Ping An a rejoint la fronde des petits actionnaires contre Fortis. Et pour cause : au cours des neuf premiers mois de cette année, ce groupe financier spécialisé dans les assurances, basé à Shenzhen, grande ville côtière du sud de la Chine, a perdu 18,611 milliards de yuans (2,156 milliards d'euros) du fait de sa participation dans Fortis.
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Ping An a rejoint la fronde des petits actionnaires contre Fortis. Et pour cause : au cours des neuf premiers mois de cette année, ce groupe financier spécialisé dans les assurances, basé à Shenzhen, grande ville côtière du sud de la Chine, a perdu 18,611 milliards de yuans (2,156 milliards d'euros) du fait de sa participation dans Fortis. C'est que, depuis un an, le groupe chinois est le premier actionnaire de la société belge. Il détient 5 % de son capital. L'entrée de Ping An dans le capital de Fortis remonte à la fin du mois de novembre 2007, quand l'action du groupe belge valait encore quelque 18 euros. Ping An a donc été touché de plein fouet par la déroute boursière de Fortis, dont le cours est descendu en dessous de 1 euro le 16 octobre 2008. Ping An est coté à Hongkong et à Shanghai, pour une capitalisation boursière totale d'environ 200 milliards de yuans (23 milliards d'euros) - la moitié de ce que pesait le groupe début 2008. Depuis 2005, le principal actionnaire de Ping An est le groupe financier international HSBC. Détenant 16,8 % du capital de Ping An, HSBC, quatrième groupe bancaire mondial, a son siège à Londres, mais est né dans les milieux d'affaires hongkongais, où il réalise encore plus de 40 % de son chiffre d'affaires. Mais l'actionnaire le plus intrigant de Ping An est sans conteste le deuxième après HSBC : la Shenzhen Investment Holdings, qui n'est autre que la première société de gestion d'actif détenue par l'Etat chinois dans la zone économique de Shenzhen. Indirectement, le gouvernement chinois est donc actionnaire de Ping An, lui-même actionnaire de Fortis. Cela n'étonne pas ceux qui font des affaires en Chine car il est évident que le régime communiste entend bien garder le contrôle de l'ouverture au capitalisme du pays. Chez Ping An, cela se marque par la présence, à la vice-présidence du conseil d'administration, de Chen Hongbo. Ce dernier est le secrétaire du comité du parti de la Shenzhen Investment Holdings... Cette emprise du régime chinois n'a pas empêché Ping An de devenir l'un des plus importants groupes financiers du monde. Selon le classement mondial des plus grandes entreprises établi par le magazine américain Forbes, Ping An pointe à la 440e place. Parmi les 44 sociétés chinoises de ce classement, Ping An occupe la 11e place, derrière des groupes détenus majoritairement par l'Etat chinois. Dans le secteur des assurances, il se classe 36e sur 114 compagnies. Fondé en 1988, Ping An est spécialisé dans l'assurance-vie avec des activités de courtage de titres, de gestion d'actifs, de banque commerciale et de rentes d'entreprises (plan de retraites professionnelles). Le groupe a profité de l'essor des pays émergents et de l'engouement des investisseurs pour la Chine, pays où la croissance économique annuelle a dépassé 10 % jusqu'en 2007. Bien que la crise financière et le ralentissement économique affectent ses activités depuis le début 2008, Ping An est resté largement bénéficiaire. Au 30 juin 2008, son résultat net a atteint 9,719 milliards de yuans (1,13 milliard d'euros), soit 2,51 % de moins qu'en 2007. Mais le troisième trimestre 2008 a été très mauvais pour Ping An. Et c'est principalement imputable à la perte subie sur le titre Fortis. Les déboires du capitalisme n'épargnent pas l'empire du Milieu. Philippe Galloy