Il aurait pu faire carrière en Belgique mais, après avoir dirigé Seraing et le Cercle de Bruges en première division, il a préféré le continent africain pour inculquer sa science du football. René Taelman, 66 ans, est un entraîneur atypique. Fort de quarante ans d'expérience et de 1 200 matchs disputés, il vient de publier Les Aventures exotiques d'un entraîneur de foot (1) : 350 pages d'histoires souvent improbables mais bien réelles, vécues depuis la Côte d'Ivoire jusqu'à la Libye, en passant par les Emirats. " L'Afrique, c'est vraiment le continent du foot. J'en rêvais bien avant de m'y rendre ", confie-t-il, dans son appartement à Bruxelles. " Ma spécialité, c...

Il aurait pu faire carrière en Belgique mais, après avoir dirigé Seraing et le Cercle de Bruges en première division, il a préféré le continent africain pour inculquer sa science du football. René Taelman, 66 ans, est un entraîneur atypique. Fort de quarante ans d'expérience et de 1 200 matchs disputés, il vient de publier Les Aventures exotiques d'un entraîneur de foot (1) : 350 pages d'histoires souvent improbables mais bien réelles, vécues depuis la Côte d'Ivoire jusqu'à la Libye, en passant par les Emirats. " L'Afrique, c'est vraiment le continent du foot. J'en rêvais bien avant de m'y rendre ", confie-t-il, dans son appartement à Bruxelles. " Ma spécialité, c'est de donner une chance aux jeunes. Or, dans les neuf pays d'Afrique où j'ai entraîné des équipes, tout était à refaire, ou presque. " Il entame cette épopée en 1984, avec le FC Kalamu en RDC. C'est le début de vingt-cinq ans d'aventures. A l'image de cet adepte du fétichisme en Côte d'Ivoire, emmenant ses joueurs en pleine nuit, à son insu, pour effectuer un rite " psychédélique ". Ou de ce président de club algérien inventant un scénario rocambolesque pour évincer ce " Belge " un peu trop doué : " Il n'acceptait pas que je lui vole la vedette. " Avec une rare franchise, il n'hésite jamais à critiquer en face à face ces hommes puissants mais souvent dangereux, qui l'empêchent de faire du " Taelman ". Car l'ingérence politique n'épargne pas le football. Parmi les trente-trois (!) pays africains que l'entraîneur féru de géopolitique parcourt, beaucoup sont gangrenés par la corruption. Notamment au niveau de l'arbitrage, " la hantise de tout entraîneur dirigeant une équipe en Afrique ". Guinée, Côte d'Ivoire, Bénin, Libye... Les intérêts sociopolitiques, mêlés aux vives adversités sportives, assomment le suspense des grands rendez-vous à coups de billets. Compte tenu de ces grossières manipulations et de l'instabilité de son statut, Taelman accomplit un exploit : remporter cinq titres dans cinq pays différents. Mais les yeux de l'entraîneur sont aussi en première ligne pour assister à des massacres amorcés par... le football. Un jour, après un match entre le club Ashanti du Ghana et l'Asec de Côte d'Ivoire, la presse locale fait état d'une violente agression perpétrée par des supporters de l'Asec contre les Ghanéens. Quelques jours plus tard, des partisans de l'Asec sont massacrés à coups de pierres et de machettes. A Abidjan, cette spirale de vengeance enclenche une impitoyable chasse aux Ghanéens. Le foot et le sang. Ces sombres épisodes n'occultent pas les anecdotes plus heureuses. " En Algérie, j'avais dû rappeler à l'ordre un joueur après un match. Ayant appris les valeurs de Coran, je lui dis : "Tu pries cinq fois par jour ? Eh bien, ce n'est pas assez. Le Coran ne t'invite pas à casser un vestiaire." Il était sidéré que je parle de religion. Quelques années plus tard, je tombe sur une interview dans laquelle il déclare : "Cet entraîneur belge, c'est comme un père. Si j'en suis là aujourd'hui, c'est grâce à lui." Entendre cela, c'est la meilleure récompense. " Surtout pour Taelman, qui a révélé une cinquantaine de joueurs sur le plan international. De retour en Belgique, il n'a pas fait une croix sur le football africain. " Oh, je serai encore dedans, d'une manière ou d'une autre ", glisse-t-il en souriant. " La chaleur du peuple africain me manque. Pour avoir vécu tout cela, j'estime être un grand privilégié. "CHRISTOPHE LEROY