Le sucre, une véritable drogue dure ? C'est bien l'avis du neuroscientifique français Serge Ahmed qui étudie ses effets depuis plus de 20 ans. Le sucre agit ainsi comme une drogue en activant les circuits liés au plaisir dans le cerveau, ce qui en fait un vrai danger de santé publique. Le diabète concerne 300 millions de personnes dans le monde, 440 millions en 2030, selon les prévisions, alertait récemment le scientifique dans le journal Le Soir.

L'OMS recommande 25 grammes de sucre au quotidien, 50 au maximum, ce qui représente seulement 6 cuillères à café environ. Un quota (très) rapidement atteint, car le sucre se trouve partout et peut se cacher dans des aliments dont on ne soupçonnerait pas qu'ils en contiennent ne fut-ce qu'un gramme. L'OMS avertit que la plupart des sucres consommés aujourd'hui sont "dissimulés" dans des aliments transformés qui ne sont généralement pas considérés comme sucrés. Les lignes directrices de l'OMS ne concernent ni les sucres présents dans les fruits et les légumes frais ni ceux naturellement présents dans le lait car il n'existe pas de données montrant qu'ils ont des effets nocifs.

Il est bien difficile d'y échapper, confirme Serge Ahmed: "75 % des produits vendus en grande surface contiennent des sucres ajoutés. Même dans le jambon, les sauces, les soupes ou le saucisson, il y en a. Les industriels ont compris que le sucre est associé à un processus de conditionnement qui a un impact sur leurs ventes."

Le niveau de dépendance au sucre varie en fonction des individus. Aux USA, 25 millions de personnes sont accros. "On peut vraiment parler d'addiction au sucre dans le sens où il peut s'agir d'un trouble du comportement dès lors qu'il y a perte de contrôle sur la consommation avec des conséquences négatives sur la santé physique ou mentale. Le sucre remplit ces conditions ", explique le neuroscientifique.

25 grammes par jour

En ajoutant du sucre dans tous les aliments, particulièrement dans les plats préparés, l'industrie agroalimentaire porte ainsi une grande part de responsabilité dans ce danger sanitaire.

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Cependant, le sucre ne doit pas non plus disparaître complètement d'une alimentation équilibrée, car il est nécessaire à l'organisme et au bon fonctionnement du cerveau. Il est aussi l'un des nutriments essentiels au développement de l'enfant. Les conseils pour éviter d'ingurgiter de trop grandes quantités de sucre sont basés sur le bon sens: éviter de manger des produits industriels en privilégiant les plats faits maison et tenter de réduire petit à petit sa consommation. Les ouvrages de "détox" de sucre font florès dans les librairies et les conseils diététiques dans ce sens abondent sur la Toile.

Pour y voir plus clair, deux Français, Arthur et Léa, respectivement étudiants en kinésithérapie et biologie et passionnés de cuisine et de nutrition, ont lancé en septembre dernier le compte Instragram "Sucrez vos Fraises ". Leur but : traquer le sucre et le sel cachés dans l'alimentation industrielle et les rendre bien visibles pour les consommateurs. "Nous voulions sensibiliser les gens sur la présence du sucre et du sel dans les produits alimentaires du quotidien. Le but est d'aider les gens de la manière la plus simple possible à décrypter l'étiquetage alimentaire, d'où l'utilisation des carrés de sucre et de la jauge pour le sel", expliquent-ils au Figaro Magazine.

Sur le compte, des produits consommés au quotidien s'affichent avec les morceaux de sucres qu'il contiennent (un carré de sucre blanc vaut 5 grammes) . Exemples choisis parmi d'autres: des biscuits petit-déjeuner (3 morceaux de sucre), un pot de sauce tomate à la ricotta (3 morceaux), des chips cuites au four (1,5 morceaux), ou encore des cubes de bouillon Maggi "pot-au-feu" (3,5 morceaux). Les produits minceur n'y échappent pas, comme ces céréales qui contiennent pas moins de 15 morceaux sucrés ou ce thé vert aux premiers abords sain mais qui en recèle 9. Le succès du compte Instagram est au rendez-vous, "Sucrez vos Fraises" atteint les 65.000 abonnés à l'heure d'écrire ces lignes et un ebook qui contiendra des analyses d'aliments plus approfondies est dans les cartons.