dépassé, dont au moins 160 000 rien qu’en Californie.

Des initiatives, d’autorités politiques, d’associations ou de particuliers, ont fleuri. A San Diego, certains louent des camionnettes aménagées en chambre et leur propriétaire, qui en garde les clés de contact, les déplace tous les trois jours, pour respecter les règlements locaux. Des parkings ont été transformés en centres d’accueil. Des camps de tentes ont été dressés à la hâte. A Lyon, des étudiants vétérinaires ont construit Balto, un Magicobus qui sillonne la ville pour soigner les animaux des SDF, souvent des chiens, que la plupart des foyers n’acceptent pas. A San Francisco, Kevin F. Adler a fondé Miracle Messages, qui reconnecte les sans-abri avec leur famille. A Bruxelles, Alain Maron a échafaudé un plan pour, notamment, « reloger durablement six cents personnes et familles d’ici à fin 2022 » grâce à soixante-six logements répartis « en sept projets sur sept communes différentes ». Le ministre bruxellois de la Santé et des Affaires sociales y rappelle que « le coût d’accompagnement d’une personne en logement est quatre fois moins important que celui engendré par un lit d’urgence: cinq mille euros par an contre vingt mille! »

En écho, le mois dernier, Les Eclaireurs, le nouveau média numérique de Canal+ donnant la parole à celles et ceux qui « trouvent des solutions concrètes pour un quotidien durable », détaillait la stratégie finlandaise: en relogeant ses sans-abri, dans près de trente mille logements sociaux construits chaque année depuis 2008, le pays est « le seul où les rues se vident de SDF », faisant passer leur nombre de dix-huit mille il y a douze ans à 4 886 au dernier comptage, en 2019. Le sans-abri doit y payer son loyer, donc trouver un travail, donc ne plus dépendre d’une aide sociale ni nécessiter de soins d’urgence. Résultat: « Depuis que la Finlande reloge tous ses SDF, elle gagne septante-cinq millions d’euros par an », surtout en ayant réduit ses dépenses médicosociales et psychiatriques, ses frais de sécurité et surveillance, etc. Parce que, comme l’a calculé la Feantsa, la Fédération européenne des associations nationales travaillant avec les sans-abri, et comme le disait Alain Maron, « un sans-abri qui obtient un logement social convenable, c’est une économie pour la société de quinze mille euros. Par personne et par an. »

Le retour à la dignité est une valeur refuge sur ce plan-là aussi.

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