Auteur célébré de 23 romans et nouvelles, scénariste, réalisateur, dramaturge, essayiste et journaliste à ses heures, William Boyd conjugue les deux premiers milieux dans son nouveau roman Trio (1), qui met en scène trois personnages, deux femmes et un homme, aux prises dans l'Angleterre des swinging sixties et des lendemains parisiens de Mai 68, avec une vie professionnelle et privée dont le contrôle, à la suite d'une série d'événements imprévus et imprévisibles, leur échappe.
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Auteur célébré de 23 romans et nouvelles, scénariste, réalisateur, dramaturge, essayiste et journaliste à ses heures, William Boyd conjugue les deux premiers milieux dans son nouveau roman Trio (1), qui met en scène trois personnages, deux femmes et un homme, aux prises dans l'Angleterre des swinging sixties et des lendemains parisiens de Mai 68, avec une vie professionnelle et privée dont le contrôle, à la suite d'une série d'événements imprévus et imprévisibles, leur échappe. En vous lisant, on pense aux films des années 1960 que le livre décrit, comme Le Forum en folie ( A Funny Thing Happened on the Way to the Forum) ou Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines ( Those Magnificent Men in their Flying Machines) voire Quoi de neuf, Pussycat? ( What's New Pussycat? ). Non, appelons cela un caper, une farce en anglais, à la fois légère et farfelue: c'est en effet un roman plutôt comique, mais qui se révèle sérieux sous la surface. Je tente d'ailleurs de signaler sa gravité en distillant une citation de Tchekhov et Camus en introduction au roman. Même s'il y a du rire et de la comédie noire absurde, les questions que Trio pose sont fondamentales s'agissant de la condition humaine. A savoir, la vie vaut-elle d'être vécue, et si ce n'est pas le cas, que faites-vous pour y remédier? Mais de nombreuses comédies, lorsque l'on creuse un peu, révèlent un côté plus grave. Tchekhov a dit: "La comédie contient tout, la tragédie seulement la tragédie." Je me considère comme un écrivain comique, ou plutôt un romancier sérieusement comique. Regarder la condition humaine au travers du prisme de la comédie vous permet de faire face et de mieux comprendre les choses, plutôt que de joindre les mains en trouvant tout cela immensément tragique. Cela tient à la fois à mon sens de l'humour et à mon regard sur l'existence. Vos personnages sont souvent perdus dans leur vie ; ils tentent de la contrôler, mais échouent complètement et se retrouvent noyés sous les événements. L'impression d'un tourbillon nous prend. Un mot intéressant et surprenant, car il implique une notion de circularité, alors que le voyage des personnages se produit dans une seule direction. Mais c'est vrai. Si je jette un oeil sur tous mes romans, je m'aperçois que, souvent, je teste mes personnages. Je les plonge dans des situations qui paraissent épouvantables et je les oblige à compter seulement sur eux-mêmes, afin d'observer s'ils peuvent traverser les épreuves que je leur fais subir sans dommages. Je les soumets à des expériences affreuses (rires). Cela fait partie, je crois, de l'approche comique: les choses doivent déraper. L'idée de rédemption semble très importante à vos yeux, en tout cas dans vos romans... Oui, et ce peuvent être des rédemptions très modestes. Mes personnages sont souvent différents à la fin du roman en comparaison du début. Et il est vrai que je leur octroie une rédemption... petite ou grande. En tant que romancier, vous êtes le dieu de votre univers qui peut récompenser le bon et punir le méchant. Mais il faut résister à cette tentation, résister à l'attrait du réconfort, et être brutalement réaliste à propos de l'existence, de la condition humaine et ne pas simplement proposer une fin heureuse lorsque l'envie vous prend. Vous ménagez d'ailleurs très souvent un final ouvert... Dans la vie, il n'y pas de conclusion heureuse et définitive en général. Si vous écrivez des romans réalistes comme je tente de le faire, vous devez tout mettre en oeuvre afin de répliquer cette sorte d'incertitude et d'ambiguïté qui caractérise la vie. Même s'il y a une impression de conclusion et de catharsis, il ne s'agit pas d'un retour à la normale, d'autant que tout n'est pas réglé. J'apprécie ce sentiment de catharsis, de satisfaction de l'accomplissement de l'histoire. Mais je résiste à la tentation de rendre ce final définitif, sans taches ni aspérités.