De notre envoyée spéciale
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De notre envoyée spéciale Quelque 172 personnes, c'est un fameux paquet. Depuis le 3 novembre, la plus volumineuse " suite " royale jamais emmenée par nos souverains dans l'une de leurs visites d'Etat a pris ses marques, dans la capitale indienne. Si certains participants (surtout des chercheurs flamands) y trouvent à redire, estimant les matières traitées trop abondantes, et le programme, trop éclaté, les autres sont contents. Qui sont-ils ? Le ministre des Affaires étrangères Karel De Gucht (lire son portrait p. 42) et son épouse, des chefs d'entreprise, des professeurs, des diplomates, des officiels du Palais et une meute de reporters. Un rassemblement de personnes aux intérêts disparates, difficiles à véhiculer d'un lieu à l'autre, tant leur nombre est élevé, et le trafic urbain, atroce. " Depuis le voyage en Chine, il y a trois ans, c'est devenu une tradition d'incorporer les recteurs des grandes universités aux déplacements royaux. Les "académiques" en avaient assez de rester sur la touche ", affirme Pierre-Emmanuel De Bauw, porte-parole du Palais, pour justifier cette inflation de participants. " Mais c'est gérable. Tout le monde ne va pas partout. " On assiste donc à un ballet savamment organisé de délégués, les uns remplaçant les autres, à Delhi, Mumbai ou Chennai, le temps pour chacun de fristouiller sa popote, qui est tantôt d'encourager la microfinance ou l'étude culturelle locales, tantôt de promouvoir l'expertise belge en neurologie, en éco-climatologie, en droit social, en mathématiques appliquées, et on en passe. Certaines de ces rencontres débouchent sur des contrats, d'autres, sur des déclarations d'intentions ou des accords planifiés, qui portent le drôle de nom de " mous " ( memorandum of understanding). Dans toutes ces activités, la présence du roi (pour les dossiers économiques) et de la reine (pour les matières sociales), ouvre des portes... déjà plus qu'en-trouvertes : la Belgique apparaît comme un partenaire très fiable, depuis qu'elle a fait ses preuves avec les négociants indiens du diamant. Le sait-on ? En 1723 déjà, des navires de la Compagnie ostendaise livraient des produits de luxe à Calcutta - qui possède toujours une toile de Rubens... Aujourd'hui, les transactions commerciales entre l'Inde et la Belgique (8,65 milliards d'euros en 2007, soit presque autant que le Royaume-Uni et l'Allemagne) sont largement dominées par le secteur diamantaire, qui rafle à lui tout seul environ 80 % de nos exportations vers l'Inde. Du coup, la confiance installée, les investissements indiens en Belgique, à peu près inexistants jusque 1995, s'emballent. Pour preuve, la décision récente de la compagnie aérienne indienne Jet Airways, de choisir Bruxelles comme hub européen et international. Pendant que le roi s'emploie, en toutes ces matières souvent techniques, à vendre le blason belge, la reine assure le volet plus humain : visites de temples et de centres médicaux, tel celui qui, faute de mieux, offre son soutien moral aux cancéreux, dont 80 % arrivent trop tard pour un traitement... En des croisements complexes de leurs agendas respectifs, les deux souverains se rejoignent parfois, pour des cérémonies quasi " imposées " aux chefs d'Etat étrangers : il serait impensable, car très impoli, de ne pas honorer la mémoire de Gandhi au Raj Ghat de Delhi, lieu de sa crémation au lendemain de son assassinat, le 30 janvier 1948. Chaussés de pantoufles qu'on aurait dit volées à l'hôtel (là où le commun des mortels va nu- pieds), Albert II et Paola se sont acquittés de cette tâche avec douceur, semant des pétales d'£illets jaunes sur la pierre de marbre noir qui porte l'épitaphe He Ram (littéralement " O Dieu "), dont l'Histoire rapporte qu'ils furent les deux derniers mots prononcés par le Mahatma... Valérie Colin