Comment la société actuelle pousse-t-elle des parents au burn-out ?

La société a évolué sur plusieurs plans dans un temps assez court. Premièrement, la place de la femme a beaucoup évolué. Avant, la femme dépendait de son père, ensuite, de son mari et n'était jamais vraiment indépendante. Aujourd'hui, la femme a le droit d'avoir une vie de femme, une vie d'amante, de mère, mais aussi une vie professionnelle. Et elle doit profiter de ces vies multiples.
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La société a évolué sur plusieurs plans dans un temps assez court. Premièrement, la place de la femme a beaucoup évolué. Avant, la femme dépendait de son père, ensuite, de son mari et n'était jamais vraiment indépendante. Aujourd'hui, la femme a le droit d'avoir une vie de femme, une vie d'amante, de mère, mais aussi une vie professionnelle. Et elle doit profiter de ces vies multiples. Dans le même temps, le rôle des pères a changé. Ils ont perdu leur statut de patriarches. La société leur demande aujourd'hui à la fois d'être viriles et d'écouter leur sensibilité, "normalement" vue comme une part "féminine". Le problème, c'est qu'ils n'ont pas de modèle auquel se raccrocher, ils doivent tout inventer. En quelques décennies on leur demande de devenir des "papas poules" présents au quotidien plutôt que des pères, simples géniteurs. Ce nouveau rôle ne s'apprend pas du jour au lendemain. Le rôle de l'enfant a également évolué. Il est maintenant désiré et prend une place à part entière dans la famille. Les parents se surinvestissent pour lui. Ils tendent vers la perfection. Leur enfant devient alors "le coeur de leur vie". Cela n'a rien à voir avec l'amour, mais si une mère ou un père accepte d'avoir plusieurs vies, il ne peut pas dire que "son enfant est toute sa vie". En plus de cela, l'enfant doit réussir à l'école, être épanoui, bien dans ses baskets... Du bonheur de l'enfant dépend alors, en grande partie, le bonheur des parents. Toutes ces ambivalences mènent au burn-out. Dans ce contexte, l'enfant perd aussi une partie de son individualité et de sa responsabilité. D'ici quelque temps, on va voir apparaître énormément de burn-out infantiles, notamment à cause du système scolaire qui ne laisse pas beaucoup de place à l'erreur. De façon générale, les mères en burn-out sont souvent très perfectionnistes. Elles vont aller jusqu'au bout. Constamment en mode 'guerrière', ces mamans ne vont vraiment rien lâcher, jusqu'à l'épuisement complet. Elles vont être affectées par la surcharge mentale qu'elles s'imposent, jusqu'au moment où elles vont craquer. Lors de 'l'évènement de trop', elles vont prendre conscience qu'il y a un véritable problème. L'image négative qu'elles se renvoient va les rendre très critiques envers elles-mêmes, certaines vont même jusqu'à penser que ce serait mieux qu'elles ne soient plus là. Elles se dévalorisent complètement. Souvent, leur compagnon va les pousser à consulter, c'est lui qui va donner l'alerte.Le burn-out des pères existe bien, mais il est plus rare, car les hommes ne réagissent pas du tout de la même façon. Souvent, si les mères se surinvestissent, les papas vont, eux, se réfugier ailleurs. Les hommes vont plutôt déserter la sphère familiale. Ces papas n'ont plus l'impression d'être de bons pères, ils ne savent plus comment faire et se retrouvent complètement désemparés, dévalorisés et déçus d'eux-mêmes. Ils essaient de s'investir, mais ils n'y arrivent pas, car ils pensent qu'ils ne sont pas à la hauteur. Ce que leur laissent parfois entendre leurs compagnes. La fuite sera leur mécanisme de défense. Ils vont accepter plus de déplacements professionnels, prendre des rendez-vous tardifs, faire du sport le soir... Bref, trouver des excuses pour ne pas être à la maison, ce qui les angoisse au plus haut point. Certains vont tomber dans l'alcool ou les psychotropes pour diminuer leurs souffrances. Le gros problème c'est que ces pères sont souvent diagnostiqués en burn-out professionnel plutôt qu'en burn-out parental. La réussite dans notre société, encore fortement patriarcale, passe en effet par le travail dans lequel ils vont s'investir à 200%.On a l'habitude de dire que les hommes ne sont pas multitâches au contraire des femmes, ce qui est complètement faux. Le partage des tâches ménagères familiales s'est peut-être progressivement équilibré depuis quelques générations, mais c'est le partage des responsabilités qui est faussé. De par l'éducation encore fortement genrée, les femmes ont toujours la responsabilité de la bonne organisation du foyer. Et tant qu'elles en sont capables, on les laisse faire. Je ne parle pas ici des tâches ménagères, physiques, mais bien de la charge mentale. Je préfère même parler de "surcharge mentale" pour l'organisation au jour le jour de la vie de famille : penser aux activités des enfants, aux réunions d'école, à la planification des stages, à la réservation des vacances, à la préparation des repas du soir,... Les femmes n'ont pas le contrôle sur cette surcharge cognitive et ce flux d'informations continu.L'arrivée des neurosciences a permis une meilleure connaissance des fonctionnements cognitifs et affectifs de l'enfant. On sait maintenant qu'avant 5 ans, l'enfant ne fait pas de caprices, il n'est juste pas équipé pour surmonter une charge émotionnelle qui lui arrive d'un seul coup. Quand on sait cela, on peut réagir autrement, se poser des questions, aider l'enfant à accueillir ses émotions. Seulement, on a oublié de dire à ces parents avides de perfection que cela s'apprend, que ce n'est pas si simple. Quand ils n'y arrivent pas tout de suite, cela leur renvoie une image très négative d'eux-mêmes, ils voient leurs compétences parentales remises en cause. Ce cercle vicieux mène à l'épuisement. Pourtant, on a le droit d'être en colère, c'est sur la façon d'être en colère envers son enfant qu'il est important de travailler. Quoi qu'on en dise, être parent est stressant, mais il est difficile de se dire qu'on doit mettre en place des mécanismes de défense adaptatifs contre cet enfant qu'on adore tant.La pression des réseaux sociaux où tout paraît parfait est énorme alors que ces images sont faussées. Une famille, c'est une vie en communauté, et on ne connaît pas de communauté où tout est lisse et se déroule à la perfection comme sur Instagram.La société actuelle dicte également de nombreuses obligations difficiles à tenir : manger 5 fruits et légumes par jour, éviter les pesticides, l'alimentation industrielle, faire du sport... Ce cumul est impossible à tenir. Les parents doivent accepter de ne pas être parfaits pour éviter de craquer. Tout ce contexte mène les parents au burn-out. Eh oui, quand on est fatigués après une dure journée de boulot, on peut se permettre certains soirs de manger une pizza décongelée, ce n'est pas un drame. Et même si l'enfant a déjà mangé à la cantine le midi, comme culpabilisent certains parents que je vois en consultation... On ne peut pas être bienveillant envers les autres si on ne commence pas par soi-même. Certains parents trouvent cela très égoïste, mais c'est pourtant une vraie nécessité. Tous les parents ont le droit de prendre soin d'eux, surtout quand leur bonheur est lié à celui de leur enfant.Des parents se demandent comment faire pour libérer du temps, et de surcroît, au détriment de leurs enfants. Cela montre à quel point ils se sont éloignés de "leur autre vie". Prendre soin de soi, ce n'est pas seulement voyager, partir en week-end, s'éloigner... on peut commencer par de petites choses, au quotidien, comme prendre un bain, se détendre, lire un bouquin, regarder un film, écouter une musique qu'on aime. Il faut surtout se permettre de le faire sans culpabiliser, profiter du moment présent et s'en remplir. Souvent, on recherche de grands bonheurs. Mais la vie est surtout faite d'une série de petits bonheurs qu'il faut savourer, des parenthèses auxquelles s'accrocher. De nombreux parents sur le fil du rasoir ont complètement perdu de vue ces petits moments d'émotions et ne voient plus que le côté négatif des choses. Je le répète souvent, le burn-out n'est pas un effet de mode ! Devant le grand nombre de personnes dans cette situation, les mentalités ont évolué. Mais, en France, la reconnaissance est encore taboue, comme c'était le cas pour le burn-out professionnel il y a quelques années. Les parents en burn-out ont perdu confiance en eux, ils ressentent un fort sentiment de culpabilité. Que leur état ne soit pas reconnu à sa juste valeur ne fait qu'aggraver ce phénomène. Quand le burn-out est admis, la démarche est différente, notamment pour l'entourage, cela permet aux parents de déculpabiliser. Je pense qu'en Belgique, les parents en difficultés sont mieux reconnus et disposent de plus d'outils pour être aidés. J'aimerais terminer sur une note positive et leur dire que des solutions existent. Ils peuvent se faire aider. Dans une situation de détresse, il ne faut pas rester seul, pour éviter de basculer dans le burn-out. Il est important de parler de son ressenti, de s'informer des aides possibles. On n'est heureusement pas condamné à vivre cette situation toute sa vie de parent, on peut y remédier. Parents épuisés, Valérie Duband, éditions Eyrolles.