Un groupe d'experts se demande dans la revue médicale britannique The Lancet s'il n'est pas plus judicieux de donner les vaccins prévus pour la troisième dose aux pays en développement. Cette diatribe contre une troisième dose pour tout le monde ne vient pas de n'importe qui puisqu'elle est signée par des noms reconnus et prestigieux dans le domaine de la santé. Ainsi on retrouve Mike Ryan, directeur à l'Organisation mondiale de la santé ou encore Philip Krause et Marion Gruber, qui sont à la tête de la division des vaccins à la FDA, l'agence américaine des médicaments. Que ces derniers prennent aussi clairement position est d'ailleurs surprenant puisque cela va à l'encontre de l'annonce du président américain Joe Biden, qui souhaite que la campagne pour une troisième dose commence lundi prochain.
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Un groupe d'experts se demande dans la revue médicale britannique The Lancet s'il n'est pas plus judicieux de donner les vaccins prévus pour la troisième dose aux pays en développement. Cette diatribe contre une troisième dose pour tout le monde ne vient pas de n'importe qui puisqu'elle est signée par des noms reconnus et prestigieux dans le domaine de la santé. Ainsi on retrouve Mike Ryan, directeur à l'Organisation mondiale de la santé ou encore Philip Krause et Marion Gruber, qui sont à la tête de la division des vaccins à la FDA, l'agence américaine des médicaments. Que ces derniers prennent aussi clairement position est d'ailleurs surprenant puisque cela va à l'encontre de l'annonce du président américain Joe Biden, qui souhaite que la campagne pour une troisième dose commence lundi prochain.On sait qu'en Belgique, une troisième dose est prévue pour les catégories les plus vulnérables de la population. La task force vaccination a ainsi annoncé la semaine dernière dans un communiqué que les personnes à immunité réduite seront invitées cette semaine par voie postale pour une vaccination supplémentaire contre la Covid-19 avec un vaccin à ARN messager (Pfizer ou Moderna). Cette troisième dose concerne les personnes de plus de 12 ans, atteintes de troubles immunitaires congénitaux, en dialyse chronique, atteints de maladies inflammatoires prenant des médicaments immunosuppresseurs, les patients traités pour un cancer, les patients ayant subi une greffe de cellules souches ou d'organes et certains séropositifs (VIH). Cette "troisième dose", qui n'est pas un rappel, devrait être administrée à partir de la mi-septembre dans les centres de vaccination encore ouverts. D'autres pays, comme la France, ont eux aussi commencé à l'administrer à certaines catégories de population: les plus âgés (six mois après leur vaccination) et les personnes au système immunitaire affaibli. Il est important de préciser que ce point-là n'est d'ailleurs pas contesté par l'article. L'utilité d'une troisième dose pour les personnes vulnérables dont le système immunitaire est affaibli, comme les patients atteints du VIH ou du cancer, pour qui deux injections s'avèrent trop souvent insuffisantes pour une protection adéquate n'est d'ailleurs que très peu discutée. Non, le débat qui vient d'être relancé par l'étude et qui risque de faire rage cet automne porte sur la troisième dose dite universelle, soit pour tout le monde, comme cela a été fait en Israël. Dans ce pays, la troisième dose est disponible dès l'âge de 12 ans, cinq mois après la vaccination."Il n'existe pas de vraie preuve scientifique qu'une troisième dose "universelle" est utile", précise ce même article. "Et même en admettant qu'elle soit d'une certaine utilité, rien n'indique que les éventuels bénéfices ainsi engrangés l'emporteraient sur les avantages que pourrait donner une première protection à ceux qui ne sont pas encore vaccinés, par exemple dans les pays en développement ou la livraison des vaccins n'est encore que fort parcellaires." Pour arriver à cette conclusion, les experts ont analysé une série d'études et de rapports sur l'efficacité des vaccins contre les nouveaux variants et/ou la durabilité de la protection. Si toutes les études ne sont pas encore bétonnées, il semble, écrivent les auteurs, qu'elles fournissent néanmoins un aperçu utile avec des conclusions claires. La première est que "les vaccins protègent particulièrement bien contre les formes graves de la maladie, et cela vaut pour toutes les variantes. Aucune étude n'a apporté la preuve d'une protection déclinante", disent-ils. Ce qui leur faire dire que, pour la grande majorité de la population, deux doses devraient suffire. Ils soulignent en effet qu'un autre volet de la réponse immunitaire (l'immunité cellulaire, due aux lymphocytes) entre en jeu, tout en étant moins facilement mesurable. En outre, ils jugent préférable de travailler à la mise au point de rappels spécifiquement conçus pour faire échec aux variants résistants qui pourraient apparaître à l'avenir, plutôt que d'administrer des doses supplémentaires de vaccins existants.L'OMS a pour sa part désapprouvé à plusieurs reprises le principe d'une dose de rappel pour toute la population, qu'elle voit comme une mesure sans fondement scientifique et inégalitaire pour les pays pauvres. Le directeur général de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) était il y a quelques jours très en colère contre les pays riches qui souhaitent administrer une troisième dose de vaccin contre le coronavirus à leur population. Tedros Adhanom Ghebreyesus a appelé à un moratoire jusqu'à fin décembre. "Nous ne voulons plus de promesses, nous voulons des vaccins", a-t-il affirmé à la presse. Moins de 15% du milliard de doses promises par les pays du G7 ont été distribués. M. Tedros dénonce les "excuses" des entreprises pharmaceutiques et des gouvernements qui ont empêché d'accélérer l'immunisation des populations des pays pauvres. Dans la foulée, il a lancé un moratoire sur les troisièmes doses jusqu'à fin décembre, en dehors des personnes immunocompromises. Un point de vue partagé par les experts, pour qui "ces vaccins, qui sont en quantité limitée, sauveront le plus de vies s'ils sont fournis aux personnes qui ont un risque important d'être atteintes par une forme grave (du Covid) et n'ont pas encore été vaccinées". Pierre Van Damme, professeur de vaccinologie (Université d'Anvers) et membre du Conseil de la santé des Pays-Bas, est du même avis. "Compte tenu des données actuelles, il est trop tôt pour mettre en place une troisième injection universelle", dit-il dans De Standaard. Lui aussi pense que la priorité devrait être donnée aux habitants des pays pauvres et à ceux, chez-nous, qui n'ont pas encore reçu leur première ou deuxième injection."Nous ne disposons pas de données scientifiques probantes et robustes qui affirment qu'il faut donner un booster à l'ensemble de la population", a déclaré mardi le ministre de la Santé publique Frank Vandenbroucke. "Mais je n'exclus pas que les données vont évoluer et que nous recevions des avis plaidant pour organiser un booster. Ce n'est pas le cas actuellement", a-t-il affirmé en commission santé de la Chambre. La question d'administrer une troisième dose à davantage de personnes a été posée mardi par les députés. Selon M. Vandenbroucke, "il est peut-être plus approprié d'organiser la vaccination de la population dans les pays en développement, au lieu d'un troisième dose chez nous. C'est une question de solidarité internationale", a-t-il fait valoir. Le ministre Vooruit faisant référence à article publié dans la revue scientifique The Lancet.