Alors que beaucoup d'entre nous relâchaient leur vigilance, la Belgique se retrouve frappée de plein fouet par ce qui ressemble à une seconde vague de Covid-19.
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Alors que beaucoup d'entre nous relâchaient leur vigilance, la Belgique se retrouve frappée de plein fouet par ce qui ressemble à une seconde vague de Covid-19.De l'échelon fédéral à la plus petite commune, on resserre la vis et on répète sans cesse la nécessité de se plier aux règles de distanciation sociale en général, et au port du masque en particulier. Celui-ci est dorénavant imposé beaucoup plus strictement dans les magasins, les salles de sport et l'Horeca. Depuis fin juillet, certaines villes l'ont rendu obligatoire dans les grandes artères commerçantes, les piétonniers ou sur les marchés. Avec, à la clé, des amendes plus salées et plus systématiques.Ce durcissement des précautions est évidemment nécessaire pour limiter le nombre de victimes du virus. Mais pour énormément de nos concitoyens, le port prolongé du masque est plus qu'une contrainte : dans beaucoup de pharmacies, on constate en effet une hausse très importante de clients souffrant de problèmes dermatologiques, d'autant plus depuis que les températures sont à la hausse. La tendance est trop récente pour que les associations professionnelles puissent la confirmer, mais elle fait sens, selon l'Association pharmaceutique belge, qui représente la profession à l'échelle nationale : "Le phénomène est trop récent pour que nous ayons des chiffres à son sujet, mais cela reste très probable, il est logique que la situation cause des problèmes de peau chez certaines personnes."La plupart du temps, rien de bien grave : quelques irritations, des boutons, voire un peu d'eczéma. Mais dans certains cas, cela se complique avec le développement de mycoses, voire d'une véritable infection. Une mésaventure dont Geralt, un Bruxellois de 28 ans, se serait bien passée : "J'ai remarqué un gonflement suspect à la jonction du lobe de l'oreille et de la gorge, juste là où passe l'élastique de la plupart des masques. Un premier médecin a trouvé ça bénin et m'avait conseillé une simple pommade. Mais trois jours plus tard, c'était devenu un très gros abcès, très douloureux, à n'en plus savoir dormir. Un second médecin m'a directement envoyé aux urgences, où on m'a prescrit un scanner et un examen complet du sang avant de me prescrire une dose massive d'antibiotiques, en transfusion et par voie orale." Les soignants soupçonnaient un staphylocoque sur le point de se répandre dans le système sanguin mais, heureusement, il s'agissait d'une "simple" bactérie présente naturellement sur la peau, mais qui peut devenir maligne si elle trouve une lésion où faire son nid. Difficile de ne pas y voir un lien avec les masques."Le port prolongé d'un masque conduit à une plus grande concentration de CO2 autour de la bouche et du nez, et donc à une chaleur plus élevée et un taux d'humidité en hausse", confirme le professeur Arjen Nikkels, en charge du service de dermatologie au Centre hospitalier universitaire de Liège. "Cela provoque un changement dans l'écosystème, et le microbiote, l'ensemble des micro-organismes présents naturellement sur notre peau, devient plus abondant, ce qui peut induire des irritations. On peut voir apparaître des milia, des petits boutons causés par l'inflammation de glandes sudoripares. Et des personnes souffrant déjà de dermatite ou d'eczéma peuvent voir leurs problèmes s'aggraver, de même pour les lésions de type acné chez les plus jeunes, mais ça reste plus rare."Si mariner dans sa propre haleine pendant des heures peut entraîner des désagréments, certains masques peuvent eux-mêmes blesser leur porteur, poursuit le dermatologue : "La partie métallique des modèles chirurgicaux, s'ils sont mal dépliés, peut causer des blessures sous les yeux, et les élastiques peuvent provoquer des lésions autour des oreilles, mais il s'agit là de phénomènes purement mécaniques. Les cas de véritable allergie aux composants des masques chirurgicaux restent extrêmement rares. De même, il faut rappeler que manquer d'oxygène à cause du port du masque est un mythe. Des études ont prouvé qu'on respire sans la moindre difficulté, sauf peut-être lors d'un exercice sportif intensif. Le taux d'oxygène dans le sang ne diminue pas." "Il ne faut pas négliger la question de l'hygiène, complète le professeur Nikkels. Les fameux masques N95 sont censés être jetés après usage, mais en consultation, je vois parfois des patients qui en portent un qui n'a plus ses couleurs d'origine, ce n'est pas très frais ! Quant aux masques en tissu, il vaut mieux en changer au moins deux fois par jour et ne pas négliger leur hygiène. Les lavages à 30 ou 40° C permettent d'éliminer la crasse, mais n'ont aucun effet contre les micro-organismes. Il faut au moins monter à 60° C pour éliminer les bactéries et les virus, et plus chaud encore ne fera pas de mal."Pas de remède miracle, donc : si vous souffrez de problèmes de peau récurrents, il vous est juste possible de limiter les risques en choisissant des masques qui vous conviennent et en les utilisant au mieux. Beaucoup, dont Geralt, ont vite opté pour des modèles se nouant derrière la tête, afin d'au moins limiter les douloureux frottements. Pourtant, certains proposent déjà la panacée aux personnes à la peau sensible ou, plutôt, sont prêts à leur vendre le remède miracle. Les officines ont vu les grandes marques de produits cosmétiques et pharmaceutiques sauter sur la pandémie pour vanter les bienfaits de leurs soins pour la peau. "Les frottements et frictions constants du masque buccal affectent la barrière cutanée, entraînant une sécheresse de la peau, parfois des ecchymoses et des abrasions [...] Quelles que soient vos activités, voici nos meilleurs conseils pour garder votre peau en bonne santé et éviter les infections tout en portant un masque buccal", peut-on lire sur le site du laboratoire La Roche-Posay, suivi d'une liste de conseils faisant la part belle aux crèmes hydratantes de la marque. D'autres suivent la tendance, comme la firme belge Pannoc : "Des problèmes de peau à cause du masque ? Pannoc à la rescousse !" titre-t-elle pour vanter ses gels nettoyants. Une stratégie marketing qui fait sourire le professeur Nikkels : "Le malheur des uns fait le bonheur des autres..." Mais c'est aussi un signe de plus que, tous, nous prenons l'habitude de vivre avec le virus et adaptons nos besoins et notre consommation.Par Matthias Bertrand