Le 22 mai, la revue médicale de renommée internationale The Lancet a publié une étude qui a révélé que l'hydroxychloroquine était associée à un taux de mortalité plus élevé chez les patients atteints de Covid-19 et à une augmentation des problèmes cardiaques. L'étude cite le chirurgien vasculaire respecté Mandeep Mehra comme auteur principal et Sapan Desai, fondateur de la société qui a fourni les données sur lesquelles se sont basés les auteurs de l'article scientifique, comme co-auteur.
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Le 22 mai, la revue médicale de renommée internationale The Lancet a publié une étude qui a révélé que l'hydroxychloroquine était associée à un taux de mortalité plus élevé chez les patients atteints de Covid-19 et à une augmentation des problèmes cardiaques. L'étude cite le chirurgien vasculaire respecté Mandeep Mehra comme auteur principal et Sapan Desai, fondateur de la société qui a fourni les données sur lesquelles se sont basés les auteurs de l'article scientifique, comme co-auteur.Suite à cette publication, l'Organisation mondiale de la santé et un certain nombre d'Etats en sont venus à modifier leurs politiques et traitements du coronavirus. De nombreux essais cliniques avec l'hydroxychloroquine ont été interrompus. La revue médicale The Lancet a annoncé ce mercredi avoir pris ses distances avec l'étude très critiquée qu'elle a publiée sur l'hydroxychloroquine, en reconnaissant dans un avertissement formel que "d'importantes questions" planaient à son sujet. Le New England Journal of Medicine a publié un avis similaire.L'étude a également été attaquée avec virulence par les défenseurs de l'hydroxychloroquine, au premier rang desquels le chercheur français Didier Raoult.Les principaux soucis rencontrés concernent Surgisphere, la société qui a fourni les bases de données à l'origine des études sur l'hydroxychloroquine menées par les deux publications scientifiques. L'étude du Lancet prétend avoir analysé les données de Surgisphere recueillies auprès de 15 000 patients atteints de Covid-19, admis dans 1 200 hôpitaux du monde, qui ont reçu de l'hydroxychloroquine seule ou en combinaison avec des antibiotiques.Les questions relatives à Surgisphere se sont multipliées au sein de la communauté médicale ces dernières semaines. Une enquête menée par le quotidien anglais The Guardian révèle que l'entreprise américaine Surgisphere n'a pas réussi jusqu'à présent à expliquer de manière adéquate ses données ou sa méthodologie.La version australienne du Guardian a aussi révélé des erreurs flagrantes dans les données australiennes incluses dans l'étude. Selon l'étude, les chercheurs ont eu accès, via Surgisphere, aux données de cinq hôpitaux, enregistrant 600 patients australiens atteints de Covid-19 et 73 décès australiens au 21 avril. Or, les données de l'Université Johns Hopkins montrent que seuls 67 décès dus au Covid-19 avaient été enregistrés en Australie au 21 avril. Ce nombre n'est passé à 73 que le 23 avril. Selon Desai, un hôpital asiatique a été accidentellement inclus dans les données australiennes, ce qui a entraîné une surestimation des cas dans ce pays, rapporte The Guardian. Le Guardian a contacté cinq hôpitaux à Melbourne et deux à Sydney, dont la coopération aurait été essentielle pour atteindre les numéros de patients australiens figurant dans la base de données. Tous ont nié tout rôle dans une telle base de données, et ont déclaré n'avoir jamais entendu parler de Surgisphere. Desai n'a pas répondu aux demandes de commentaires sur leurs déclarations. L'une des questions qui a le plus déconcerté la communauté scientifique est de savoir comment Surgisphere, créée par Desai en 2008 en tant que société d'enseignement médical publiant des manuels scolaires, est devenue propriétaire d'une puissante base de données internationale. Cette base de données, bien qu'elle n'ait été annoncée que récemment par Surgisphere, se targue d'avoir accès aux données de 96.000 patients dans 1.200 hôpitaux à travers le monde.Desai a expliqué au quotidien anglais: "Surgisphere est en activité depuis 2008. Nos services d'analyse de données sur les soins de santé ont commencé à peu près au même moment et ont continué à se développer depuis lors. Nous utilisons beaucoup d'intelligence artificielle et d'apprentissage machine pour automatiser ce processus autant que possible, ce qui est la seule façon pour qu'une tâche comme celle-ci soit possible". La méthodologie des études qui ont utilisé les données de Surgisphere, ou le site web de Surgisphere lui-même, ne permettent pas de savoir comment la société a pu mettre en place des accords de partage de données provenant d'un si grand nombre d'hôpitaux dans le monde, y compris ceux dont la technologie est limitée, et concilier des langues et des systèmes de codage différents, tout en respectant les règles réglementaires, de protection des données et d'éthique de chaque pays.Un audit indépendant de la provenance et de la validité des données a maintenant été commandé par les auteurs non affiliés à Surgisphere en raison des "inquiétudes qui ont été soulevées quant à la fiabilité de la base de données". L'étude du Lancet est maintenant contestée par 120 médecins.