Depuis 1957, date de sa première exposition en Argentine, Antonio Segui (1934, Cordoba) déploie un travail au centre duquel on trouve l'homme moderne. " Le thème de ma peinture est toujours l'homme. Il m'est presque impossible de me séparer de la figure humaine car elle incarne la présence de l'homme, et cette présence justifie ce que je peins constamment ", livre-t-il en guise de préambule de son actuel accrochage à la fondation Folon. L'exposition reprend une centaine d'oeuvres déclinées à travers de nombreuses variations formelles : fusains, pastels, collages, encres, peintures et sculptures.
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Depuis 1957, date de sa première exposition en Argentine, Antonio Segui (1934, Cordoba) déploie un travail au centre duquel on trouve l'homme moderne. " Le thème de ma peinture est toujours l'homme. Il m'est presque impossible de me séparer de la figure humaine car elle incarne la présence de l'homme, et cette présence justifie ce que je peins constamment ", livre-t-il en guise de préambule de son actuel accrochage à la fondation Folon. L'exposition reprend une centaine d'oeuvres déclinées à travers de nombreuses variations formelles : fusains, pastels, collages, encres, peintures et sculptures. Cet être humain qui est son horizon indépassable depuis soixante ans, Segui le met à toutes les sauces sociales. Silhouette pressée des villes, un peu raide et engoncée dans un costume : l'individu selon Segui est à la fois touchant et pathétique. Corps qui pointe dans un sens et visage dans l'autre, il ignore quel chemin suivre, il est paumé. Comme nous ? Une toile réalisée à l'acrylique et au fusain, Repeticion (1996), résume parfaitement cette comédie humaine dispersée. La composition fait place à des dizaines de personnages qui tentent de se donner une contenance. A la façon de poules sans tête, ils ne savent pas où ils vont... mais ils y vont. Souvent coiffés d'un chapeau, une marque de fabrique pour l'artiste - " dans mon pays, personne ne sort sans couvre-chef " -, les bonshommes en question se voient prédateurs mais, grégaires comme ils apparaissent, ils sont en réalité des proies. Antonio Segui a fait sienne la phrase d'Herbert Marcuse qui veut que " plus une oeuvre est ouvertement politique, plus elle perd de son pouvoir ". Plutôt qu'affronter de manière directe la violence des rapports sociaux, l'Argentin a donc choisi d'être cet observateur qui " croque " le monde. Un pastel et fusain sur papier de 1984, Pensando Mucho, peut être interprété comme une clé de lecture. On y voit le buste d'un personnage en couleur surmonté d'une sorte de phylactère gris et noir. A l'intérieur de celui-ci, des " idées sombres " auxquelles le cadre de l'oeuvre met fin. Difficile de ne pas penser qu'il s'agit d'une sorte d'autoportrait de l'artiste, assailli par le réel. Lors du vernissage, Segui s'expliquera sur les angoisses à l'oeuvre, lui qui a connu l'exil entre 1976 et 1983. " Je suis incapable de partir d'un fond blanc, cela me paralyse, j'ai besoin de salir. " Pour ce qui est de l'inspiration : " Je ne travaille jamais sur motif, ni d'après photo, je fais peu de croquis... Tout vient en réalité de mon imagination. De la même façon, les titres arrivent par après, je ne réalise jamais une oeuvre en m'appuyant sur les mots. " Le visiteur amateur du travail de Folon goûtera la parenté d'esprit avec le peintre belge, qui se fait également visuelle. Les personnages aux chapeaux sont une évidence, mais on pointe également certains motifs - l'échelle, par exemple - qui lient les deux oeuvres. On notera qu'à partir du 8 janvier prochain, Antonio Segui sera également exposé au Salon d'art à Bruxelles. Antonio Segui, à la fondation Folon, ferme du château de La Hulpe, jusqu'au 28 janvier 2018. www.fondationfolon.bePAR MICHEL VERLINDEN