Eté 1947. Victor Vasarely (1906- 1997) lézarde au soleil breton après un bain de mer particulièrement tonique. Le sel dessine d'improbables géographies blanches sur sa peau. Paris et son agitation ne sont plus qu'un lointain souvenir. Il goûte au sentiment de plénitude que lui offre cette plage de Belle-Ile-en-Mer vers laquelle ses pieds nus et bronzés le ramènent inlassablement. L'air marin diffuse des effluves de curry, ceux-là même qui signent olfactivement ce littoral parsemé d'hélichryses, petites fleurs jaunes que l'on appelle également " immortelles ". Agité par on ne sait quelle idée, le vacancier quitte sa torpeur pour se promener le long de la grève vaporisée d'embruns. Soudain, sur le sable, un galet attire son attention. Il s'en saisit et s'apprête à le faire ricocher à la surface de l'eau, exactement comme lorsqu'il était enfant. Un étrange scrupule retient ce geste en forme de madeleine de Proust. Approchant la pierre de son oeil, une fulgurance le traverse. Son regard se promène du caillou à la mer, de la vaste étendue salée au bleu du ciel.
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