Pour Alain Destexhe, "les Belges quittent le pays plus qu'ils n'y reviennent". © Frederic Sierakowski/Isopix

Alain Destexhe: « Moi, je suis de droite. Comme nos électeurs »

Nicolas De Decker
Nicolas De Decker Journaliste au Vif

Gérard Deprez, et d’autres au MR, critiquent vivement Theo Francken. Le sénateur Alain Destexhe, lui, évoque « un chantage » du « puissant parti immigrationniste » contre une politique migratoire très restrictive.

Comment vivez-vous le malaise au MR autour de Theo Francken ?

Il n’y aucun malaise au MR. C’est une fake news. Un journal a lancé cette idée avec la complicité d’un ou deux élus, toujours les mêmes, qui auront leur interview en retour. Olivier Chastel, le président, a dit qu’il était en désaccord avec Gérard Deprez : ça tombe bien, moi aussi ! Francken a raison d’insister sur le danger d’appel d’air. Probablement que des candidats migrants soudanais ont déjà saisi l’effet d’aubaine. C’est comme ça dans le monde des smartphones. Je suis surpris, à ce stade, par la minceur des accusations qui reposent, semble-t-il, sur des échanges sur WhatsApp. Je ne vois rien sur le site de ce Tahrir Institute, sauf un lien vers Het Laatste Nieuws !

Olivier Chastel a estimé  » inadmissible  » le comportement du secrétaire d’Etat N-VA à l’Asile et la Migration… La majeure partie du MR est d’accord avec Theo Francken, qui a humilié Charles Michel, ou avec Gérard Deprez, qui dit qu’il ne fallait pas traiter avec la dictature soudanaise ?

Vous essayez de me piéger en mélangeant tout ! Tous au MR estiment que Theo n’aurait pas dû critiquer Charles. Il s’est excusé ! Presque tous au MR soutiennent sa politique. Le problème n’est pas le Soudan. Le puissant parti immigrationniste (gauche, médias, ONG et  » bidules  » payés par le contribuable, Myria, Unia, Mrax) utilise tous les prétextes pour s’opposer à la politique restrictive légitimedu gouvernement. Hier, c’était la famille syrienne demandant un visa depuis Beyrouth, aujourd’hui le Soudan, demain autre chose. Ça ne va jamais cesser. Il ne faut donc pas céder à la pression et au chantage.

Mais pour beaucoup, au MR, les limites sont dépassées : le Soudan est une dictature et collaborer avec ses services expose ceux qu’on renvoie à des risques incompatibles avec les obligations internationales de la Belgique…

Beaucoup au MR ? Des noms ! L’asile, c’est pour les persécutés pour leurs opinions et les réfugiés de guerre. La grande majorité des Soudanais sont des migrants économiques. L’UE collabore avec beaucoup de régimes autoritaires, y compris en matière de migration ! Si vous voulez accueillir tous les migrants économiques d’Afrique qui passent par la Belgique et ne pas les renvoyer parce que leur régime est autoritaire, dites-le franchement et présentez-vous aux élections ! Le chantage, c’est l’emploi de termes comme  » rafles « ,  » déportations « , n’invoquer que la morale (l’éthique de conviction) alors que les politiques doivent être dans l’éthique de responsabilité selon la distinction de l’économiste et sociologue Max Weber. Quasi à l’unisson avec l’opposition parlementaire, les médias francophones tapent unilatéralement sur le gouvernement Michel. A quand un peu de pluralisme ?

Ne comptez pas sur moi pour tirer sur le pianiste Francken !

Charles Michel et Olivier Chastel disent que sa communication est inadaptée. Or, dans ce domaine surtout, la façon dont on présente les choses est au moins aussi importante que la façon dont on les gère (c’est comme ça à l’époque des smartphones), non ?

Ne comptez pas sur moi pour tirer sur le pianiste Francken ! Dans les moments difficiles, il faut se montrer solidaire. Le coût réel de l’immigration est un tabou idéologique. La Belgique est plus accueillante que tous ses voisins. De 2000 à 2010, son solde migratoire (la différence entre entrées et sorties) était neuf fois plus important que celui des Pays Bas et quatre fois plus que celui de la France ou de l’Allemagne ! Si vous voulez parler communication, pourquoi jamais aucune là-dessus ? Ça intéresse pourtant un peu les Belges ! En douze ans, sous le snelrecht, on a naturalisé 608 322 nouveaux Belges, 6 % de la population : une folie. En plus, avec le regroupement familial (50 % de l’immigration), il y a un effet boule de neige, une migration en chaîne qui ne s’arrête jamais.

Theo Francken dit que sa politique est  » très lucrative électoralement pour le MR « . Est-ce pour ça que dans votre parti on n’ose critiquer que sa communication ?

Le MR n’a jamais fait de ces questions un enjeu électoral. Dommage, on serait à 35 – 40 %, comme la N-VA ! (rires). Terrorisme, émeutes, islamisme, communautarisme, antisémitisme : tout ça est lié à l’immigration incontrôlée et à trente ans de refus d’en débattre avec les Belges. Dans toutes les enquêtes, ils montrent leurs préoccupations. N’est-ce pas en démocratie le rôle du politique d’en tenir compte ? Et puis, nombre de cadres du MR sont centristes, moi je suis de droite, comme nos électeurs ! (rires). J’aimerais que ces questions soient plus au centre de notre stratégie parce que c’est un enjeu fondamental négligé. Et il n’y a pas de raison que Bruxelles et la Wallonie restent un îlot gauchiste au milieu d’une Europe de plus en plus à droite.

Donc le MR devrait plutôt suivre une ligne Francken qu’une ligne Deprez ?

Oui ! Francken, la presse flamande en fait la personnalité politique de l’année et la deuxième toutes catégories ; la francophone le traite quasi comme un facho. C’est problématique.

Depuis trente ans, la loi sur les étrangers a été modifiée des dizaines de fois, l’accès à la nationalité et au territoire sont toujours plus restrictifs, des centaines de personnes ont été expulsées, et vous et d’autres faites campagne sur ces sujets. L’immigration n’est ni incontrôlée, ni taboue…

Ah bon ? En vingt ans de Parlement, je n’ai jamais vu un vrai débat, c’est chaque fois ponctuel comme sur les Soudanais. Combien de débats télévisés sur l’immigration ? Jusqu’en 2014, gauche et politiquement correct bloquaient tout. En 2011, sans gouvernement, c’est au départ du MR et de la N-VA qu’on a trouvé une majorité parlementaire pour changer le Code de la nationalité, qu’il faut d’ailleurs encore revoir. Les changements de la loi sur les étrangers ? Jusqu’en 2014, dans le sens de plus d’ouverture. Les expulsions ? Toujours un faible pourcentage de ceux qui reçoivent un ordre de quitter le territoire : c’est très compliqué malgré les efforts de Francken. Et les règles européennes ne laissent guère de marge de manoeuvre sur le regroupement familial. Malgré la volonté politique, on ne contrôle pas du tout les flux ! Le boom démographique à Bruxelles est un choc migratoire. L’augmentation attendue d’un million d’habitants en Belgique (la plupart, des musulmans), c’est l’immigration et la fécondité supérieure des femmes qui en sont issues. Les Belges quittent le pays plus qu’ils n’y reviennent. Et les problèmes à moyen terme liés à la densité (habitat, transports, environnement) dans un pays déjà parmi les plus denses au monde ? Qui parle de tout ça ?

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