Les racines de My Fair Lady, la comédie musicale proposée cet été par Bruxellons (1), plongent loin, jusque dans la Grèce antique. Le mythe de Pygmalion a été consigné par le poète latin Ovide dans ses Métamorphoses, au ier siècle de notre ère. Sculpteur habitant l'île de Chypre, Pygmalion vit en célibataire car il est outré par les moeurs des Propétides, des femmes qui, pour avoir nié la divinité d'Aphrodite, ont été condamnées à la prostitution avant d'être changées en pierre. Il parvient un jour à tirer de l'ivoire une femme si parfaite qu'il en tombe amoureux. Son voeu ardent de voir sa sculpture prendre vie est exaucé par Aphrodite et Pygmalion épouse sa propre création, Galatée.
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Les racines de My Fair Lady, la comédie musicale proposée cet été par Bruxellons (1), plongent loin, jusque dans la Grèce antique. Le mythe de Pygmalion a été consigné par le poète latin Ovide dans ses Métamorphoses, au ier siècle de notre ère. Sculpteur habitant l'île de Chypre, Pygmalion vit en célibataire car il est outré par les moeurs des Propétides, des femmes qui, pour avoir nié la divinité d'Aphrodite, ont été condamnées à la prostitution avant d'être changées en pierre. Il parvient un jour à tirer de l'ivoire une femme si parfaite qu'il en tombe amoureux. Son voeu ardent de voir sa sculpture prendre vie est exaucé par Aphrodite et Pygmalion épouse sa propre création, Galatée. Dans Le Deuxième Sexe (1949), Simone de Beauvoir rappelle à quel point la femme, dans l'Antiquité grecque, est " réduite à un demi-esclavage ; elle n'a même pas la liberté de s'en indigner ". " La condition modeste à laquelle la femme est réduite n'empêche pas les Grecs d'être profondément misogynes. " Beauvoir cite le poète grec Sémonide d'Amorgos : " Les femmes sont le plus grand mal que Dieu ait jamais créé ; qu'elles semblent parfois utiles, elles se changent bientôt en tracas pour leurs maîtres. " Cette misogynie se retrouve dans le chef de l'un des personnages principaux de la pièce Pygmalion de George Bernard Shaw : le linguiste londonien Henry Higgins. Ce professeur de phonétique a fait le pari avec le colonel Pickering qu'il parviendra, grâce à ses cours, à transformer en six mois une pauvre marchande de fleurs, Eliza Doolittle, en dame du monde. Le point de départ d'une série de confrontations hautes en couleur et d'une ascension sociale de façade. En 1956, Alan Jay Lerner (livret et lyrics) et Frederick Loewe (musique) s'emparent de la pièce de Shaw, en modifient légèrement la fin cynique et propulsent un tube sur Broadway, couvert de Tony Awards. Le rôle d'Eliza Doolittle révéle la toute jeune Julie Andrews, qui s'illustrera ensuite en Mary Poppins et dans La Mélodie du bonheur. Dans la cour du château du Karreveld, ce rôle sera porté par Marina Pangos, aux côtés notamment de Franck Vincent (Higgins), François Langlois (Pickering), Janine Godinas (Mrs Higgins) et Daniel Hanssens (Mr Doolittle).