L'envie de vaccin est émotionnelle et la lutte quant au bien-fondé des "privilèges" qu'un passeport vaccinal offrirait est engagée. Dans nombre de têtes, "l'été libérateur" s'apparente à une course effrénée entre celui qui a déjà été piqué et celui qui ne l'est pas encore, celui qui, dès lors, retrouvera ou non sa liberté.
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L'envie de vaccin est émotionnelle et la lutte quant au bien-fondé des "privilèges" qu'un passeport vaccinal offrirait est engagée. Dans nombre de têtes, "l'été libérateur" s'apparente à une course effrénée entre celui qui a déjà été piqué et celui qui ne l'est pas encore, celui qui, dès lors, retrouvera ou non sa liberté. Au bout d'une si longue période de restrictions, les drapeaux de la rébellion, l'hystérie, la jalousie ou les accès de colère sont compréhensibles lorsque d'autres reçoivent une dose plus tôt. Ceux qui sont aux commandes peuvent en revanche tabler sur beaucoup moins de compréhension. Veerle Heeren par exemple, la bourgmestre chrétienne-démocrate de Saint-Trond qui, dès mars, s'est procurée son vaccin pour elle, sa famille et ses connaissances. A la lumière d'une pandémie qui a déjà coûté 3,23 millions vies, cela semble un stupide fait divers. Ce ne l'est pas. A bord du Titanic, ils le savaient: dans une crise, l'attitude des capitaines est cruciale pour le moral. Le constat vaut toujours, nous sommes encore à bord d'un bateau instable. Une première citoyenne qui, depuis sa position privilégiée, double tout le monde au lieu de considérer comme allant de soi de céder sa place à quelqu'un qui est en bien plus grande difficulté, se comporte comme une Marie-Antoine condescendante, cette souveraine française qui, dit-on, s'étonnait grandement que le pauvre peuple, faute de pain, ne mange pas de brioche. C'est aussi la énième preuve que la vilenie règne toujours. Nous le savons mais la dernière chose dont nous ayons besoin en ce moment, ce sont des capitaines qui nous le rappellent de manière aussi tangible.