Lors d'une récente exposition au Hangar, à Bruxelles, on se rappelle avoir vibré devant la justesse du travail du photographe anversois Nick Hannes (1974). A l'arrêt en raison du confinement, l'intéressé y expliquait à quel point la pratique visuelle lui avait permis de donner un sens au lockdown. "Cela m'a forcé à jeter un regard neuf sur mon environnement...

Lors d'une récente exposition au Hangar, à Bruxelles, on se rappelle avoir vibré devant la justesse du travail du photographe anversois Nick Hannes (1974). A l'arrêt en raison du confinement, l'intéressé y expliquait à quel point la pratique visuelle lui avait permis de donner un sens au lockdown. "Cela m'a forcé à jeter un regard neuf sur mon environnement familier et les trois personnes qui partagent mon existence", commentait- il pudiquement. La confession fait sens, surtout quand on sait que Hannes fait partie de ces photojournalistes qui arpentent sans cesse le monde, quitte à perdre de vue leur port d'attache. Ce retour forcé dans sa maison de Ranst, près d' Anvers, révélait une poétique du quotidien, notamment celui de ses filles jumelles, inédite pour ce lauréat du Magnum Photography Award de 2017. C'est un tout autre sillon qu' explore Playground, sa nouvelle proposition qui prend place au PointCulture Namur. Faisant place aux images issues des séries Mediterranean. The Continuity of Man (2014) et Garden of Delight (2018), cet accrochage n' épargne pas le visiteur en le confrontant à des thématiques particulièrement d'actualité au moment des vacances: le tourisme de masse, la surconsommation et le divertissement. Hannes nous montre l'obscénité planétaire de modes de vie que l'on évite soigneusement d'interroger. Au contraire, la posture de l'hédoniste à l'abri des tracas de ce monde est présentée comme un objectif à atteindre. Ce goût de paradis, celui d'une "société capsulaire" selon les mots du photographe, s' affiche particulièrement douloureux quand l'autre, celui qui ne profite pas mais dont on se sert pour jouir, fait son apparition dans le cadre. Chacun est alors renvoyé à sa réalité ultime: maître ou esclave.