"Cette fois, la corde de l'arc-en-ciel est vraiment tendue à l'extrême", résume un "chef de cab" qui galope, épuisé, d'un "intercabinet" à l'autre. Ces réunions entre les techniciens et autres spécialistes, officiant dans les coulisses ministérielles, sont effectivement devenues choses courantes à mi-parcours de cette législature. Elles supplantent même, de plus en plus souvent, des réunions prévues entre responsables politiques. Et cela, c'est mauvais signe: lorsque les technocrates prennent à ce point le pas sur les responsables politiques, c'est que ces derniers sont incapables de trouver des terrains d'entente. Le nombre de dossiers traités en "intercabinet" est en inflation constante. Citons, en vrac, la SNCB, la régionalisation de la loi communale (et plus particulièrement les réponses à apporter aux critiques du Conseil d'Etat), les écotaxes. Autant de dossiers qui se révèlent solidement minés, et sur lesquels les membres du gouvernement Verhofstadt devront pourtant trouver très bientôt un consensus. Sans compter la grogne sociale qui enfle, dans l'ensemble des services publics et spécialement dans ceux des cheminots, mais aussi dans les rangs des allocataires sociaux (lire en p.20).
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"Cette fois, la corde de l'arc-en-ciel est vraiment tendue à l'extrême", résume un "chef de cab" qui galope, épuisé, d'un "intercabinet" à l'autre. Ces réunions entre les techniciens et autres spécialistes, officiant dans les coulisses ministérielles, sont effectivement devenues choses courantes à mi-parcours de cette législature. Elles supplantent même, de plus en plus souvent, des réunions prévues entre responsables politiques. Et cela, c'est mauvais signe: lorsque les technocrates prennent à ce point le pas sur les responsables politiques, c'est que ces derniers sont incapables de trouver des terrains d'entente. Le nombre de dossiers traités en "intercabinet" est en inflation constante. Citons, en vrac, la SNCB, la régionalisation de la loi communale (et plus particulièrement les réponses à apporter aux critiques du Conseil d'Etat), les écotaxes. Autant de dossiers qui se révèlent solidement minés, et sur lesquels les membres du gouvernement Verhofstadt devront pourtant trouver très bientôt un consensus. Sans compter la grogne sociale qui enfle, dans l'ensemble des services publics et spécialement dans ceux des cheminots, mais aussi dans les rangs des allocataires sociaux (lire en p.20). En ce début de printemps, c'est donc à de véritables grandes manoeuvres que se livrent les partenaires de la majorité. Côté francophone, on assiste à présent -c'est assez rare pour être épinglé- à un rapprochement entre le PS et Ecolo. Au sujet de la SNCB, d'abord: il y a quelques semaines, Elio Di Rupo, le président du PS, suggérait perfidement la voie de la démission à Isabelle Durant, la ministre Ecolo des Transports et de la Mobilité, qui venait d'être privée, par Guy Verhofstadt, du pilotage du délicat dossier des chemins de fer. Aujourd'hui, le même président socialiste affirme vertueusement qu'"on n'aurait jamais dû la dessaisir". Les raisons de ce subit revirement? A l'heure où les Flamands, parfaitement soudés, affichent la volonté de régionaliser au moins partiellement la SNCB, les francophones -et les socialistes en particulier, car c'est bien eux qui ont semé la zizanie- se rendent enfin compte de l'impérieuse nécessité de resserrer les rangs. Autre signe de réchauffement dans les rangs de la "gauche": les Assises pour l'égalité viennent d'être lancées à l'initiative de Henri Goldman, codirecteur de la revue Politique, avec le soutien des mondes associatif (Oxfam, Entraide et Fraternité, etc.), syndical (FGTB, CSC) et politique (PS et Ecolo en tête) francophones. Qui sont les grands absents de ce nouvel élan censé faire progresser la cause de l'égalité dans les domaines socio-économiques et ceux, entre autres, de la santé, de la culture, de l'enseignement et de la justice? Les libéraux. Daniel Ducarme, le président du PRL, fulmine: "N'ai-je pas bien fait comprendre, à l'occasion du congrès du parti, le 3 décembre dernier, que les thèmes de l'égalité et de la fraternité constituaient l'armature de l'engagement libéral?" "Sans doute, rétorquent discrètement les membres socialistes et écologistes du comité de pilotage de ces assises. Mais, susurent-ils à l'unisson, sur pareil sujet, les libéraux ne sont pas fiables. En fonction de l'opportunité politique du moment, Ducarme joue alternativement sur les deux tableaux: un coup vers la droite ("Il faut rompre définitivement avec le socialisme"), un coup vers la gauche ("Il faut partager la liberté avec le plus grand nombre"). Si nous voulons que ces assises aboutissent à quelque chose de concret -d'ici à deux ans, c'est-à-dire à la fin de la législature-, il fallait se passer des chantres de la réforme fiscale." Daniel Ducarme s'indigne d'un pareil ostracisme et de "ce retour à la lutte des classes". Il s'inquiète, aussi. Dame! Le président du PRL sait que les possibilités d'expansion libérale sont, somme toute, limitées sur l'échiquier politique francophone: les élections communales -le phénomène est surtout perceptible dans les communes bruxelloises- ont révélé la fragilité de certaines de leurs positions. L'idée que le PS puisse, un jour, renouer avec les sociaux-chrétiens pour former, avec Ecolo, un véritable "centre-gauche" hante les rêves des libéraux. D'où une certaine fébrilité, un nouvel appel en faveur de l'élargissement de l'espace au "centre-droit". Et un malaise accentué encore par les chamailleries internes. La "fédération" PRL-FDF-MCC (toujours cornaquée par Louis Michel) ne fonctionne pas bien, c'est un euphémisme. Entre Daniel Ducarme et Louis Michel, l'amitié a beau être sincère, les relations n'en sont pas moins conflictuelles. Ducarme aimerait -ce n'est un secret pour personne- être promu président de la fédération. Or, après avoir laissé entendre, voici quelques semaines, que le moment était peut-être venu de céder le flambeau à son fidèle lieutenant, Louis Michel s'est ravisé. Sous les pressions, paraît-il, de certains caciques du PRL peu convaincus par les talents de Ducarme et fort réticents à le voir embrasser davantage de responsabilités. Or Michel, qui cumule le titre de président de fédération avec ceux de vice-Premier ministre et de ministre des Affaires étrangères, arpente sans cesse le vaste monde et n'a que fort peu de temps à consacrer à ses ouailles. Par conséquent, Gérard Deprez, le patron de la "chapelle" MCC, se sent quelque peu délaissé. Et Olivier Maingain, le chef de file du FDF, répète à l'envi que la perspective d'une éventuelle fusion de son parti au sein d'une fédération rebaptisée, c'est très peu pour lui. Tel est pourtant, bel et bien, le projet que les libéraux nourrissent à son endroit.Bisbrouilles Nord-SudPlus grave: la nervosité qui agite depuis quelque temps le gouvernement fédéral est, aussi -surtout-, communautaire. Entre les francophones et les Flamands, rien ne va plus. En coulisses, certains leaders socialistes s'avouent horripilés par le VLD (y compris par Guy Verhofstadt qui, dans nombre de dossiers, se positionne davantage comme libéral flamand que comme Premier ministre) et déçus par le SP, très proche du VLD et plus sensibilisé par la défense des intérêts flamands que par les thèmes traditionnellement défendus à "gauche". Au nord du pays, le plateau de la balance politique penche, en effet, résolument au centre-droit. Il y a, d'abord, cette alliance objective entre le SP et le VLD. Ensuite, Agalev a beau être indispensable au maintien de la majorité en Flandre (ce n'est pas le cas d'Ecolo du côté francophone), l'influence politique des Verts flamands au sein du gouvernement arc-en-ciel et dans le gouvernement nordiste est vraiment peu perceptible. Ils ne jouent donc pas le rôle d'"aiguillon" rempli, au Sud, par Ecolo. Ces différences de "sensibilité politique" entre le Nord et le Sud s'étalaient très visiblement sous les législatures précédentes. On les croyait atténuées depuis le renvoi des sociaux-chrétiens (principalement du CVP) dans l'opposition. Aujourd'hui, elles resurgissent, plus fortes que jamais. Le gouvernement arc-en-ciel traverse donc, c'est incontestable, une sale passe. Le ton n'est cependant pas au catastrophisme: la Belgique ne peut se payer le luxe d'une crise à quelques mois de la présidence de l'Union européenne, que Guy Verhofstadt et Louis Michel préparent avec une réelle énergie (lire en p.14). Mais notre pays n'exercera cette présidence que durant six mois, c'est-à-dire jusqu'à la fin de l'année 2001. Après, il y a fort à parier que les dossiers restés sans solution seront sortis des tiroirs et que les vieux démons resurgiront. D'autant plus qu'il ne restera, alors, qu'un peu plus d'un an avant la nouvelle échéance législative. L'équipe de Guy Verhofstadt serait-elle d'ores et déjà sous respirateur artificiel? Isabelle Philippon