On en apprend un peu plus tous les jours sur le coronavirus, ses symptômes et ses conséquences. S'il était qualifié au début de "mystérieuse maladie respiratoire", de "pneumonie", on sait aujourd'hui que les séquelles sur les patients vont bien au-delà des poumons. AVC, délire, anxiété, confusion, problèmes de mémoire, difficulté à se concentrer, fatigue... le cerveau et le système nerveux sont également touchés de plein fouet par la maladie. Des symptômes qui peuvent également perdurer dans le temps.
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On en apprend un peu plus tous les jours sur le coronavirus, ses symptômes et ses conséquences. S'il était qualifié au début de "mystérieuse maladie respiratoire", de "pneumonie", on sait aujourd'hui que les séquelles sur les patients vont bien au-delà des poumons. AVC, délire, anxiété, confusion, problèmes de mémoire, difficulté à se concentrer, fatigue... le cerveau et le système nerveux sont également touchés de plein fouet par la maladie. Des symptômes qui peuvent également perdurer dans le temps. Aujourd'hui, plus de 300 études menées dans le monde ont révélé une prévalence d'anomalies neurologiques chez les patients atteints de Covid-19, allant de symptômes légers comme des maux de tête, une perte d'odorat et des sensations de picotement, à des résultats plus graves comme l'aphasie (incapacité de parler), des accidents vasculaires cérébraux et des crises d'épilepsie. Cela s'ajoute aux récentes découvertes selon lesquelles le virus peut également causer des dommages aux reins, au foie, au coeur et à presque tous les systèmes d'organes du corps.Les estimations de la prévalence exacte varient, mais il semble qu'environ 50% des patients diagnostiqués avec le Sars-CoV-2 - le virus responsable de la maladie Covid-19 - ont eu des problèmes neurologiques. L'étendue et la gravité de ces problèmes neurologiques ont été largement passées sous silence. La plupart des gens, y compris les médecins, ne reconnaissent pas les anomalies neurologiques pour ce qu'elles sont lorsqu'elles apparaissent - une personne en crise peut simplement avoir l'air étourdi, sans aucun tremblement ou secousse. D'autant qu'un environnement de soins intensifs peut exacerber et induire un délire, ce qui limite notre capacité à relier tout symptôme au virus. De plus, tout le monde n'a pas été testé, donc des personnes qui présentent des symptômes neurologiques, nous ne saurons peut-être jamais si cela est lié au coronavirus. Un symptôme neurologique courant, remarqué notamment par des médecins aux États-Unis et en France : la confusion. Certains patients nagent en plein délire, au point de ne pas savoir où ils sont ni en quelle année on est. Cette perte de repères est parfois liée au manque d'oxygène dans le sang, mais chez certains malades le niveau de confusion semble être hors de proportion par rapport au niveau d'affection de leurs poumons.À quel point, et pour quelle durée, le coronavirus impacte-t-il le cerveau et le système nerveux ? Des études commencent à se pencher sur ce phénomène. Dans la revue de l'Association de médecine américaine (Jama), des médecins ont rapporté que 36% de 214 patients chinois avaient des symptômes neurologiques, allant de la perte d'odorat à des douleurs nerveuses, et jusqu'à des crises convulsives et des accidents vasculaires cérébraux (AVC).Dans le New England Journal of Medicine, la revue médicale américaine la plus cotée, des médecins français à Strasbourg ont décrit que plus de la moitié de 58 patients en réanimation étaient confus ou agités. Des scanners des cerveaux ont révélé de possibles inflammations. "Tout le monde dit que c'est un problème de respiration, mais cela affecte aussi quelque chose qui nous est très précieux, le cerveau", explique S. Andrew Josephson, chef du département de neurologie à l'université de Californie San Francisco. "Si vous vous sentez confus, si vous avez des problèmes pour réfléchir, ce sont de bonnes raisons de consulter un médecin", ajoute-t-il. "La vieille idée selon laquelle il ne faut venir que si on est à bout de souffle n'est sans doute plus valable."Les virologues ne sont pas totalement surpris que le SARS-CoV-2 puisse affecter le cerveau et le système nerveux, car ce lien a été observé avec d'autres virus, notamment le virus du sida, le VIH.Les virus peuvent affecter le cerveau de deux façons principales, explique Michel Toledano, neurologue à la Mayo Clinic dans le Minnesota. La première par le déclenchement d'une réponse immunitaire anormale appelé "orage de cytokine", qui provoque une inflammation du cerveau: cela s'appelle une encéphalite auto-immune. La seconde par une infection directe du cerveau: cela s'appelle une encéphalite virale. Le cerveau est protégé par ce qu'on appelle la barrière hématoencéphalique: son rôle est de bloquer les substances et empêcher les microbes et autres agents toxiques d'infecter le cerveau., mais elle peut être percée. Si le Sars-CoV-2 peut traverser cette barrière, cela suggère que non seulement le virus peut pénétrer au coeur du système nerveux central, mais aussi qu'il peut y rester, avec la possibilité d'y revenir des années plus tard.Certains émettent l'hypothèse que le nez pourrait être la voie d'accès au cerveau, puisque la perte d'odorat est commune à de nombreux malades du Covid-19. Mais ce n'est pas vérifié pour l'instant, et beaucoup de patients perdant l'odorat n'ont pas de problèmes neurologiques sérieux. La piste principale est en fait celle de la réponse immunitaire en surchauffe. Cela pourrait également être causé par "l'hypoxie heureuse", un manque d'oxygène dans le cerveau dont souffrent de nombreux patients. Les personnes qui survivent au coronavirus sont nombreuses à consulter par la suite des neurologues. "Nous voyons beaucoup de patients dans des états de confusion", explique Rohan Arora, neurologue à l'hôpital Long Island Jewish Forest Hills. Il affirme que 40% des rescapés du coronavirus sont concernés. On ignore si ces troubles sont durables. Le passage en réanimation est, en soi, créateur de confusion, en particulier à cause des médicaments. Mais le neurologue constate que le retour à la normale, pour les patients Covid, semble prendre plus longtemps que pour ceux qui ont survécu à une crise cardiaque ou un AVC.