Lors d'une opération exceptionnelle, Levif.be répond à vos interrogations sur le Covid. Aujourd'hui nous répondons à une question sur la dépression :
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Nous sommes tous touchés, de près ou de loin, par la crise du coronavirus qui bouleverse nos vies depuis plusieurs mois. L'arrivée de l'automne et la perspective de passer les fêtes de fin d'année loin de nos proches n'aident pas. Psychologiquement, la première vague n'a pas été simple à gérer, mais il est indéniable que la deuxième vague est encore plus compliquée pour beaucoup de personnes. En effet, la première vague s'est déroulée au printemps sous un soleil presque radieux avec l'espoir que la crise soit brève. Nous sommes aujourd'hui au coeur de l'automne, moment de l'année propice aux baisses de moral, avec pour seule perspective l'espoir de l'arrivée d'un vaccin qui ne montrera pas son efficacité avant fin 2021. Notre Premier ministre, Alexander De Croo a lui-même évoqué un marathon dans lequel nous aurions parcouru les 5 premiers kilomètres... Il y a franchement de quoi perdre sa candeur. Au-delà des personnes directement touchées par le virus, il y a celles qui vivent très mal le confinement, l'isolement social et toutes les conséquences liées à la crise. "Le gouvernement ne se préoccupe pas suffisamment de la santé mentale de la population durant cette crise", dénonce le psychologue de l'UCLouvain, Olivier Luminet, qui critique également les annonces du gouvernement qui ne sont pas suivies d'actions concrètes. "Pourtant, s'occuper de la santé mentale des gens est indispensable à la relance économique", dit-il. "Soigner les gens, cela permet de les remettre au travail". Les mesures de confinement et la limitation des contacts que nous vivons depuis des mois peuvent accentuer certains symptômes dépressifs, mais également en créer. Deux éléments préfigurent à la dépression, nous indiquent les spécialistes : la perte de plaisir et le ralentissement moteur. "Le fait d'isoler les gens renforce ou crée des problèmes", nous explique Anne-Marie Étienne, psychologue de l'ULiège. "L'inactivité est également une caractéristique de la dépression, mais elle en est aussi un symptôme". Le fait de ne pas suffisamment bouger, comme cela peut être le cas en ce moment, peut nous mener vers un "état dépressif", mais le fait d'être déprimé nous empêche également de bouger. C'est un cercle vicieux.Si vous vous sentez déprimé, les psychologues conseillent avant tout de reprendre une activité physique. "C'est le plus important", nous disent-ils. "Même marcher dix minutes dans la rue ou faire des exercices en ligne dans son appartement", nous dit Anne-Marie Étienne. "C'est un très bon antidépresseur". Il faut également absolument garder des contacts sociaux, que soit par visioconférence, par téléphone, par message ou même par voie postale. "Soyez créatifs", préconisent les spécialistes. Ensuite, il s'agit de diminuer vos incertitudes, vos inquiétudes et votre anxiété. Pour cela, vous pouvez faire appel à un psychologue de "première ligne". Avec le praticien, vous pourrez faire un état des lieux de votre état psychologique en quatre séances pratiquement intégralement remboursées. Il décidera ensuite si votre cas nécessite une prise en charge supplémentaire, mais "souvent vous aurez déjà pu mettre en place des outils qui auront suffi à régler vos problèmes", explique Anne-Marie Étienne. "Soyez également attentifs à certains symptômes que l'on pourrait attribuer à un dysfonctionnement neurologique, mais qui sont souvent psychologiques", recommande Olivier Luminet. Il évoque plus particulièrement les pertes de mémoire et les troubles de l'attention. "Ce n'est pas uniquement forcément à cause de la fatigue, prévient le psychologue". Il insiste pour que ces symptômes de fatigue ne soient pas négligés. "Cela ne va pas forcément se résoudre en dormant, dit-il, comme beaucoup pourraient le penser, mais c'est parfois le signe d'un problème psychologique plus profond. Surtout chez des personnes jeunes, des troubles cognitifs sont souvent liés à une surcharge psychologique plutôt qu'à un problème neurologique". Ce qui doit vous alerter : "une accumulation d'oublis, n'est pas inquiétante pour le fonctionnement de votre mémoire, c'est plutôt le signe d'une fatigue psychologique et d'un besoin de ressourcement psychologique". Cela se récupère complètement, rassure Olivier Luminet, lorsque l'on va mieux psychologiquement évidemment. La crise du coronavirus a également accentué des problèmes déjà existants chez certaines personnes. Parmi elles, certaines ont commis l'irréparable en recourant au suicide pour mettre fin à une souffrance devenue intolérable. "Pour faire face à cette première vague de Covid, les citoyens ont mobilisé des ressources qu'ils n'aient pas encore eu le temps ou la possibilité de renouveler", alerte le Centre de Prévention Suicide dans un communiqué de presse. "Ils affrontent donc cette deuxième vague avec des ressources entamées, ce qui les fragilise et leur donne moins d'énergie pour affronter les défis de cette crise sanitaire qui perdure".La deuxième vague risque bien d'être la goutte qui fait déborder le vase pour une catégorie de personnes déjà fragiles sur le plan psychologique, craignent les professionnels. "Le deuxième confinement précipite les problèmes de santé mentale", nous confirme Anne-Marie Étienne.Si vous avez des pensées suicidaires, les psychologues conseillent en premier lieu de faire appel à une ligne d'écoute spécialisée : "S'il n'y a pas de solution miracle, il existe toujours la possibilité de trouver une issue favorable et c'est en étant accompagné que la personne peut la trouver, explique le Centre de Prévention Suicide. (...) Nous pensons qu'une personne significative telle qu'un écoutant bénévole ou un psychologue peut aider à faire renaître l'espoir et à l'entretenir le temps que la personne puisse se réapproprier cette capacité et ainsi traverser constructivement la crise", affirme le Centre de Prévention Suicide. Il est également bon de rappeler que la prévention du suicide peut être exercée par tous. Elle est aussi responsabilité sociale et solidaire. "La collectivité a donc un rôle extrêmement important à jouer: elle peut être attentive aux signes de détresse exprimés par les personnes qui sont en crise et prendre contact avec ceux qui sont isolés ou qui ne donnent plus de nouvelles. Elle peut aussi écouter la détresse sans la juger et relayer vers les ressources appropriées" préconise le Centre. Certaines personnes infectées par le virus s'en sont sortie après des semaines passées dans un service de soins intensifs. Pour ces personnes-là, plongées des jours ou des semaines dans le coma, les conséquences peuvent être nombreuses.Au-delà des signes physiques facilement diagnostiqués, des problèmes cognitifs peuvent aussi survenir chez 20 à 40% des patients: pertes de mémoire, difficultés à s'exprimer et troubles de l'attention peuvent persister plusieurs années, selon le Centre fédéral d'expertise des soins de santé (KCE).D'autres symptômes psychologiques ne sont pas non plus à négliger, tels que de l'anxiété, de la dépression, chez 20 à 35% des patients. "C'est le cas chez la plupart des personnes passées par les soins intensifs et pas seulement les malades du Covid", nous explique Anne-Marie Étienne qui a longtemps travaillé auprès de personnes cardiaques passées par les soins intensifs. On parle de "syndrome post-soins intensifs", souligne le KCE. L'augmentation du nombre de patients en soins intensifs à la suite de l'épidémie de nouveau coronavirus risque à son tour d'entraîner une hausse de ces syndromes. "Pour ces personnes, il s'agit d'entamer un travail de revalidation avec un neuropsychologue qui pourra différencier les symptômes psychologiques et cognitifs qui doivent être traités différemment". C'est donc un travail de longue haleine qui doit voir lieu pour ces personnes "mais on récupère très bien lorsque l'on est bien suivi", nous assure la psychologue. "Plus vous prenez un symptôme tôt, plus vous vous en occuper de manière multifocale, plus la probabilité de bien récupérer sa qualité de vie est élevée", conclut Anne-Marie Étienne sur une note d'espoir pour toutes les personnes atteintes de troubles psychologiques et cognitifs.