Nous trouvons les images simples belles et elles nous offrent une certaine satisfaction. Mais pourquoi ?

Plantons le décor : Nous sommes un samedi matin, vous entrez au musée S.M.A.K à Gand, la tête dans les nuages, pour vous nourrir de culture. Vous levez la tête, et juste avant de croiser son regard, l'image d'une personne surgit subitement devant vous et vous jurez que c'est le plus bel homme ou la plus belle femme que vous n'avez jamais vu de votre vie. C'était rapide.

Lorsque nous voyons quelque chose pour la première fois, nous décidons rapidement si la chose en question est belle ou pas. Nous n'avons pas besoin d'y réfléchir pendant des lustres. Mais comment prenons-nous une telle décision, qui semble plutôt basée sur un sentiment que sur un jugement rationnel bien pesé ?

Les associations fortes sont des associations rapides

Pour analyser ces jugements rapides, les chercheurs utilisent souvent des mesures implicites dans la psychologie cognitive. Elles permettent de mesurer les jugements automatiques et inconscients des gens en comparant, par exemple, leur temps de réaction.

Lorsque nous réagissons plus rapidement à des figures symétriques associées à des mots positifs plutôt qu'à des figures symétriques associées à des mots négatifs, nous pouvons supposer que la première paire a un impact plus fort dans notre cerveau. Cette supposition est également suggérée par différentes données récoltées dans différentes études : une préférence implicite (même automatique) pour la symétrie.

Cette théorie a été testée dans une récente étude sur les peintures de Mondrian et les versions symétriques de ses oeuvres. Les participants à l'étude réagissaient en moyenne plus rapidement aux paires symétriques positives et asymétriques-négatives qu'aux paires symétriques négatives et asymétriques-positives. Une question supplémentaire se pose pour les prochaines recherches : est-ce que c'est l'image en elle-même ou le concept de symétrie qui génère cet effet ?

Mondurian est considéré comme l'un des pères de l'art abstrait. © Wikicommons

Plus de passivité = plus de positivité

Même les images plus familières et les images qui contrastent drastiquement avec leur arrière-plan ont été jugées plus positivement par les individus pendant les expériences que leurs opposés. Le lien entre ces préférences s'explique parce notre cerveau peut assimiler plus rapidement les images en question. Ces stimuli contiennent soit moins d'informations visuelles (symétrie vs. asymétrie), sont faciles à distinguer (meilleur contraste) ou plus faciles à évoquer dans notre mémoire (plus familier).

Selon certains chercheurs, cette relative aisance automatique suscite un petit sentiment positif. Nous percevons ce sentiment positif et nous l'associons à tort aux aspects esthétiques de l'image. Nous pensons que c'est la beauté d'une image qui nous satisfait alors qu'en réalité, c'est plutôt la facilité avec laquelle nous percevons les images qui suscite cette réaction affective. Selon cette théorie, les images qui sont plus faciles à traiter au niveau cognitif sont en moyenne jugées plus positivement.

Les jugements inconscients offrent des avantages

Ces résultats signifient-ils que nous sommes paresseux dans notre évaluation et qu'une chose doit être aussi simple que possible pour être belle à nos yeux ?

Grâce à des expériences, nous savons que ce n'est pas toujours le cas. Quelque chose de simple peut rapidement devenir ennuyeux et une oeuvre d'art complexe et abstraite au S.M.A.K peut, en fonction de notre intérêt, être magnifique.

C'est pourquoi il est intéressant de faire une distinction entre l'évaluation automatique et l'évaluation non automatique des images. L'évaluation automatique (implicite) offre probablement aux scientifiques une meilleure opportunité de faire des déclarations sur les préférences des gens.

Tandis que nos préférences esthétiques et explicites sont influencées par des facteurs personnels, notre évaluation implicite est potentiellement plus suggérée par un système universel, comme il est décrit dans le modèle d'intelligence de Cattell. Ce dernier type de processus influencerait chez chacun ce jugement automatique indépendamment de facteurs propres à l'individu. Donc, less is parfois better et peut-être même surtout lorsque l'évaluation automatique commence. Les images simples nous rendent satisfaits, puis nous les trouvons belles, dans cette ordre-là.

La préférence cognitive pour ce qui exige moins d'effort cognitif correspond à la tendance actuelle qui recherche le minimalisme. La sobriété du populaire design scandinave, le design du géant de la tech Apple et les gens qui vivent de façon minimaliste sont des bons exemples de ce phénomène. L'approche de Cattell sur les préférences esthétiques est élégante et utile dans l'étude d'autres phénomènes psychologiques, mais est également cohérente pour les objectifs centrés sur l'application des développeurs et du marché.

Blog scientifique sur la psychologie, sur l'initiative de la Gentse Alumni Psychologie (rassemblement de tous les alumnis en psychologie de l'Université de Gand)