Sensation de brûlure, douleur lancinante, impression d'avoir du sable dans les yeux, démangeaisons, pression... Des yeux rouges et fatigués, surtout à la tombée du jour ; des paupières qui "collent" au réveil ; une acuité visuelle en montagnes russes, surtout pour lire, travailler à l'écran ou regarder la télé. Un inconfort voire des douleurs lors du port de lentilles de contact, un larmoiement réflexe surabondant sous l'effet de l'irritation, par exemple en faisant du vélo un jour de grand vent, une sensibilité à la lumière ou une inflammation... Tous ces symptômes peuvent trahir une sécheresse oculaire, maladie généralement chronique dont les manifestations diffèrent d'une personne à l'autre et dont la gravité varie au fil du temps. Sa cause: un film lacrymal qui n'humidifie, ne nourrit, ne "lubrifie" et ne protège pas suffisamment la cornée contre les bactéries, les saletés et la poussière.
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Sensation de brûlure, douleur lancinante, impression d'avoir du sable dans les yeux, démangeaisons, pression... Des yeux rouges et fatigués, surtout à la tombée du jour ; des paupières qui "collent" au réveil ; une acuité visuelle en montagnes russes, surtout pour lire, travailler à l'écran ou regarder la télé. Un inconfort voire des douleurs lors du port de lentilles de contact, un larmoiement réflexe surabondant sous l'effet de l'irritation, par exemple en faisant du vélo un jour de grand vent, une sensibilité à la lumière ou une inflammation... Tous ces symptômes peuvent trahir une sécheresse oculaire, maladie généralement chronique dont les manifestations diffèrent d'une personne à l'autre et dont la gravité varie au fil du temps. Sa cause: un film lacrymal qui n'humidifie, ne nourrit, ne "lubrifie" et ne protège pas suffisamment la cornée contre les bactéries, les saletés et la poussière. Comment en arrive-t-on là? C'est une question à laquelle le Pr Carina Koppen, ophtalmologue à l'UZA, a dû répondre plus souvent que jamais au cours des 18 mois écoulés. Le nombre de patients confrontés à des problèmes d'yeux secs a en effet sensiblement augmenté au cours de la pandémie. "Le port du masque et l'augmentation du travail à l'écran y a certainement contribué, explique la spécialiste. Lorsque le masque n'est pas bien ajusté, chaque expiration par le nez envoie un flux d'air vers la surface de l'oeil, de telle sorte que le fil lacrymal a davantage tendance à s'évaporer. Lorsque nous travaillons à l'écran, nous avons en outre tendance à moins cligner des yeux, de telle sorte que le liquide lacrymal est moins bien étalé à la surface de l'oeil et a aussi plus de temps pour s'évaporer. Les glandes de Meibomius, sur le bord interne de la paupière, tendent aussi à sécréter moins fréquemment la substance huileuse qui forme normalement une couche homogène sur le film lacrymal pour en prévenir l'évaporation." Elle conseille dès lors, lorsque vous travaillez à l'écran, de regarder un moment ailleurs toutes les 20 minutes et de vous astreindre à cligner des yeux plus souvent. "Veillez aussi à ventiler suffisamment votre cadre de vie et de travail et installez un humidificateur d'air si nécessaire. Le chauffage et l'air conditionné ont en effet tendance à assécher l'air ambiant, favorisant encore l'évaporation du film lacrymal." Au-delà des facteurs environnementaux, de nombreux paramètres individuels peuvent accroître la sensibilité à la sécheresse oculaire. Les glandes de Meibomius, qui limitent l'évaporation du film lacrymal grâce à leurs sécrétions huileuses, ont tendance à diminuer fortement en nombre ou à se boucher plus rapidement à partir de la quarantaine. Les verres de contact aussi semblent susceptibles de miner leur fonctionnement. "Les adeptes des lentilles qui passent beaucoup de temps sur leurs écrans courent donc un risque plus élevé de souffrir de sécheresse oculaire avant cet âge. Si vous êtes sensible à ce problème et que vous voulez vraiment porter des lentilles, optez pour un modèle auto-hydratant qui libère activement du liquide." Si la sécheresse oculaire est le plus souvent due à une évaporation excessive du film lacrymal, il arrive également que ce soit sa sécrétion qui pose problème. Celle-ci diminue en effet spontanément avec l'âge et peut aussi être affectée par une maladie ou une réaction immunologique dirigée contre les glandes lacrymales. "Un cas de figure encore plus fréquent est une baisse de la production de liquide lacrymal sous l'effet de modifications hormonales, par exemple au cours de la grossesse ou à la ménopause, ajoute le Pr Koppen. Ou sous l'effet d'un traitement médicamenteux, comme la pilule ou certains médicaments contre les allergies, l'hypertension ou la dépression." Bien sûr, il conviendra avant tout d'exclure un autre problème avec les mêmes manifestations, comme une allergie ou une lésion de la cornée. S'il s'agit bien d'une sécheresse oculaire et que les symptômes sont encore légers, ils pourront généralement être soulagés par l'application de larmes artificielles (sans agents conservateurs si vous portez des lentilles de contact, voir Bodytalk n°140). "Elles devront toutefois être administrées suffisamment fréquemment - au moins 3-4 fois par jour - lorsque les plaintes sont très présentes, précise la spécialiste. Dans certains cas, il sera aussi nécessaire d'administrer temporairement des gouttes anti-inflammatoires mais uniquement sur recommandation d'un médecin! En cas de sécheresse oculaire provoquée ou aggravée par une opération de la cataracte, par exemple, ces médicaments sont en effet à utiliser avec la plus grande prudence." En cas de symptômes plus sévères, d'autres approches devront être envisagées en plus des larmes artificielles. Une possibilité peut être de boucher le canal lacrymal pour limiter l'évacuation du liquide. Il existe également de nouveaux traitements - encore non remboursés à l'heure actuelle - qui reposent sur l'application de chaleur et sur un massage des paupières pour stimuler les glandes de Meibomius et faire disparaître les éventuels blocages. "Malheureusement, il n'est pas toujours facile de prédire quel traitement ou quelle combinaison de traitements livrera les meilleurs résultats chez un patient donné. Nous devons admettre qu'il arrive souvent que les plaintes ne disparaissent pas complètement. Nous plaçons donc de grands espoirs dans les recherches sur des médicaments capables de soigner cette maladie ou à tout le moins d'en soulager mieux les symptômes."