De nombreuses maladies infantiles pourraient réapparaître dans un futur proche, c'est le cas de la rougeole et de la coqueluche. En cause notamment, les parents qui sont de plus en plus méfiants vis-à-vis des effets secondaires des vaccins. Certains refusent désormais de faire vacciner leurs enfants. Il prévaut aussi aujourd'hui une large méconnaissance des risques de ces maladies "oubliées", certaines mortelles surtout pour la population la plus vulnérable.
...

De nombreuses maladies infantiles pourraient réapparaître dans un futur proche, c'est le cas de la rougeole et de la coqueluche. En cause notamment, les parents qui sont de plus en plus méfiants vis-à-vis des effets secondaires des vaccins. Certains refusent désormais de faire vacciner leurs enfants. Il prévaut aussi aujourd'hui une large méconnaissance des risques de ces maladies "oubliées", certaines mortelles surtout pour la population la plus vulnérable. La jeune génération semble elle aussi emportée par cette tendance anti-vaccin : un adolescent sur quatre en Belgique pense que les vaccins sont dangereux pour les bébés. Chez nos voisins français, le phénomène est encore plus marqué: 40% des Français expriment ainsi une méfiance envers ces sérums et 17% doutent de leur efficacité.Dans ce contexte, les médecins tirent la sonnette d'alarme, car la couverture vaccinale devient insuffisante pour certaines maladies. Ne pas vacciner son enfant engage non seulement la responsabilité individuelle des parents, mais également celle vis-à-vis de la collectivité vaccinée ou non, prévient le Dr Oriane Stevart, pédiatre infectiologue à l'Hôpital universitaire des Enfants Reine Fabiola contactée par Belga. Charlotte Martin, co-responsable de la Travel and Vaccine Clinic à l'hôpital St-Pierre de Bruxelles, explique à la RTBF : "Pour une maladie aussi contagieuse que la rougeole, on dit qu'il faut une couverture vaccinale de la population de plus de 95%. Et il faut la deuxième dose pour être parfaitement vacciné, et cette deuxième dose est très souvent oubliée. On est probablement entre 70% et 75% de couverture en Belgique, ce qui n'est pas du tout suffisant." Même son de cloche du côté du virologue Marc Van Ranst de la KuLeuven : "Notre pays est malheureusement à l'heure actuelle dans la partie supérieure du nombre de cas de rougeole". Et les craintes se confirment. Depuis décembre, près de 300 cas de rougeole ont été enregistrés en Belgique. 115 enfants ont dû être emmenés à l'hôpital. Au mois de mars, un pic de 49 nouveaux cas par semaine a été atteint, en particulier dans les provinces du Hainaut et de Liège. Aucun décès n'a toutefois été relevé, selon les chiffres recensés par le Journal Du Médecin. La rougeole n'est pas une maladie anodine. En 1980 - avant la mise en oeuvre d'une politique qui vise à généraliser la vaccination contre cette maladie - 2,6 millions de personnes en mourraient chaque année dans le monde. Entre 2000 et 2015, le nombre de morts est descendu de 79% grâce au vaccin. 134.200 décès ont encore été recensés en 2015. Aux Etats-Unis, même une faible réduction du taux de vaccination contre la rougeole pourrait entraîner un triplement du nombre de cas, mettent en garde des chercheurs. Ainsi, une diminution de seulement 5% du taux de vaccination d'enfants de deux à onze ans contre la rougeole, les oreillons et la rubéole (ROR), triplerait le nombre annuel de cas de rougeole dans cette tranche d'âge, qui compte pour 30% des cas de rougeole constatés chaque année dans le pays, selon une étude récente parue dans le Journal of the American Medical Associations, Pediatrics. Bonne nouvelle quand même, la vaste majorité des Américains (83%) estime que la vaccination est sans risque pour les enfants en bonne santé tandis que 9% la jugent risquée, selon une enquête du Pew Center en 2015. Et ce ne sont pas les tweets racoleurs de leur président Trump contre la vaccination de masse qui semblent leur faire changer d'avis. Face à ce constat alarmant, le gouvernement français a décidé de réagir. Onze nouveaux vaccins seront obligatoires dès début 2018 pour les nourrissons. Jusqu'alors, seuls trois sérums étaient imposés: la diphtérie, le tétanos et la poliomyélite. Huit autres étant vivement recommandés. Ce double système va prendre fin, le vaccin contre la rougeole devenant obligatoire."Notre modèle ne marche pas. Des maladies que l'on croyait éradiquées se développent à nouveau sur notre territoire, des enfants meurent de la rougeole aujourd'hui en France. Dans la patrie de Pasteur, ce n'est pas admissible, a déclaré le Premier ministre français Edouard Philippe. L'an prochain, les vaccins pour la petite enfance qui sont unanimement recommandés par les autorités de santé deviendront obligatoires." L'initiative du gouvernement français a été critiquée avec force par des parents hostiles à la vaccination, et notamment depuis qu'est réapparue cette suspicion vieille de plus de 20 ans qui avance que le vaccin contre la rougeole serait lié à des cas d'autisme, ce qui n'a pas été prouvé jusqu'à ce jour et a même été démenti par plusieurs études. Un rapport de l'Institut américain de médecine en 2014 avait conclu que les vaccins "sont très sûrs sauf dans quelques très rares exceptions". En outre, neuf études des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) effectuées depuis 2003 n'ont constaté "aucun lien entre des vaccins contenant du thimérosal (un antifongique) et l'autisme", rappelle l'AFP. Cette décision d'obligation de vaccination en France coïncide avec un mouvement citoyen anti-vaccin. Regroupées au sein de l'association "Autisme Vaccination", des familles d'enfants autistes - 150 personnes seraient impliquées - s'apprêtent à lancer à la rentrée une action de groupe contre quatre laboratoires pharmaceutiques auprès du Tribunal de Grande instance de Paris, rapporte Le Parisien. Selon l'une des plaignantes, Martine Ferguson-André, son fils est devenu autiste après avoir reçu cinq vaccins à l'âge de 10 mois. Certains vaccins ont aussi été associés dans le passé à un risque accru de développer des maladies graves. On pense à celui contre l'hépatite B, accusé de provoquer une sclérose en plaques. Ici aussi, selon le Dr Béatrice Swennen, spécialiste de la vaccination à l'Ecole de Santé publique à l'ULB interviewée par notre magazine confrère Bodytalk, il s'agit d'une accusation gratuite qui ne repose sur rien : aucune étude n'a pu montrer de lien causal entre ce vaccin et la sclérose en plaques.Une polémique s'est aussi installée ces dernières années à propos des sels d'aluminium, utilisés depuis les années 1920 dans les vaccins comme "adjuvants" pour déclencher une meilleure réponse immunitaire du corps et faire en sorte qu'ils soient plus efficaces.Cette semaine, la ministre française de la Santé Agnès Buzyn s'est fendue d'un communiqué pour assurer que ces adjuvants "ne sont pas nocifs" qualifiant les craintes exprimées par des associations et certains médecins de "désinformation" des réseaux sociaux. "Nous avons sur les adjuvants un recul d'utilisation de 90 ans, plusieurs centaines de millions de doses de vaccins utilisées depuis que les vaccins existent", a affirmé Mme Buzyn.En Belgique, si seule la vaccination contre la poliomyélite est obligatoire pour tous les enfants, pour ceux gardés en collectivité (crèche, gardienne...), l'ONE exige qu'ils soient également vaccinés contre la diphtérie, la coqueluche, l'Haemophilus influenzae de type b, ainsi que la rougeole, la rubéole et les oreillons. À part cela, les parents sont libres de vacciner ou non leur enfant contre les autres maladies prévues dans le schéma vaccinal (méningocoque C, hépatite B, pneumocoque), rappelle le magazine Bodytalk. Dans notre pays, les chiffres de vaccination sont plutôt rassurants. Depuis que le vaccin hexavalent est proposé gratuitement (il protège contre la polio, la diphtérie, le tétanos, la coqueluche, Haemophilus influenzae de type b et l'hépatite B), la couverture vaccinale est passée en Wallonie de 65 % en 2003 à près de 93 % en 2006. À Bruxelles, les chiffres sont passés de 42,1 % en 2000 à 88,4 % en 2006. D'autres parents contre la vaccination obligatoire défendent la "démocratie sanitaire". Ils invoquent la liberté de choix de tout citoyen, des croyances religieuses, des convictions personnelles, ou encore, une "liberté thérapeutique". Ces militants font ainsi référence, en France, à la loi de 2002 relative aux droits des malades qui reconnaît le droit au refus de soin. De plus, ils regrettent l'absence d'études scientifiques indépendantes. Il semblerait toutefois que cette forte défiance envers la vaccination ne soit émise que par une minorité. Car en réalité, 70% des enfants de moins de 2 ans en France reçoivent déjà les onze vaccins recommandés. En Belgique, "le pourcentage de refus de vaccins est en légère hausse au fil des enquêtes, mais il reste faible et est beaucoup moins important que la perception dans le grand public", indiquait l'année dernière la ministre en charge de l'Enfance, Alda Greoli, en réponse à des questions des députées Catherine Moureaux (PS) et Véronique Durenne (MR) en commission du Parlement. "Il est autour de 2% pour les principaux vaccins. Il monte à 4% pour le vaccin contre le méningocoque C, et est de 6% pour le rotavirus (vaccin qui n'est pas gratuit, NDLR)".Et au sein des professionnels de santé ? Une recherche sur plus de mille généralistes en France a révélé une attitude mitigée rapporte Libération. Si neuf médecins sur dix se disent favorables à la vaccination, quelque 10 % s'avouent neutres, réticents, voire défavorables. Plus de huit généralistes sur dix ont déclaré avoir pour habitude de prescrire les vaccins prévus par le calendrier vaccinal, mais environ un quart n'étaient pas d'accord sur le choix de certains sérums. Près d'un quart des médecins interrogés ont émis un avis "défavorable" ou "très défavorable" concernant la présence d'adjuvants. La mouvance anti-vaccin, qui s'est transformée au fil du temps en une véritable "théorie du complot" envers les grands groupes pharmaceutiques accusés de toujours vouloir faire de plus en plus de profits sur le dos des patients n'est pas récente. On remarque actuellement une recrudescence du nombre de fausses informations et de pétitions qui s'échangent sur les réseaux sociaux depuis l'annonce de la ministre de la Santé et du Premier ministre français. Comme l'explique Jocelyn Raude, sociologue et chercheur à l'Ecole des hautes études en santé publique à BFMTV : "Jusqu'en 2009, les vaccins faisaient l'objet d'un consensus social et politique. Mais avec la campagne de vaccination contre la grippe H1N1, qui s'est avérée moins grave que ce qui avait été anticipé, le débat légitime sur les conflits d'intérêts a échappé à la communauté scientifique et a été détourné par la mouvance conspirationniste."Lire aussi: Vaccins : utiles ou futiles ?