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Pourquoi la peur du vaccin AstraZeneca serait irrationnelle

Mailys Chavagne
Mailys Chavagne Journaliste Web

Malgré quelques cas de thrombose, les avantages du vaccin AstraZeneca continuent de largement l’emporter sur les risques. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a publié une nouvelle étude qui permet de visualiser, par tranche d’âge, le risque de thrombose en rapport avec le nombre d’hospitalisations, d’admissions aux soins intensifs et de décès évités grâce au vaccin.

L’utilisation du vaccin AstraZeneca, désormais nommé Vaxzevria, est encore restreinte dans de nombreux pays de l’Union européenne. Et même quand le vaccin est autorisé, les populations continuent de s’en méfier. En cause ? Les (très) rares cas de thrombose qu’il peut provoquer.

Pour autant, les autorités se veulent rassurantes : les risques de développer cet effet secondaire restent faibles (environ 1 cas par 100.000 doses du vaccin d’AstraZeneca administrées). Le vaccin présente en revanche une efficacité de 80% pour prévenir les hospitalisations et les décès dus au covid. Les bénéfices l’emporteraient donc largement sur les risques. Mais comment mesurer concrètement le rapport risque/bénéfice d’une vaccination?

Hospitalisation, soins intensifs, décès…

L’Agence européenne des Médicaments a réalisé des graphiques permettant de comparer, par tranche d’âge, le risque de thrombose aux avantages que procure le vaccin AstraZeneca, à savoir le nombre d’hospitalisations, d’admissions aux soins intensifs et de décès évités.

Pour calculer le rapport risque/bénéfice relatif au vaccin AstraZeneca, plusieurs facteurs ont été pris en compte : l’âge, le taux de plaquette et l’intensité de la circulation du virus dans la population. Cette comparaison a en effet été réalisée selon différents scénarios épidémiologiques : on parle alors d’incidence élevée, moyenne et faible. L’une des premières conclusions que l’on peut tirer de ce rapport est que plus le virus circule (incidence élevée, soit 886 par 100.000 habitants), plus les bénéfices dépassent les risques, pour tous les groupes d’âge. Mais quels sont donc ces bénéfices ?

Nombre d’hospitalisations évitées

La colonne de gauche représente le nombre d’hospitalisations évitées, celle de droite, le risque de caillots sanguins encouru, variable selon la catégorie d’âge. En partant du principe que 100.000 personnes ont reçu leur première dose, voici les résultats :

Lorsque le virus circule activement (incidence élevée), on remarque que pour la tranche des 20-29 ans, le nombre d’hospitalisations évitées grâce à la vaccination est de 64 pour une occurrence de 1,9 cas de thrombose. Pour les plus de 80 ans, 1.239 hospitalisations seront évitées pour une probabilité de 0.4 cas de thrombose. Plus on monte en âge, plus l’écart se creuse entre bénéfices et risques.

Néanmoins, lorsque le virus circule peu (incidence faible, soit 55 par 100.000 habitants), la balance entre les risques et les bénéfices devient moins flagrante. Ainsi, pour les jeunes de 20-29 ans, on éviterait 4 hospitalisations, pour une probabilité de 1,9 cas de caillots sanguins.

Comparaison entre les risques de caillots (à droite) et le nombre d'hospitalisations évitées (à gauche) avec le vaccin AstraZeneca par tranche d'âge, à incidence virale élevée.
Comparaison entre les risques de caillots (à droite) et le nombre d’hospitalisations évitées (à gauche) avec le vaccin AstraZeneca par tranche d’âge, à incidence virale élevée.© EMA

Nombre d’admissions en soins intensifs évitées

Même constat du côté des soins intensifs : le nombre d’admissions évitées est plus élevé que le nombre de cas de thrombose. Ainsi, en cas d’incidence élevée du virus, on constate chez les jeunes de 20-29 ans une probabilité d’éviter 6 admissions en soins intensifs pour une occurrence de 1,9 cas de thrombose. Et chez les plus de 80 ans, on pourrait éviter 110 admissions en soins intensifs, contre une probabilité de 0,4 cas de caillots sanguins.

Petite particularité ici : en cas de circulation faible du virus, la balance entre risques et bénéfices s’inverse pour les tranches d’âge plus jeunes. Pour les 20-29 et 30-39 ans, le vaccin ne permettrait d’éviter aucune admission aux soins intensifs, alors que la probabilité de développer une thrombose est toujours de 1,9 et 1,8. Pour les 40-49 et 50-59 ans, les bénéfices sont de 1 admission évitée pour des risques de 2,1 et 1,1 cas de caillots sanguins.

Comparaison entre les risques de caillots sanguins et le nombre d'admissions aux soins intensifs avec le vaccin AstraZeneca par tranche d'âge, en cas de faible circulation du virus.
Comparaison entre les risques de caillots sanguins et le nombre d’admissions aux soins intensifs avec le vaccin AstraZeneca par tranche d’âge, en cas de faible circulation du virus.© EMA

Nombre de décès évités

Pour les décès, l’étude pointe un rapport risque-bénéfice défavorable pour les 20-29 ans, même lorsque le virus circule plus fortement. Dans ce cas-ci, on a une survenance de 1,9 cas de thrombose pour 0 décès évité. En revanche, pour la tranche des plus de 80 ans, le nombre de décès évité s’élève à 733 pour une probabilité de 0,4 cas de thrombose.

Comparaison entre les risques de caillots sanguins et le nombre de décès avec le vaccin AstraZeneca par tranche d'âge, à incidence virale élevée.
Comparaison entre les risques de caillots sanguins et le nombre de décès avec le vaccin AstraZeneca par tranche d’âge, à incidence virale élevée.© EMA

Des bénéfices qui augmentent avec l’âge

Même si les probabilités jouent parfois en défaveur des populations plus jeunes, l’EMA insiste : « Les bénéfices de Vaxzevria l’emportent sur les risques chez les adultes de tous les groupes d’âge. On le voit, ce vaccin est efficace pour prévenir les hospitalisations, les admissions aux unités de soins intensifs et les décès dus au covid. » D’autant que les faits montrent que la thrombose reste un effet secondaire très rare. « Les effets secondaires les plus courants sont généralement légers ou modérés et s’améliorent en quelques jours », conclut l’agence.

Pour l’EMA, pas de doute : « les bénéfices de la vaccination augmentent avec l’âge », a déclaré l’agence dans un communiqué. Cela justifie donc la décision des autorités de réserver le vaccin AstraZeneca aux tranches d’âge plus âgées.

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