L'obtention, enfin acquise, du remboursement d'un vaccin contre une forme de méningite (le méningocoque de type C), est sans doute une bonne nouvelle. Mais cette "victoire" a, aussi, d'amers relents. Elle relance le douloureux problème du financement de toute la politique de vaccination. Et le cadeau de 10 000 doses gratuites accordées à la Belgique, la semaine dernière, par la firme qui produit ce vaccin, n'y changera rien.
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L'obtention, enfin acquise, du remboursement d'un vaccin contre une forme de méningite (le méningocoque de type C), est sans doute une bonne nouvelle. Mais cette "victoire" a, aussi, d'amers relents. Elle relance le douloureux problème du financement de toute la politique de vaccination. Et le cadeau de 10 000 doses gratuites accordées à la Belgique, la semaine dernière, par la firme qui produit ce vaccin, n'y changera rien."Pendant longtemps, nous avons vécu avec de vieux vaccins, peu chers. Depuis quelques années, ils ont logiquement fait place à des produits nouveaux et/ou améliorés. Leur coût est cependant nettement plus élevé. Depuis plusieurs années, aussi, la vaccination fait l'objet d'une politique communautarisée. En Communauté française, cela signifie que ceux qui ont pour mission d'acheter et de distribuer les vaccins fonctionnent dans une enveloppe budgétaire fermée. Et insuffisante." En énonçant ces réalités (1), le Pr Jack Lévy, chef du service de pédiatrie de l'hôpital Saint-Pierre, à Bruxelles, n'élève pas la voix. Il aurait, pourtant, bien des raisons de le faire. Voilà déjà des mois, déjà, que le dossier de la vaccination contre la méningite C rejaillit périodiquement. Dès l'apparition d'un vaccin apte à protéger contre cette maladie, le Conseil supérieur d'hygiène a évalué l'intérêt du produit et a informé le corps médical du suivi de ce dossier. Mais le grand public a également été tenu au courant: régulièrement, la firme productrice du vaccin contre cette bactérie a communiqué aux médias les chiffres montrant une augmentation du nombre de cas de méningite et a pointé les risques d'épidémie. Depuis des mois, aussi, l'opinion publique, inquiète à l'annonce de chaque nouveau décès d'enfant (car il y en a bel et bien), s'est donc montrée attentive aux discours de médecins affirmant que, pour protéger les gosses, il faut les piquer. Malgré l'absence de remboursement, 25 % des jeunes l'ont déjà été. En effet, face aux augmentations de cas de méningite durant les six premiers mois de 2001, confrontés à divers signaux d'alerte, en juin dernier, les "sages" du Comité supérieur d'hygiène et de vaccination ont officiellement estimé qu'il fallait dégainer les seringues et généraliser les piqûres. Mais, à ce moment-là, une partie de ce pays faisait la sourde oreille: seule la Communauté flamande piaffait pour partir à l'assaut. Dommage pour les francophones, en panne d'argent: la bactérie, particulièrement virulente dans la province d'Anvers, l'était presque tout autant dans le Hainaut. Dommage, aussi, pour le Comité supérieur d'hygiène: face au manque de fonds, ses avis ou rien... Passons sur les péripéties politiques, financières et juridiques qui ont suivi. Ce qui compte, c'est que des fonds ont, finalement, été trouvés pour mener une vaccination généralisée et gratuite des francophones de 1 à 5 ans. Certes, il faudrait également protéger les adolescents et, en priorité, les 16-20 ans, deuxième groupe cible du virus, mais cela... Si les parents francophones ont les moyens, pourquoi pas (sans remboursement, le vaccin coûte 35,67 euros, soit 1 439 francs)? Pour "compenser" le manque de moyens financiers des autorités, la firme productrice du vaccin vient donc d'offrir 10 000 doses aux autorités. C'est chic de sa part, car cela sera effectivement fort utile. Mais cela ne règle pas les problèmes de fond. "La vaccination des enfants coûtera de plus en plus cher, remarque le Pr Lévy. Ce sujet nécessite donc une réflexion approfondie et des analyses sur ses coûts/bénéfices, en termes de santé mais, aussi, sur un plan financier: il arrive que la généralisation d'une vaccination s'autofinance, grâce aux économies réalisées en évitant hospitalisations et soins intensifs. Mais même si ce n'est pas le cas, la prescription d'un vaccin s'avère parfois indispensable à une bonne santé publique. Dès lors, si on laisse la politique de vaccination enfermée dans ses structures financières actuelles, avec un mode de financement rendant impossible l'accès de tous aux nouveaux produits, nous fermons aussi les portes au progrès." Et à une bonne protection des enfants. Le seul espoir sera-t-il alors de se voir placer par les firmes pharmaceutiques en tête de liste des pays nécessiteux?(1) Propos tenus en novembre dernier, lors des Ateliers de vaccinologie organisés par la Fondation Mérieux. Pascale Gruber