Le carnaval est aussi affaire de sexeà C'est ce que démontre l'exposition de l'original Musée international du carnaval et du masque, à Binche, avec quelque 200 objets et moult explications. Tant pis pour les héritiers de la Contre-Réforme qui fit de la sexualité un sujet à bannir. Car ailleurs, le sexe se montre. En forme de vase, au Pérou, de guerrier, chez les Asmat, sous forme d'amulettes, chez les Romains, de tambour, aux Philippines, ou d'appuie-tête, Priape est omniprésent. En Inde, par exemple, les vagins sont évoqués sous la forme d'un bénitier, ou de vibromas...

Le carnaval est aussi affaire de sexeà C'est ce que démontre l'exposition de l'original Musée international du carnaval et du masque, à Binche, avec quelque 200 objets et moult explications. Tant pis pour les héritiers de la Contre-Réforme qui fit de la sexualité un sujet à bannir. Car ailleurs, le sexe se montre. En forme de vase, au Pérou, de guerrier, chez les Asmat, sous forme d'amulettes, chez les Romains, de tambour, aux Philippines, ou d'appuie-tête, Priape est omniprésent. En Inde, par exemple, les vagins sont évoqués sous la forme d'un bénitier, ou de vibromasseur dans le Japon du xixe siècle. La copulation à son tour est l'objet de représentations diverses, qu'on exhibe à l'occasion d'initiations où l'enfant apprend à devenir adulte. Citons, au hasard des nombreuses pièces, un dessus de masque Gelede, ou une statuette Luba très démonstrative. Peut-on alors y associer le masque traditionnel au nez long et turgescent porté lors du carnaval de Stavelot par les Blanc-Moussis ? Pourquoi pasà Chapitre par chapitre, l'exposition, mêlant folklore et ethnologie, précise le propos qui, peu à peu, souligne la part cachée de nos pratiques festives. Explications. Tout homme, toute femme vit avec ses pulsions sexuelles. Or celles-ci, relevant de l'imaginaire fondamentalement personnel et, de ce fait, à-social, représentent un danger pour toute forme de vie en groupe. Tout système culturel vise dès lors à les canaliser, les encadrer, les soumettre. La première étape consiste à les affronter. Ce sera le rôle des initiations qui donnent au jeune garçon ou à la jeune fille une identité sexuelle (homme ou femme) et lui apprend comment intégrer les contraintes et les interdits de la vie d'adulte socialisé. Mais ces encadrements seraient invivables s'il n'y avait, à leurs côtés, des moments libérateurs où, tout en s'inscrivant dans une tradition (la fête), chacun libère, avec l'approbation du groupe, les fantasmes. Usant des déguisements et autres accessoires symboliques : masques cracheurs de confettis à Limoux, zig-zag des Haguètes de Malmédy, bâtons, crécelles, fouets ailleurs, il (elle) peut alors extérioriser ses désirs de séduction via une série d'actions ce jour-là valorisées : toucher, embrasser, entraîner, barbouiller. D'où, aussi, le rôle joué par les déguisements : l'homme se fait femme, rarement le contraire, il devient diable, cochonne, sauvage ou babouin masturbateur. Du coup, du carnaval de Venise à celui de Rio ou de Binche, il est des moments de l'année (la fin de l'hiver par exemple) où, peu à peu, comme dans l'Afrique profonde, l'Inde ou l'Amazonie, le groupe atteint en quelque sorte l'orgasme. Après, tout rentrera dans l'ordre. Chez nous, ce sera le temps du carêmeàBasiques Instincts, au Musée international du carnaval et du masque, 10, rue Saint Moustier, à Binche. Jusqu'au 19 avril. Tél. : 064 33 57 41. Guy Gilsoul