Le livre évoque notamment Quoi de neuf, Pussycat?, avec Ursula Andress et Peter Sellers. © GETTY IMAGES

Sérieusement comique

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Ecrivain écossais francophile, partageant sa vie entre Londres et la Dordogne, William Boyd se plonge dans le cinéma anglais des années 1960 et fait le portrait en plan rapproché de trois personnages pris dans un étau de problèmes professionnels et intimes et donc en quête de… hauteur.

Auteur célébré de 23 romans et nouvelles, scénariste, réalisateur, dramaturge, essayiste et journaliste à ses heures, William Boyd conjugue les deux premiers milieux dans son nouveau roman Trio (1), qui met en scène trois personnages, deux femmes et un homme, aux prises dans l’Angleterre des swinging sixties et des lendemains parisiens de Mai 68, avec une vie professionnelle et privée dont le contrôle, à la suite d’une série d’événements imprévus et imprévisibles, leur échappe.

En vous lisant, on pense aux films des années 1960 que le livre décrit, comme Le Forum en folie ( A Funny Thing Happened on the Way to the Forum) ou Ces merveilleux fous volants dans leurs drôles de machines ( Those Magnificent Men in their Flying Machines) voire Quoi de neuf, Pussycat? ( What’s New Pussycat? ).

Non, appelons cela un caper, une farce en anglais, à la fois légère et farfelue: c’est en effet un roman plutôt comique, mais qui se révèle sérieux sous la surface. Je tente d’ailleurs de signaler sa gravité en distillant une citation de Tchekhov et Camus en introduction au roman.

Même s’il y a du rire et de la comédie noire absurde, les questions que Trio pose sont fondamentales s’agissant de la condition humaine. A savoir, la vie vaut-elle d’être vécue, et si ce n’est pas le cas, que faites-vous pour y remédier?

Mais de nombreuses comédies, lorsque l’on creuse un peu, révèlent un côté plus grave. Tchekhov a dit: « La comédie contient tout, la tragédie seulement la tragédie. » Je me considère comme un écrivain comique, ou plutôt un romancier sérieusement comique. Regarder la condition humaine au travers du prisme de la comédie vous permet de faire face et de mieux comprendre les choses, plutôt que de joindre les mains en trouvant tout cela immensément tragique. Cela tient à la fois à mon sens de l’humour et à mon regard sur l’existence.

Vos personnages sont souvent perdus dans leur vie ; ils tentent de la contrôler, mais échouent complètement et se retrouvent noyés sous les événements. L’impression d’un tourbillon nous prend.

Un mot intéressant et surprenant, car il implique une notion de circularité, alors que le voyage des personnages se produit dans une seule direction. Mais c’est vrai. Si je jette un oeil sur tous mes romans, je m’aperçois que, souvent, je teste mes personnages. Je les plonge dans des situations qui paraissent épouvantables et je les oblige à compter seulement sur eux-mêmes, afin d’observer s’ils peuvent traverser les épreuves que je leur fais subir sans dommages. Je les soumets à des expériences affreuses (rires). Cela fait partie, je crois, de l’approche comique: les choses doivent déraper.

William Boyd dit
William Boyd dit « tenter d’écrire des romans réalistes ».© TREVOR LEIGHTON

L’idée de rédemption semble très importante à vos yeux, en tout cas dans vos romans…

Oui, et ce peuvent être des rédemptions très modestes. Mes personnages sont souvent différents à la fin du roman en comparaison du début. Et il est vrai que je leur octroie une rédemption… petite ou grande. En tant que romancier, vous êtes le dieu de votre univers qui peut récompenser le bon et punir le méchant. Mais il faut résister à cette tentation, résister à l’attrait du réconfort, et être brutalement réaliste à propos de l’existence, de la condition humaine et ne pas simplement proposer une fin heureuse lorsque l’envie vous prend.

Vous ménagez d’ailleurs très souvent un final ouvert…

Dans la vie, il n’y pas de conclusion heureuse et définitive en général. Si vous écrivez des romans réalistes comme je tente de le faire, vous devez tout mettre en oeuvre afin de répliquer cette sorte d’incertitude et d’ambiguïté qui caractérise la vie. Même s’il y a une impression de conclusion et de catharsis, il ne s’agit pas d’un retour à la normale, d’autant que tout n’est pas réglé. J’apprécie ce sentiment de catharsis, de satisfaction de l’accomplissement de l’histoire. Mais je résiste à la tentation de rendre ce final définitif, sans taches ni aspérités.

(1) Trio, par William Boyd, éd. du Seuil, 496 p.

James Bond: « Un cadeau extraordinaire »

William Boyd ne serait-il pas un peu sadique avec ses personnages? « L’ autre jour, un journaliste m’a accusé de punir mes personnages, confie-t-il. Mais bon, j’admets les tester. Même dans Solo, le roman qui prend James Bond pour personnage central (NDLR: sorti en 2013), je mets 007 à l’épreuve: je lui pique son revolver, je lui retire tous ses soutiens, et je le parachute au milieu de la jungle africaine en lui disant « vas-y, montre moi un peu de quoi tu es capable ». J’ai besoin d’obstructions, d’obstacles, de revers… J’aime cette citation du romancier anglais John Fowles: « Dans un monde heureux, il n’y aurait pas d’art. » Ajoutant: « Si tout le monde était heureux, la contemplation de la réalité suffirait à elle-même. » Ce n’est pas le cas, et nous créons l’art pour comprendre les raisons pour lesquelles ce monde ne l’est pas. Montherlant a dit aussi: « Le bonheur écrit à l’encre blanche sur des pages blanches . » C’est quand les choses vont mal que vous créez une histoire et observez ainsi comment les personnages se comportent. »

Mais comment William Boyd explique-t-il que les héritiers de Ian Fleming l’aient choisi pour écrire un nouveau roman sur 007? Et que garde-t-il de cette expérience? « Il s’agit en effet d’une décision des héritiers de Ian Fleming, répond-il. Voici dix ans, ils ont décidé de demander à des romanciers « sérieux » d’écrire un James Bond. Ils se sont sans doute adressés à moi parce que j’avais beaucoup écrit à propos de Ian Fleming, qui s’est même mué en personnage dans mon roman A livre ouvert. J’avais également écrit un roman d’espionnage intitulé La Vie aux aguets. Ils ont dès lors certainement imaginé que j’étais la personne adéquate pour s’attaquer à une suite. Et j’avoue avoir énormément goûté à cette expérience à laquelle je me suis attelé très sérieusement et dont je suis fier: c’est un cadeau extraordinaire, de se voir attribuer ce personnage mythique, connu mondialement, et de pouvoir lui inventer une nouvelle histoire. Elle est d’ailleurs fort différente de celles de l’auteur original. Ce fut une expérience d’écriture intéressante: je ne le referais plus, mais à l’époque, c’est un projet auquel j’ai immédiatement donné mon accord. »

Trio, par William Boyd, éd. du Seuil, 496 p.
Trio, par William Boyd, éd. du Seuil, 496 p.

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