Dans la course au traitement et à la vaccination, les patients asymptomatiques ont (trop) souvent été négligés par la recherche, estiment certains experts. Face au débordement des soins intensifs, à la multiplication des cas symptomatiques, et surtout la difficulté de détecter ces patients à première vue "non malades", peu d'études se sont réellement intéressées aux anomalies pulmonaires et autres affections graves pouvant toucher les personnes asymptomatiques. Et pourtant, les formes asymptomatiques du covid entraîneraient, elles aussi, des problèmes de santé graves chez certaines personnes.
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Dans la course au traitement et à la vaccination, les patients asymptomatiques ont (trop) souvent été négligés par la recherche, estiment certains experts. Face au débordement des soins intensifs, à la multiplication des cas symptomatiques, et surtout la difficulté de détecter ces patients à première vue "non malades", peu d'études se sont réellement intéressées aux anomalies pulmonaires et autres affections graves pouvant toucher les personnes asymptomatiques. Et pourtant, les formes asymptomatiques du covid entraîneraient, elles aussi, des problèmes de santé graves chez certaines personnes. Un constat d'Eric Topol - fondateur et directeur du Scripps Research Translational Institute, un centre de recherche biomédicale américain -, qui tire aujourd'hui la sonnette d'alarme. Car si la pandémie semble ralentir, le virus et ses variants sèment encore des dégâts dans de nombreuses régions du monde, en particulier dans les pays à faible taux de vaccination. En Belgique aussi, le nombre de nouveaux cas détectés ne cesse d'augmenter. Environ 5% des tests effectués chez les asymptomatiques étaient positifs le 31 août, contre environ 18% chez les symptomatiques. Raison pour laquelle il est important de ne plus négliger les formes asymptomatiques du virus et de vérifier si cela constitue une vulnérabilité. "Si elle est avérée, cette découverte indique que l'absence de symptômes ne signifie pas pour autant qu'il n'y a pas de dégâts", prévient Eric Topol. À l'origine de ce cri d'alarme ? Une étude qu'il a réalisée en septembre 2020 sur les passagers du Diamond Princess, ce navire de croisière mis en quarantaine au large du Japon dans les premières semaines de la pandémie. Sur les 104 passagers, les chercheurs ont découvert que 74 d'entre eux étaient en fait porteurs asymptomatiques. Des radios pulmonaires ont alors montré que 54% des membres de ce groupe présentaient des anomalies pulmonaires : des taches grises éparses, signe d'une accumulation de fluide dans les poumons.Depuis lors, peu, voire aucune autre étude ne s'est réellement intéressée à cette problématique, regrette le lanceur d'alerte, dans des propos repris par National Geographic. "C'est comme si on avait juste laissé filer l'affaire." Il existe pourtant des preuves que les asymptomatiques peuvent, eux aussi, souffrir de problèmes de santé graves ; notamment des caillots sanguins, des affections cardiovasculaires, une maladie inflammatoire, et le covid long, syndrome caractérisé par une persistance des symptômes plusieurs semaines (voire plusieurs mois) après l'infection au covid.Outre les affections pulmonaires, davantage d'examens médicaux réalisés sur des asymptomatiques ont également révélé des anomalies dans le coeur et dans le sang, selon plusieurs études. Ainsi, la revue médicale internationale BMJ révèle notamment la présence de caillots sanguins dans les reins d'une personne qui n'avait présenté aucun symptôme. Or, les caillots qui obstruent la circulation sanguine sont les principaux responsables de la plupart des accidents vasculaires cérébraux et crises cardiaques. En outre, les porteurs asymptomatiques peuvent également développer une forme longue du covid - communément appelée "covid long" - qui peut provoquer des symptômes multiples tant dans leur nature que dans leur gravité. Douleurs, difficultés respiratoires, asthénie, "brouillard cérébral", insomnies, hypertension... Il existerait plus de 200 symptômes différents attribuables au covid long."Il existe un mythe selon lequel cela n'arriverait qu'avec les formes sévères de covid, et à l'évidence cela se produit beaucoup plus souvent avec les formes légères", signale Eric Topol. Ainsi, il est fort probable que des personnes qui ne développent aucun symptôme au moment de leur infection finissent par en déclarer certains associés au covid long plusieurs semaines après. Néanmoins, en vue du manque de données sur le sujet, et la difficulté de connaître exactement le nombre de porteurs sains, ces estimations ne sont pas vraiment précises. D'où l'importance de se faire vacciner... En effet, les vaccins anti-covid n'ont de cesse de montrer leur efficacité contre les formes graves du covid. Le nombre restreint de patients covid admis en soins intensifs en Belgique, malgré la recrudescence des cas en est bien la preuve. Mais une nouvelle étude indique qu'en plus de limiter les risques de graves symptômes, la vaccination réduirait également de moitié le risque de développer un covid long après infection.Le docteur Claire Steves, gériatre au King's College de Londres, a dirigé cette étude publiée dans The Lancet Infectious Disease . Elle et ses collaborateurs ont analysé les données fournies par les utilisateurs de l'application COVID Symptom Study disponible au Royaume-Uni: notamment la date des injections du vaccin, la nature du vaccin reçu (Pfizer, Moderna ou AstraZeneca) et les différents symptômes.Ainsi, sur un groupe de 592 personnes totalement vaccinées qui ont renseigné leur état de santé dans l'application, seulement 5,2 % souffraient toujours de symptômes après 28 jours, contre 11,4 % dans le groupe des non-vaccinées. En d'autres termes, deux doses de vaccin réduisent de moitié le risque de développer un covid long. Le vaccin apparaît dès lors comme une bonne stratégie de prévention contre cette forme de covid, à défaut d'avoir un traitement réellement efficace.