Le 11 août, les autorités russes avaient annoncé l'entrée de leur candidat vaccin dans la 3ème et dernière phase des essais cliniques et leur volonté de l'homologuer dès septembre, sans attendre les résultats de cette 3e phase d'essais. Et même si les chercheurs affirment aujourd'hui que le candidat vaccin de la Russie donne des résultats préliminaires encourageants, rien ne prouve que ce vaccin protège efficacement contre une infection par le nouveau coronavirus, soulignent des experts.
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Le 11 août, les autorités russes avaient annoncé l'entrée de leur candidat vaccin dans la 3ème et dernière phase des essais cliniques et leur volonté de l'homologuer dès septembre, sans attendre les résultats de cette 3e phase d'essais. Et même si les chercheurs affirment aujourd'hui que le candidat vaccin de la Russie donne des résultats préliminaires encourageants, rien ne prouve que ce vaccin protège efficacement contre une infection par le nouveau coronavirus, soulignent des experts.Du côté du Royaume-Uni, les ministres ont annoncé que le pays prendrait des mesures d'urgence pour accélérer la procédure réglementaire afin que tout vaccin soit approuvé avant la fin de l'année.Quant au président américain Donald Trump, celui-ci assure qu'un vaccin contre la Covid-19 verra le jour en novembre prochain. "Des centaines de millions de doses seront rapidement disponibles", a-t-il même annoncé.Bien que le développement d'un vaccin se révèle absolument vital pour stopper la pandémie, de nombreux experts mettent en garde contre les risques que des délais de développement aussi réduits peuvent engendrer. Cette course au vaccin n'est pas forcément une bonne chose...Le statisticien et épidémiologiste anglais Sir Richard Peto - professeur à l'Université d'Oxford et conseiller de l'Organisation mondiale de la santé - a notamment déclaré que le premier vaccin disponible risquerait bien d'être vendu et utilisé à l'échelle mondiale et ce, même s'il avait une efficacité réduite.En d'autres termes, même si ce vaccin ne protégeait qu'une minorité de la population, il serait immédiatement considéré comme une "référence". Et c'est par rapport à cette référence que l'efficacité des vaccins ultérieurs serait ensuite mesurée. C'est bien là tout le problème : cela pourrait conduire à l'approbation de vaccins de qualité inférieure, car ces derniers n'auraient alors pas à prouver qu'ils sont plus efficaces." Nous assistons à une sorte de ruée, à la fois nationaliste et capitaliste, pour être le premier à homologuer un vaccin, et [cette course] rendra plus difficile l'évaluation d'autres vaccins ", a ainsi déclaré Peto, dans des propos repris par The Guardian. "Nous avons besoin d'un vaccin qui fonctionne et nous en avons besoin rapidement, mais des preuves assez solides de son efficacité sont également nécessaires ", poursuit le chercheur.Le professeur Peto fait partie du groupe d'experts chargés de conseiller l'OMS pour l'essai clinique "Solidarity", visant à comparer différents candidats vaccins dans le but de trouver un traitement efficace de la Covid-19.Dans le cadre d'une étude récemment publiée dans la revue The Lancet, ce groupe d'experts a estimé que la mise sur le marché d'un vaccin médiocre serait pire que l'absence de vaccin. Notamment parce qu'il donnerait une fausse impression de sécurité."Le déploiement d'un vaccin faiblement efficace pourrait en fait aggraver la pandémie de Covid-19 si les autorités supposent à tort qu'il entraîne une réduction substantielle du risque, ou si les personnes vaccinées croient à tort qu'elles sont immunisées, réduisant ainsi la mise en oeuvre ou le respect des autres mesures visant à limiter la propagation du Covid-19", expliquent les chercheurs.C'est pourquoi les experts exhortent aujourd'hui l'ensemble des régulateurs à s'en tenir aux recommandations de l'OMS, selon lesquelles aucun vaccin dont l'efficacité se révélerait inférieure à 30 % ne devrait être approuvé.Or, développer un vaccin qui induit une réponse immunitaire suffisante et chez un grand nombre de patients est loin d'être évident. Notamment car son efficacité peut être variable selon les années, et selon l'évolution du virus. Le vaccin contre la grippe en est l'exemple parfait. En 2016, son taux d'efficacité n'a pas dépassé 20% à 30%, en raison d'une mutation inattendue de la souche dominante, nous explique-t-on dans le média de décryptage Futura-sciences.Mais, quelle devrait être l'efficacité d'un vaccin contre la Covid-19 pour enrayer l'épidémie ? À savoir qu'un vaccin qui offre une protection de 100 % n'existe pas, et n'existera sans doute jamais. À l'heure actuelle, le vaccin qui offre la meilleure protection est celui contre la rougeole (protège à 93% à 98%).Des chercheurs issus de l'Université de la ville de New York (CUNY) ont réalisé diverses analyses afin d'évaluer à quel taux d'efficacité un vaccin parviendrait à stopper la propagation du coronavirus. Selon leurs simulations, si l'entièreté de la population était vaccinée, l'efficacité du vaccin devra être d'au moins 60% pour éteindre l'épidémie. Par contre, si 75% de la population était vacciné, l'efficacité du vaccin devrait alors atteindre les 80%."Tout cela suggère qu'un vaccin seul ne permettra pas un retour à la normale, à moins d'un taux d'efficacité très élevé et d'une couverture vaccinale qui semble irréaliste ", concluent les auteurs.Cela ne veut pas dire pour autant qu'un vaccin avec une efficacité moindre sera inutile. Si l'OMS recommande un vaccin avec un taux d'efficacité d'au moins 30%, ce n'est pas pour supprimer définitivement le virus, mais avant tout pour désengorger les hôpitaux. S'il est administré en priorité aux publics fragiles, un vaccin validé par les régulateurs pourrait ainsi éviter la plupart des cas graves et des coûts d'hospitalisation. Reste à savoir quel sera le seuil de protection du futur vaccin...