Cinq mois qu'ils demandaient à la rencontrer personnellement. Suite à la récente évasion de la prison d'Arlon avec prise d'otage, elle a enfin consenti à leur accorder un peu de son temps : trois quarts d'heure, pas une minute de plus, le 17 avril. Puis 55 minutes, le 24. Les syndicats ont alors découvert une ministre nonchalante : " Affalée sur son fauteuil comme sur un transat. " Peu à l'écoute : " Elle pianotait sans cesse sur son smartphone. " Et limite polie : " Elle a filé avant la fin de la réunion. " Les représentants du personnel pénitentiaire en sont restés pantois : c'est ça Turtelboom ?
...

Cinq mois qu'ils demandaient à la rencontrer personnellement. Suite à la récente évasion de la prison d'Arlon avec prise d'otage, elle a enfin consenti à leur accorder un peu de son temps : trois quarts d'heure, pas une minute de plus, le 17 avril. Puis 55 minutes, le 24. Les syndicats ont alors découvert une ministre nonchalante : " Affalée sur son fauteuil comme sur un transat. " Peu à l'écoute : " Elle pianotait sans cesse sur son smartphone. " Et limite polie : " Elle a filé avant la fin de la réunion. " Les représentants du personnel pénitentiaire en sont restés pantois : c'est ça Turtelboom ? Quelle mouche a piqué la ministre libérale flamande ? Avait-elle encore la tête dans le riad marocain où elle venait de passer le week-end de Pâques et qu'elle n'avait pas quitté plus tôt malgré la pression médiatique ? Ou bien tout cela fait-il partie d'une tactique bien orchestrée ? " Il est clair qu'elle est consciente de la virulence des syndicats de gardiens, de leur chantage à la grève et de leur agressivité en négociation lorsqu'ils quittent la table à tout bout de champ, nous dit-on à l'intérieur de son administration. Elle teste une stratégie très différente de celle de ses prédécesseurs pour reprendre l'autorité et cela désarçonne les syndicats. "Ceux-ci sont, pour le moins, surpris, même s'ils sont lucides sur la man£uvre. " Lors des négociations, c'est désormais l'administration, et non le cabinet, qui est envoyée en avant-poste. Mais celle-ci n'a pas le pouvoir d'avancer des propositions et encore moins de prendre des décisions, témoigne un représentant syndical. C'est la première fois que ça se passe comme ça. Sous l'ancien ministre Stefaan De Clerck (CD&V), nous avions un dialogue permanent avec le cabinet via son conseiller "prisons'', Walter Verhaegen, qui donnait des injonctions à l'administration. " " Des représentants du cabinet doivent être présents aux réunions, mais ils ont reçu ordre de ne pas intervenir. Ils font office de greffiers pour la ministre, c'est tout, déplore un autre représentant. Quant à Christine D'Hondt, en charge du pénitentiaire au cabinet, sa position ressemble davantage à celle d'une consultante... "Résultat : les syndicats ne savent pas à quel saint se vouer pour avoir réponse à leurs revendications. Turtelboom fait ainsi savoir qu'elle prend son temps, ne cède pas à la pression et se contente d'arbitrer. Elle applique la même méthode avec les avocats, dans le conflit sur le budget accordé à l'aide juridique et celui sur les permanences Salduz (lire Le Vif/L'Express du 6 avril). Une méthode qui a fait ses preuves avec les policiers, lorsqu'elle était ministre de l'Intérieur. " Elle est autoritaire, sans doute encore déformée par son habit de ministre de l'Intérieur, confie-t-on du côté du barreau de Bruxelles. Elle n'est pas pressée : trois à quatre mois pour un rendez-vous, même si le sujet est urgent. " Parviendra-t-elle à mâter les surveillants pénitentiaires ? " Si c'est un bras de fer qu'elle engage, elle ne gagnera pas ! " affirme un représentant des gardiens. " Elle ne considère pas les syndicats comme des adversaires, mais comme des partenaires avec qui elle doit dealer ", souffle-t-on dans son ministère. Un deal nécessite de la fermeté, une dose de bluff et une volonté d'aboutir. La ministre n'en manque pas. Encore faut-il qu'elle soit épaulée au sein du gouvernement. Or, dans l'équipe papillon, le soutien ne semble pas massif. Bien que la Justice ait été épargnée lors des négociations budgétaires, la marge de man£uvre de Turtelboom, qui hérite de pas mal de boulets, reste étroite. N'étant plus vice-Première, elle n'a plus un accès automatique au kern. Ce qui est inédit et handicapant pour un ministre de la Justice. THIERRY DENOËLMinistre de la Justice sans être vice-Premier : inédit et handicapant