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Big Brother en Belgique: les caméras ANPR ne photographient pas que les plaques minéralogiques

Kristof Clerix
Kristof Clerix Rédacteur Knack

À en croire une information de nos confrères de Knack, la Belgique va bientôt déployer un réseau de sécurité qui offre des possibilités inédites pour suivre quelqu’un individuellement. « C’est une véritable révolution. « 

Juste avant Noël, le gouvernement fédéral a donné le feu vert à un bouclier de caméras ANPR (automatic number plate recognition) en Belgique. Selon les estimations, il y aura mille caméras installées à 260 endroits au bord des autoroutes. « C’est une véritable révolution », explique Olivier Van Raemdonck, porte-parole du ministre de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA). « Jusqu’à présent, seules les zones de police locale utilisaient les caméras ANPR. Le déploiement d’un réseau en Belgique et la gestion centrale de l’information créent des possibilités inédites pour la police. Imaginez qu’on cambriole dans un quartier résidentiel de Knokke et qu’un témoin communique la plaque numérologique des voleurs. Dès que cette information sera encodée dans le système central, les caméras de tout le pays recevront un signal au passage de la voiture », explique-t-il à Knack.

Treize passages de frontières sont déjà équipés de toutes nouvelles caméras ANPR. Elles sont testées sur le plan technique et opérationnel. Depuis peu, les aéroports de Zaventem et Charleroi disposent également de caméras ANPR. Les aéroports de Deurne, Ostende et Liège suivront à court terme. D’ici cet été, ces caméras doivent toutes être opérationnelles. L’installation des 1000 caméras supplémentaires le long des autoroutes aura lieu en deux phases, en 2017 et en 2018. Le gouvernement a prévu un budget de 35 millions d’euros. « En outre, la police engage 200 personnes pour analyser la montagne de données fournies par les caméras », déclare Van Raemdonck. « Les 100 premiers ont déjà été recrutés. » Ils travailleront dans de nouveaux centres où les informations seront analysées en temps réel. Il y aura des SICAD (Service d’Information et de Communication de l’Arrondissement) dans tous les arrondissements, reliés entre eux par un réseau dont le serveur central sera à Bruxelles.

La police souhaite conserver les images prises par les ANPR pendant un an. C’est le délai moyen nécessaire à la justice et à la police pour vérifier tous les outils de recherche tels que les images de caméras. La loi actuelle sur les caméras ne permet de les garder que pendant un mois. Le cabinet de jambon travaille à une nouvelle législation, qui vise à sortir l’utilisation de caméras de police de la loi sur les caméras.

Réseau de surveillance orwellien

Personne ne semble réaliser que les caméras ANPR photographient beaucoup plus que la plaque minéralogique. « Il est vrai qu’on prend une photo de tout le véhicule, y compris les occupants. Quand il y a assez de lumière, qu’il n’y a pas de reflets sur le pare-brise et que la caméra photographie depuis le bon angle, on peut voir le nombre de personnes dans la voiture et les reconnaître. Les caméras ANPR qui sont sur le marché sont déjà en haute définition : les informations sont suffisamment détaillées », déclare le commissaire en chef Chris Drieskens, responsable projet à la police fédérale et responsable du projet ANPR.

Willem Debeuckelaere, président de la Commission vie privée, se dit surpris : « Je ne savais pas du tout que les caméras ANPR pouvaient également être utilisées pour la reconnaissance faciale. Et la pratique m’apprend que ce qui est techniquement possible sera effectivement appliqué. À moins qu’une législation claire y mette un frein. Ainsi, il est strictement interdit en Belgique d’utiliser de l’information ADN pour les questions d’assurances. Nous étudierons les possibilités de l’ANPR avec la Commission Vie privée. Un débat de société s’impose d’urgence. »

En mai 2016, le gouvernement fédéral a lancé un autre projet novateur pour la police. I-Police, encore en phase de démarrage, doit moderniser la gestion d’informations et l’IT de la police. Et le projet ECS (Enterprise Cloud Suite) doit améliorer un meilleur échange d’informations entre les services de police fédéraux et locaux. « Aujourd’hui, les PV ne sont centralisés nulle part numériquement », déclare Van Raemdonck. « Cela va changer. Dès qu’un agent rédigera un PV, cela se verra dans toute la Belgique. Il est évidemment important d’imposer un contrôle strict sur les personnes habilitées à consulter les datas. Il est certain que les requêtes progresseront à une vitesse énorme, car nous souhaitons intégrer toutes les banques de données de la police. On pourra associer beaucoup plus de données. Les algorithmes et les logiciels joueront un rôle de plus en plus important dans les opérations de police. »

Risque de piratage

Le professeur Bart Preneel (KuLeuven), expert mondial en matière de sécurisation de datas, tire la sonnette d’alarme. Pour l’instant, Preneel travaille avec d’autres académiciens belges à un rapport sur les big data, qui sera publié en mai par la KVAB (Académie royale flamande de Belgique des sciences et des arts). « Avec les big data, on court le risque de big breaches, de grandes fuites. Imaginez-vous qu’une super banque de données de la police soit piratée par les services de renseignements ou le crime organisé. Les dégâts seront immenses. En outre, tous ces algorithmes complexes, qui s’adaptent en permanence, représentent également un risque : à la longue, on ne sait plus pourquoi on a pris une décision. Ce n’est pas seulement une question de transparence, cela peut aussi les inciter à discriminer un citoyen. »

L’année dernière, Knack a travaillé avec 20 journalistes issus de 8 pays européens à une grande enquête sur la technologie de sécurité. De Correspondent, VPRO Tegenlicht, ARD, Die Zeit,L’Espresso, Svenska Dagbladet, Dagbladed Information, Longplay et Politico sont les autres médias participants.

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