Les experts avaient pourtant prévenu: il n'y a pas de stratégie de dépistage mais plutôt un dépistage tous azimuts, sans stratégie. "On teste trop et on ne teste pas efficacement", résume Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l'ULB. Une alerte, comme d'autres, restée sans réponse.
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Les experts avaient pourtant prévenu: il n'y a pas de stratégie de dépistage mais plutôt un dépistage tous azimuts, sans stratégie. "On teste trop et on ne teste pas efficacement", résume Yves Coppieters, épidémiologiste et professeur de santé publique à l'ULB. Une alerte, comme d'autres, restée sans réponse. Résultat, donc, aujourd'hui: il y a trop de demandes, de gens testés pour du beurre. En chiffres, ce sont plus de 53.000 tests par jour. Conséquence: on tourne à plein régime et les centres de dépistage et les laboratoires n'arrivent plus à suivre. A Liège, par exemple, la plupart des centres ne sont plus en activité, le temps pour eux de rattraper le retard. A Nivelles et à Tubize, plus moyen de prendre rendez-vous jusqu'au 31 octobre, en raison d'un manque de réactif nécessaire aux tests. Il y a également ceux de la première ligne, les généralistes, eux aussi débordés par une paperasserie engendrée par la pandémie. Ils n'en peuvent plus de répondre au téléphone, de délivrer des certificats de quarantaine scolaire, etc., les empêchant d'exercer leur métier, c'est-à-dire soigner les malades. Ensuite, il y a trop, beaucoup trop de temps entre le test et son résultat. A la mi-octobre, moins d'une personne sur deux reçoit son résultat dans les 24 heures. Les retards ne cessent d'ailleurs d'augmenter. Des témoignages rapportent des délais de trois, quatre, jusqu'à cinq jours. C'est alors tout le triptyque "tester, tracer, isoler" qui est sérieusement mis à mal. Impossible de très vite cibler et de s'attaquer à des foyers épidémiques, ni d'adopter des mesures ciblées. Impossible aussi de casser les chaînes de transmission, puisqu'il faudrait isoler rapidement les personnes infectées et leurs contacts. Bref, la situation n'est pas vraiment sous contrôle, alors que les hôpitaux viennent de reporter des opérations programmées pour libérer un maximum de lits et que les équipes soignantes se préparent à affronter des semaines très compliquées. Il faut donc tester mieux. D'où la question: qui faut-il tester? Réunis le 19 octobre, les ministres de la Santé ont tranché. Jusqu'ici, on testait autant les symptomatiques que les asymptomatiques. Leur proportion, selon le professeur Herman Goossens, microbiologiste à l'UZ Anvers, serait identique. Désormais, et jusqu'au 15 novembre, seuls les cas symptomatiques, ceux qui éternuent, toussent, perdent le goût et l'odorat, et les publics considérés comme prioritaires, comme le personnel soignant et les plus de 65 ans, sont testés. Les asymptomatiques, eux, n'ont plus accès au test mais devront respecter une quarantaine de dix jours. Il s'agit de ceux qui ont été en contact étroit avec une personne positive et ceux revenant d'une zone rouge. "Lorsqu'il y a un cas positif dans une famille, il ne faut pas tester toute la cellule mais l'isoler directement, préconise Inge Neven, directrice du service d'hygiène de la Région bruxelloise. Ce serait plus efficace et permettrait un désengorgement du système de dépistage." Cependant, ces porteurs, asymptomatiques ou faiblement symptomatiques mais qui restent contagieux, ne passeront-ils pas totalement sous les radars? Resteront-ils chez eux, en quarantaine? C'est un risque que les autorités sanitaires n'ignorent pas.D'où aussi cette deuxième question: peut-on encore se contenter uniquement des tests PCR, les seuls autorisés, pour l'instant, en Belgique? Ces derniers se font à l'aide d'un écouvillon (une sorte de long coton-tige) inséré dans la cavité nasale, puis doivent être analysés en laboratoire spécialisé. Les tests PCR permettent de déterminer si un malade est infecté au moment où ils sont effectués. Ils sont précis et fiables. Le hic: en plus d'être coûteuse (entre 40 et 50 euros), l'analyse repose sur de nombreuses manipulations humaines, dans des labos actuellement saturés, et le résultat n'est obtenu qu'après quelques heures - dans une situation idéale. L'idée serait de miser sur des tests alternatifs. Il en existe de deux types: le test salivaire et le test antigène. Le premier permettrait de soulager le système de dépistage, puisqu'il suffit de cracher de la salive dans un petit pot, qui est ensuite envoyé dans un labo. L'échantillon est analysé par un test PCR. Certes, il est moins sensible que le test nasopharyngé, mais lorsqu'il est positif, il est positif. Ce qui permet de réaliser un premier tri. La Wallonie, en tout cas, a décidé d'avancer, sans attendre, avec l'aide de l'ULiège. Le second, également moins sensible qu'un PCR, a l'avantage de fournir un résultat en un quart d'heure. Rapide, il serait utilisé pour tester une classe ou une maison de repos, par exemple. Mais il nécessite lui aussi une chaîne de dépistage, des labos et du personnel, puisqu'il faut vérifier tous les cas positifs. Or, le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (SP.A), estime que la décision n'est "pas du tout évidente". "Il faut d'abord être sûr de la validité de ces tests. Ensuite se pose la question de "Où va-t-on les utiliser?" et "Comment lier leurs résultats à notre système informatique?" Il y a un enchaînement de décisions complexes, et cela va demander des semaines", est-il venu expliquer sur les plateaux de télévision. Des interlocuteurs interrogés se dégagent cependant une impression de recul, de flash-back quand, en mars, on répétait aux Belges que le dépistage ne serait pas automatique mais "priorisé", c'est-à-dire réservé aux cas graves et aux soignants exposés. Comme émane un sentiment d'impréparation, qui s'illustre, aujourd'hui, par l'engorgement des centres et des labos de dépistage. L'exécutif fédéral assure qu'il s'agit d'une situation temporaire. Il s'est engagé, pour le 15 novembre au plus tôt, à mettre en place ce qu'il n'a pas fait durant l'été. Ainsi, huit labos de testing supplémentaires seront bientôt ouverts. Les centres devraient voir leur personnel renforcé par des sages-femmes, des logopèdes, des étudiants en médecine... formés pour pratiquer des prélèvements. Une plateforme de rendez-vous en ligne devrait être déployée pour réduire les longues files d'attente devant les centres. L'objectif vise à réaliser 100.000 tests d'ici à la fin de l'année. L'échéance ne risque-t-elle pas, encore, d'arriver très, trop vite? Les machines commandées par le fédéral pour booster la capacité de testing (jusqu'à 100.000 tests quotidiens) ne sont pas encore toutes arrivées, comme l'explique Le Soir dans son édition du 19 octobre. Certaines n'arriveront pas avant le mois de janvier.