D'un coup, le Burkina s'est trouvé pendant quelques jours au centre d'une polémique portant sur la fiscalité en Europe. En marge d'une réunion de l'Eurogroupe à Bruxelles, le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, a lancé une de ses piques habituelles contre la Suisse, l'Autriche, le Luxembourg et le Liechtenstein en proposant d'inviter ces pays à Berlin en juin... ainsi qu'à Ouagadougou, capitale du pays ouest-africain, pour une conférence relative à la transparence financière et fiscale.
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D'un coup, le Burkina s'est trouvé pendant quelques jours au centre d'une polémique portant sur la fiscalité en Europe. En marge d'une réunion de l'Eurogroupe à Bruxelles, le ministre allemand des Finances, Peer Steinbrück, a lancé une de ses piques habituelles contre la Suisse, l'Autriche, le Luxembourg et le Liechtenstein en proposant d'inviter ces pays à Berlin en juin... ainsi qu'à Ouagadougou, capitale du pays ouest-africain, pour une conférence relative à la transparence financière et fiscale. La provocation du grand argentier allemand a fait mouche, puisque les réactions d'indignation n'ont pas tardé. Au Luxembourg, les députés ont voté à l'unanimité une résolution condamnant " sans réserves les écarts de langage du ministre Peer Steinbrück ainsi que l'absence de considération dont il a fait preuve à l'endroit du Burkina ", allant jusqu'à exiger des excuses de la part de l'Allemagne. Ironie du sort : le Burkina constitue l'un des pays cibles de la politique luxembourgeoise de coopération. " L'aide au développement du Grand-Duché équivaut à 0,92 % de son PIB. L'Allemagne n'atteint même pas la moitié. Cela concerne aussi le ministre allemand des Finances. Je ne tolère pas cette façon dont on traite les Etats africains ", s'est insurgé le Premier ministre luxembourgeois, Jean-Claude Juncker. Ce dernier affronte depuis plusieurs mois les attaques de l'Allemagne et de la France contre la place financière luxembourgeoise, au point que le quotidien allemand Handelsblatt lui prête l'intention de ne pas achever son troisième mandat, qui court jusqu'en 2010, à la présidence de l'Eurogroupe. Siégeant dans cette instance au titre de ministre luxembourgeois des Finances, poste qu'il cumule avec celui de Premier ministre, Juncker s'est étonné de la montée des spéculations sur son avenir immédiat : " J'ai été très surpris par les soucis et les tendresses qui m'entourent. J'ai des élections nationales le 7 juin et tout dépendra du résultat des élections. " Pour ces élections législatives, qui seront couplées au scrutin européen, les sondages prédisent une victoire du parti chrétien-social dont est issu le Premier ministre, avec une forte probabilité que soit reconduite la coalition actuelle avec les socialistes. Jean-Claude Juncker, crédité par ailleurs d'un très bon score personnel, s'est bien gardé d'indiquer s'il comptait garder son portefeuille des Finances dans le cas où son parti remporterait les élections. Les autres formations politiques avaient espéré déstabiliser l'inamovible Premier en fondant leur campagne sur son éventuelle nomination à la tête de la présidence européenne, poste prévu par le traité de Lisbonne et pour lequel le nom de Juncker est régulièrement cité. Or le référendum en Irlande a contrecarré leur projet. La campagne électorale peinait dès lors à démarrer étant donné que la crise économique, qui n'épargne pas le Grand-Duché, a mis quelque peu sous l'éteignoir les promesses inconsidérées que les formations politiques lancent parfois avant la tenue d'un scrutin. Le ministre allemand Peer Steinbrück y a mis involontairement un peu de piment : une querelle a éclaté au Luxembourg sur le degré de détermination des adversaires politiques à contrer les attaques provenant d'outre-Moselle. Laurent Moyse